Terra 01 décembre 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Le bien-être en débat à la 14e journée régionale porcine

Après l’environnement, puis la qualité des produits, c’est la question du bien-être animal qui ressort aujourd'hui des attentes sociétales. "Un signal fort " avec ses impacts, tant en termes d’image pour l’élevage que de modes de production. La 14e journée réigonale porcine lui était consacrée à Pontivy, mardi dernier.

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Le bien-être : enjeu de société débattu lors de la journée porcine à Pontivy.
Le bien-être : enjeu de société débattu lors de la journée porcine à Pontivy. - © Terra

"Celui qui ferme les yeux sur les évolutions sociétales se condamne à petit feu", estime sans détour Paul Auffray, président du groupe de travail porc des chambres d’agriculture de Bretagne. Alors, pour comprendre les changements provoqués par la valorisation du bien-être animal, la journée régionale porcine a donné l'occasion d'en visiter les nombreux aspects tant historiques que sociologiques, réglementaires que commerciaux, sans éluder les témoignages d’éleveurs, d’équipementiers. "C’est un enjeu stratégique : les éleveurs pourront s’adapter à condition de comprendre", cadrera l’élu de la FNP.

De rente, l'animal avec qui on vit est devenu familier

C'est une affaire de représentation. Les agriculteurs, pour qui l’animal est avant tout de la ferme et de rente, ne représente que 5 % de la population et le statut de l’animal évolue dans une société de plus en plus citadine. "C’est au travers de l’animal familier et de compagnie qu’est envisagée la vision de l'ensemble des animaux. Et cette vision est très anthropomorphique", résume Marie-Laurence Grannec de l’équipe porc et veaux des chambres d’agriculture. Ce nouveau regard porté sur les bêtes est peu compatible avec certaines pratiques d’élevage (castration, claustration, caudectomie…) sur lesquelles appuient, là où ça fait mal, les associations welfaristes ou abolitionnistes. Parmi ces contestations, qui convergent vers une remise en question plus globale du modèle intensif d’élevage, "l’élevage porcin est le plus décrié". Face à cela, éleveurs et partenaires répondent en invoquant la conformité juridique et le respect des normes comme bien-fondé de leurs pratiques. Mais voilà, "pour les contestataires, ce n’est pas suffisant". Les crises (vache folle, antibiotique…) ont distillé des doutes "sur des systèmes de production qui s’industrialisent", décrypte Marie-Laurence Grannec.

Des attentes fortes mais peu d'envie de les payer

Les réponses existent et sont nombreuses, mais il reste encore à en définir "le coût économique de la plus-value éthique du produit". Et force est de constater que si les exigences sont fortes, "le consentement à les payer reste limité, note Christine Roguet de l’Ifip. Jusqu’à 5 % de plus que le prix actuel pour 40 % des Français, et plus que 20 % de plus pour 3 % d’entre-eux", évoque-
t-elle (1). "15 ans et 300 millions d’euros ont été nécessaires pour adapter les élevages bretons à la conduite des truies en groupe synonyme de bien-être", rappela Yannick Ramonet de l’équipe porc et veaux des chambres d’agriculture. "On peut produire du porc bien-être mais le surcoût est de 40 %", pointe l’équipementier de l’établissement autrichien Schauer, Aloïs Gimplinguer.

Une affaire d'engagement ?

"On doit regarder ce mouvement de fond, oui, mais dans quel sens aller ?" interroge André Sergent, président de la chambre d’agriculture du Finistère. C’est compliqué de se réorienter dans notre production avec des capitaux importants qui ne nous ont jamais garanti du revenu". De son côté, Carrefour y travaille, assure Rémi Lecerf le responsable agriculture et qualité de l’enseigne : "avec l’association Welfarm, on attend des propositions des groupements de porcs. On aimerait avoir des solutions alternatives". "Il va falloir que tout le monde s’engage", rétorque Paul Auffray en s'appuyant sur les intentions formulées avec "les partenaires de l’industrie et la grande distribution" dans le cadre des États généraux de l’alimentation, un Paul Auffray encore amer de "l’échec de la mise en place du fond porcin avec l’interprofession". "On ne refuse pas le bien-être animal, on souhaite en être acteurs. Mais on refuse d’être des objets de marketing", conclura de la table ronde matinale, Paul Auffray réitérant l’urgence à mettre sur pied un "plan de filière".

(1) Résultats d’un sondage Eurobaromètre réalisé en 2015.

 

Le bien-être porc en Europe du Nord

L’Europe du Nord a déjà bien avancé sur ces questions. En Allemagne, au Danemark ou aux Pays-Bas, deux stratégies sont en place pour financer les investissements en élevages pour "20 % des porcs abattus" : la mutualisation (aides ou fonds) ou la segmentation de l’offre avec le "qui veut paie". Des labels bien-être y ont été mis en place, fonctionnant avec "des étoiles ou cœur dont le nombre croît avec les exigences", explique Christine Roguet de l’Ifip. "Et des systèmes de contractualisation à long terme pour sécuriser les éleveurs", renchérit Aloïs Gimplinguer. "En Europe du Nord, la filière n’est plus mise en cause, c’est de la responsabilité de consommateur d’acheter ou pas du porc bien-être". Et Aloïs Gimplinguer de prévenir : "ça va venir en France".

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