Terra 17 mars 2017 à 08h00 | Par Chantal Pape

Lait : se faire aider pour cibler quelques pistes d'action

Réunie pour la dernière fois allée Sully, la veille du déménagement de la chambre d'agriculture, la session a consacré une bonne partie de ses travaux à la production laitière. Si le prix devrait remonter, un peu, courant 2017, les éleveurs ont aussi à leur disposition quelques leviers pour améliorer leurs résultats.

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De gauche à droite : Pascal Lelarge, préfet du Finistère, André Sergent, président de la chambre d'agriculture, Olivier Manceau, directeur, Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne lors de la dernière session, le 9 mars dernier, à Quimper.
De gauche à droite : Pascal Lelarge, préfet du Finistère, André Sergent, président de la chambre d'agriculture, Olivier Manceau, directeur, Jacques Jaouen, président de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne lors de la dernière session, le 9 mars dernier, à Quimper. - © Chantal Pape

Si l'année laitière s'est clôturée à un prix moyen de 278 ¤/1 000 l, les premiers échos sur 2017 ne s'annoncent guère plus optimistes. "Certes, depuis l'été 2016, on assiste à une reprise des marchés beurre/poudre, constate Benoît Portier, ingénieur lait au pôle herbivores des chambres d'agriculture de Bretagne. Mais les stocks et les négociations tarifaires avec les grandes surfaces pèsent sur la remontée des prix". S'y rajoute un marché laitier très calme en Nouvelle-Zélande, pays fortement exportateur et qui donne le la des cours mondiaux. "En France, le prix de base 2017 s'annonce aux alentours de 315 ¤". Un peu meilleur que 2016, mais pas suffisant pour redresser la trésorerie "exsangue", comme l'a qualifiée André Sergent, le président de la chambre d'agriculture, dans son allocution.

 

D'énormes disparités entre élevages

 

Pourtant, les éleveurs en auraient bien besoin ! "En 2016, l'EBE avant main d'oeuvre a baissé de 40 ¤/1 000 l, relate Benoît Portier, citant une étude menée avec le CerFrance Finistère. La baisse du prix du lait, 50 ¤/1 000 l, a été partiellement compensée par une baisse des charges opérationnelles, | 6 ¤/1000 l, et des frais généraux, 6 ¤/1 000 l. Et, une fois payée la main d'oeuvre salariée et les charges de l'exploitant, le résultat disponible pour les prélèvements privés et l'autofinancement n'est que de 54 ¤/1 000 l, soit à peine 18 000 ¤/UTH pour une exploitation moyenne, en chute de plus de 10 000 ¤/UTH.

"Mais ces moyennes cachent d'énormes disparités entre exploitations", rajoute Jean-Hervé Caugant, vice-président de la chambre d'agriculture. Le DTA, le revenu disponible pour rémunérer le travail (salarié et chef d'exploitation) et l'autofinancement varie de 34 ¤/1 000 l pour le tiers inférieur à 143 ¤ pour le tiers supérieur. Ramené à l'élevage, l'écart atteint 54 000 ¤ ! "Si déjà on pouvait le réduire de moitié...".

 

Réduire le coût alimentaire...

 

Pour mieux comprendre cet écart, l'étude s'est ensuite intéressée aux extrêmes. "Si on compare les 11% meilleurs aux 11% qui dégagent le moins bon résultat, on se rend compte que les structures d'exploitation sont semblables", détaille Benoît Portier. Si les seconds produisent 300 litres de lait par vache en plus, leur coût alimentaire et leurs frais véto sont nettement supérieurs, tout comme leur part de maïs dans la SFP et le coût de production de leurs fourrages.

Pour retrouver de l'EBE, le premier levier, sans surprise, est le coût alimentaire. "Il est en moyenne de 88 ¤/1 000 l", indique Benoît Portier. Avec, là encore, des écarts très importants, allant de 60 à 113 ¤. "Pour faire simple, il faut se situer en-dessous de 80 ¤/1 000 l, quel que soit le niveau d'étable. Et on peut même viser moins de 60 ¤ pour une production laitière de 6 000 kg/vache, 70 ¤ pour 7 000 kg/vache". Pour y parvenir, il faut valoriser les fourrages produits sur l'exploitation et distribuer une ration équilibrée. "Le lait obtenu grâce aux concentrés de production est produit à perte, rappelle Benoît Portier. Dans le contexte actuel, il coûte plus cher que n'est payé le lait".

 

... et les autres charges

 

Si maîtriser le coût alimentaire est primordial, les autres charges ne sont pas pour autant à négliger. "Le renouvellement du troupeau coûte cher ! Il faut viser un âge au premier vêlage de 24 mois et ne garder que 4,5 génisses/100 000 l". De même, déléguer les travaux des champs s'avère rentable, les élevages laitiers ayant souvent tendance à être sur-mécanisés. Enfin, augmenter le litrage de l'exploitation n'est en aucun cas une assurance de voir son revenu progresser. "Dans notre échantillon, on trouve des exploitations à moins de 200 000 l/UTH qui dégagent près de 54 000 ¤ de DTA. Et d'autres, à plus de 400 000 l/UTH, qui n'atteignent pas les 13 000 ¤".

 

Se faire aider

 

Pour aider les éleveurs à se positionner, et à prendre les bonnes décisions, la chambre d'agriculture leur propose deux démarches individuelles, Dynavenir ou un accompagnement technique, comprenant à chaque fois un diagnostic et un plan d'action. "N'hésitez pas non plus à rejoindre les groupes lait qui existent un peu partout sur le territoire", rajoute Benoît Portier. Une autre façon de confronter sa façon de produire. "Les chiffres sont éloquents : si le coût alimentaire moyen est de 88 ¤/1 000 l dans l'étude menée avec le CerFrance Finistère, la moyenne des groupes se situe à 63 ¤".

Accompagner les agriculteurs qui veulent arrêter

 

 

"Depuis de longs mois, les exploitations agricoles traversent des crises graves qui remettent en cause la perennité d'un certain nombre d'entre elles". Lors de la session, les élus de la chambre d'agriculture ont voulu attirer l'attention sur le nombre croissant de défaillances d'exploitations. "En 2016, 150 exploitations bretonnes, dont 100 spécialisées en élevage, ont fait l'objet d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire". Une situation qui ne devrait pas s'arranger en 2017... "Si le prix du lait n'augmente pas, beaucoup d'éleveurs vont quitter le métier", craint Christine Corvest, élue Confédération paysanne.

"Nous devons les accompagner", plaide Alain Hindré, vice-président. C'est la raison pour laquelle le comité de pilotage "agriculteurs en difficulté", l'Etat et le conseil départemental vont expérimenter courant 2017 un "contrat de sécurisation professionnelle", un peu sur le modèle de ce qui est proposé aux salariés qui perdent leur emploi. "Pendant un an, ils auront un revenu, ce qui leur permettra de se consacrer à une formation, une reconversion professionnelle".

 

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