Terra 09 novembre 2017 à 10h00 | Par Claire Le Clève

"Le burn-out, il faut en parler pour agir et le prévenir"

A Questembert, les élus MSA des comités locaux de Questembert et Rochefort-en-Terre et le service santé et sécurité au travail et le service social de la MSA des Portes de Bretagne ont proposé une soirée ouverte à tous, consacrée au burn-out et sous titrée "et si on parlait travail ? ". Un épuisement professionnel dont on ne parle pas assez. Le point avec Esther Ansart, conseillère en prévention des risques professionnels.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Esther Ansart, conseillère en prévention des risques professionnels à la MSA
Esther Ansart, conseillère en prévention des risques professionnels à la MSA - © Claire Le Clève

Pourquoi consacrer une soirée à l’épuisement professionnel ?

C’est un sujet qui prend de l’ampleur. Depuis 2009, nous le travaillons, avec la mise en évidence des facteurs de risques psycho-sociaux dans les exploitations agricoles. Les agriculteurs sont souvent en surcharge de travail, sous pression administrative et de contrôle et avec un trésorerie très serrée et fluctuante. Cette charge administrative représente près du tiers de leur travail. Un travail caché car rarement comptabilisé comme un travail réel. Or il contribue à la surcharge de travail et à la pression mentale et physique. A la suite de ces travaux, nous avons organisé des journées d’échanges avec des exploitants agricoles sur le Morbihan et l’Ille et Vilaine en 2012 et les travailleurs sociaux de la MSA. On essayait d’identifier les facteurs de risques et de trouver ensemble des pistes de prévention pour ne pas tomber dans l’épuisement professionnel. La difficulté, c’est de toucher ceux qui en aurait le plus besoin. Nous avons décidé d’organiser une soirée-débat ensemble, élus et travailleurs sociaux, ouverte à tous pour informer un maximum de personnes sur les signaux d’alerte et, par effet ricochet, pouvoir atteindre les individus qui en ont besoin. En étant attentif et bienveillant avec ses voisins, ses collègues, sa famille, le monde qu’on côtoie, on peut faire prendre conscience qu’on se dirige vers un épuisement professionnel. L’entourage est primordial pour détecter les signes avant-coureurs, agir pour prévenir.

Comment repérer une situation de burn-out

L’épuisement professionnel est très différent de la dépression qui touche tous les pans de vie de celui ou celle qui en souffre. L’être est déconstruit. Le burn-out n’affecte que la sphère professionnelle. C’est une pathologie profonde qui demande à s’extraire d’urgence de la situation de travail. Celui qui en souffre a la sensation de ne plus pouvoir faire, donc de ne plus savoir faire correctement, donc de pas être bon et c’est un cercle vicieux, celui du mal-être qui commence. Mais il faut savoir se déculpabiliser. Il y a une différence entre le stress au travail et le burn out. Je compare cela à un marathon qu’on peut faire occasionnellement mais pas tous les jours ! Il faut s’imposer des moments pour souffler, réfléchir, prendre du recul pour anticiper et réguler les pics d’activité. Quand on est débordé tout le temps, on finit par ne plus trouver de sens à ce que l’on fait, ni intérêt, ni utilité à son travail. La reconnaissance n’est plus jugée satisfaisante. Le sens du travail, la reconnaissance passent aussi par le regard des autres, de ses pairs, de ses clients, de sa coop, de son groupe d’échanges... Tous ces échanges avec les autres sont des soupapes de sécurité, on y trouve des pistes de solutions.

Comment le prévenir ?

Nous avons demandé à une ergonome conseil, Josiane Voisin de nous accompagner. Pour elle, il est essentiel que chacun ait bien en tête son système de valeurs. Être en accord avec soi-même est primordial. Si la situation économique, la banque, la coop dictent les décisions, on peut subir ce qui n’est pas voulu. Il faut chercher des compromis, ne pas se bloquer. Il faut aussi comprendre sa place. L’agriculteur est tout à la fois dirigeant, cadre, opérateur, il peut subir un travail qu’il s’impose ! Il est important de faire le point sur son travail régulièrement, s’arrêter, et s’interroger. Est-ce que j’arrive à faire toutes les tâches prévues, à faire des activités à l’extérieur, ai-je le temps de gérer les incidents, est-ce que je peux alléger mon travail de temps en temps, le jour où je l’ai choisi ? Est-ce que je peux me faire remplacer, ou faire appel à des collègues ? Si on répond non à toutes ces questions, il est urgent de revoir l’organisation de son travail. Il n’y a pas de fatalité ni de personnes plus à risque que d’autres, tout le monde peut être touché. La pression économique, l’agrandissement des structures n’ont pas réduit la charge de travail sur les exploitations. Ajoutés à l’isolement… les agriculteurs sont devenus une population sensible à ce risque. Depuis cette année, ils peuvent bénéficier d’une prestation d’aide au remplacement dans le cadre du répit pour les exploitants agricoles. Les travailleurs sociaux de la MSA instruisent ces dossiers. Il ne faut pas hésiter à nous solliciter ou bien les conseillers en prévention, les conseillers de la chambre et les conseillers d’appuis, le médecin traitant... On peut faire un accompagnement individuel ou en groupes, aider à ouvrir les yeux sur son travail, en parler, savoir repérer les points noirs et dysfonctionnements pour agir et arrêter de subir son travail".

Propos recueillis par Claire Le Clève

 

Pour plus de renseignements, service prévention des risques professionnels  0297465236

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui