Terra 16 mars 2017 à 10h00 | Par Claire Le Clève

Lait quand les nouvelles demandes sociétales s’invitent dans la production

Dans un contexte de crise pour les exploitations laitières, c’est à l’évolution de leur filière qu’a été consacrée la session de la chambre d’agriculture, le 9 mars dernier, à Vannes. Un dossier majeur partagé via six réunions départementales. Car pour retrouver de la valeur, faudra-t-il accéder aux nouvelles demandes sociétales sur le bien-être animal ? Certains y sont déjà.

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Au premier plan, Benoit Rouyer, directeur économie et territoire au CNIEL
Au premier plan, Benoit Rouyer, directeur économie et territoire au CNIEL - © Claire le Clève

 

"Il faut aller informer au terrain, ça bouge très vite. Tout le monde doit prendre conscience de ce qui se passe autour de nous". Alors que la nouvelle organisation des chambres d’agriculture aurait cantonné au niveau régional le traitement du sujet, "il nous a paru essentiel d’en débattre aussi au niveau départemental", insistera Laurent Kerlir invoquant le droit de suite à la réunion d’avril 2016 à GrandChamp. Là, 300 producteurs laitiers tentaient de se mobiliser. Un an plus tard, après une tardive et temporaire réduction de l’offre laitière, sur la base du volontariat par 13 000 éleveurs européens, où en est t-on ? C’est à Benoît Rouyer, économiste au Cniel et à son homologue Maud Marguet de la Crab qu’ont été posées les questions qu’impose l’actualité laitière, dramatique dans les exploitations.

Le beurre flambe, la poudre pas assez

En premier lieu celle du beurre dont le marché flambe quand celui de la poudre a moins de vigueur. Le "bon" beurre a retrouvé des couleurs aux yeux du consommateur mais la matière grasse s’est raréfiée depuis 10 ans dans le lait produit en Europe. Les chinois s’y intéressent de plus en plus. Ainsi le marché de gros s’est tendu. "Le prix du beurre industriel a cru de 45 % entre mai en décembre 2016", indique Benoît Rouyer. Côté matière protéique, le dynamisme est moindre, plus 30 % sur la période. "Les prix au détail n’ont pas encore intégré le revirement à la hausse des marchés de gros, fromage et lait caillé accusant un tendance baissière depuis deux ans", a t-il pointé. Et Dominique Chevalier, éleveur laitier, administrateur de la branche lait d’Eurial de noter sur les récentes négociations commerciales, "il n’y a rien eu de mirobolant. Plus10 % en beurre, plus 3 à 4 % sur le fromage ou les PGC (produits de grande consommation) et 0 % en ultra-frais, ça fait peur ! ". Les stocks d’intervention de poudre lait, accumulés dans les fonds de tiroirs de l’Europe, à raison de 350 000 T, menacent-ils la reprise des marchés ? "C’est 21 % de la production annuelle, la commission joue son rôle et ne les relâche pas à vil prix". Une bonne nouvelle mais une position limitée dans la durée en raison d’une dégradation à terme de leur qualité. Quant à l’impact de la réduction volontaire, jugée trop tardive, son activation est cependant "une vraie avancée politique. Souvenez vous du déni de crise du très libéral Phil Hogan. Il n’est plus hostile à une régulation temporaire de l’offre", rappelle Benoît Rouyer. Les lignes ont bougé, y compris dans les pays libéraux, "comme l’Allemagne".

Construire de la valeur

Peu dynamique, la production laitière européenne affichait un petit plus de 0,2 % en 2016. "Sur 12 mois, l’Allemagne, la France et le Royaume unis, ont reculé contrairement à la Hollande, l’Irlande et la Pologne". La France, sur un an, est en recul de 8 % par rapport à 2016 (contre 3-4 % entre 2016 et 2015), idem en Allemagne. Tentés de poursuivre une croissance soutenue, le coup de frein risque de venir par les normes environnementales pour les Pays Bas. En effet, leur statut dérogatoire d’épandage de 250 kg d’azote organique/ha (au lieu de 170) passe par la réduction des émissions de phosphate. Conséquences ? "Un plan de réduction de cheptel de 4 %, 200 000 têtes qu’ils vont devoir compenser par des animaux plus productifs ?". Bien malin qui pourrait donner le pourcentage d’évolution de la collecte laitière européenne, cette année, avec des abattages plus importants, une baisse de qualité des fourrages engrangés en 2016 et des trésorerie exsangues " ne permettant "qui pas de complémenter". Côté consommation, sur le marché extérieur, les exportations françaises se développent, "les perspectives sont favorables, la consommation de produits laitiers dans le monde a progresse de 2 % par an". Côté intérieur, les ventes en magasin représentent à 60 % des débouchés pour des produits laitiers. "Les perspectives sont beaucoup plus mitigées. Depuis 2008, on n’arrive pas à créer de la valeur. Construire de la valeur reste un défi majeur" pour l’économiste pour qui existent des opportunités de valorisation,(voir encadré) "mais il y a un danger à subir des démarches construites par des opérateurs externes à la filière". Se référant au récent exemple de l’œuf, "nous devons anticiper ces réflexions", invite fortement Laurent Kerlir qui a laissé à Gaëtan Le Seyec, porteur du dossier, de présenter les pistes esquissées pour la filière. Six réunions locales les ont prolongées, ainsi quie les débats sur la maîtrise, par la profession des futurs cahiers des charges.

Claire Le Clève

 

En Chiffres

12 200 exploitations livraient du lait en Bretagne en 2015, (11 500 début 2017), soit 22 % de la production nationale. La ferme bretonne comptait 772 100 vaches en 2016. La filière laitière bretonne concerne près de 35 000 emplois directs.

La ferme morbihannaise comptaient 2 473 points de collectes en Morbihan en 2015 pour 1,134 milliard de litres livrés. 12 % d’entre eux ont disparu depuis 2013.

 

Sous la pression d'ONG ou des consommateurs D’autres démarches de différenciation voient le jour comme le lait de pâtutrage
Sous la pression d'ONG ou des consommateurs D’autres démarches de différenciation voient le jour comme le lait de pâtutrage - © Claire le Clève

 

De prairie, de foin, sans OGM

 

Pour construire de la valeur, plusieurs leviers dont celui des signes officiels de qualité qui regroupe 15 % du lait français. D’autres démarches de différenciation voient le jour, lait nutritionnel, territorial ou solidaire vis à vis des producteurs, de proximité avec le récent lait "c’est qui le patron !", né d’une coopérative en difficulté avec un cahier des charges créé par les consommateurs. 3 millions de litres ont été vendus en 2 mois avec un prix payé au producteurs de 390 euros des 1 000 litres. La démarche s’étend. Ailleurs, sous la pression d’ONG sur le bien être animal, au Pays Bas, est apparu le lait de prairie qui garantit 120 j minimum de pâturage par an et six jours par semaine de présence des vaches sur prairie. Un lait qui concerne 78 % des exploitations néerlandaises avec une prime de 10 euros la tonne chez Friesland Campina en 2014, 20 euros chez Cono en 2016. Un concept qui se développe en France et dans d’autres pays européens. Idem pour le lait de Foin dont la démarche est partie d’Autriche qui en produit 430 000 millions (95 % du lait de montagne) avec à la clé une appellation STG, spécialité traditionnelle garantie (en 2014 prime de 50 euros/t en lait standard, 150 en lait bio). Appellation sur laquelle travaille actuellement un groupe breton avec le Segrafo. Même poussée sur le lait sans OGM qui s’étend en Allemagne sous la pression des ONG. En Bavière en 2014, c’était 23 % de la production, soit cinq fois plus que le lait bio. La gamme des distributeurs s’étoffe et le concept de développe ailleurs. Ainsi, tout le lait collecté par Arla en Suède est garanti sans OGM.

 

 

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