Terra 09 novembre 2017 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Le Léguer, première rivière "sauvage" de Bretagne

Une des plus belles rivières de Bretagne vient d'être labellisée "Sites rivières sauvages". Dans une région pointée du doigt pour ces marées vertes, c'est bien la preuve que les efforts réalisés depuis 20 ans par les acteurs, dont les agriculteurs, portent leur fruit.

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- © BV "Vallée du Léguer"

Le Léguer amont et le Guic, son principal affluent, viennent de se voir décerner le label national "Site rivières sauvages" le 20 octobre dernier à Trégrom remis par le Fonds pour la conservation des rivières sauvages et European Rivers Network. 12ème rivière à obtenir ce label en France, le Léguer et son affluent principal sont les premiers en Bretagne. C'est sur un tronçon de 52,9 km sur les 76,6 km que mesurent le Léguer et le Guic que la candidature a porté.
Ses beaux paysages de fonds de vallée, ses chaos granitiques cachent une faune et une flore préservée, d'une grande diversité, considérée comme remarquable à l'échelle européenne : la loutre d'Europe, plusieurs espèces de chauve-souris, le saumon d'Atlantique...y sont présents. Des végétaux tels le rossolis à feuilles rondes, petite plante carnivore de tourbière ou le narthécie des marais aussi.

Des actions ponctuelles et de groupes continuent sur le bassin versant, avec pour thématique les pesticides.
Des actions ponctuelles et de groupes continuent sur le bassin versant, avec pour thématique les pesticides. - © BV "Vallée du Léguer"

20 ans d'actions
La rivière ondule sur un territoire de 540 km² : 3,5 millions de m3 sont pompés dans le Léguer et ses affluents pour alimenter en eau potable 50 000 habitants du Trégor. L'agriculture y est très présente avec 650 exploitations agricoles, sur 29 300 ha de SAU, majoritairement en production bovins/lait. Pour les acteurs du bassin versant, c'est l'aboutissement de plus de 20 ans d'efforts pour protéger la rivière et reconquérir la qualité de l'eau. Le bassin versant "Vallée du Léguer" est adossé à une gouvernance organisée en "comité de bassin versant" où se côtoient dans différents collèges (31 membres) : élus, professionnels de l'agriculture, associations de protection de l'environnement, usagers de la rivière... Lannion-Trégor Communauté porte cette entité en tant que maître d'ouvrage délégué.
Les actions ont débuté il y a longtemps. En 1996, l'arasement du barrage de Kernansquillec sera un fait marquant. Avec le comité professionnel agricol créé en 1998, le bassin versant était l'un des plus dynamiques du département. "Les agriculteurs se sont mobilisés, ils ont donné un coup de collier avec des résultats en 10 ans", rappelle Yves Le Troquer de la chambre d'agriculture.

Les efforts des agriculteurs reconnus

Les efforts engagés par les agriculteurs dans la reconquête de la qualité de l'eau ont été soulignés lors de la grande cérémonie de remise du label. En baisse depuis les années 2000 dans les eaux brutes, la concentration en nitrates est passée sous le seuil de 20 mg/litre au niveau du Léguer médian, alors que la norme est fixée à 50 mg/l. "L'évolution des pratiques agricoles et des systèmes et les gros efforts consentis par les agriculteurs du BV du Léguer, sont un des éléments importants qui a permis cette labellisation. Il faut que la dynamique perdure", indique Samuel Jouon, coordinateur bassin versant "Vallée du Léguer". Si de fortes crispations ont existé (autour de l'inventaire des zones humides en 2012 ou le zonage Natura 2000), aujourd'hui les actions collectives se poursuivent. "C'est un bassin versant où il n'y a pas de soucis avec les nitrates, un peu avec les phytosanitaires. Le Léguer s'inscrit dans la démarche globale du plan Ecophyto 2 à l'image des autres bassins versants. Ici, il y a beaucoup de système herbager", décrit Edwige Kerboriou, élue, représentante de la chambre d'agriculture.

Parallèlement aux actions ponctuelles et aux contrats MAE, deux groupes d'agriculteurs suivis par la chambre d'agriculture travaillent l'un sur l'autonomie alimentaire ; l'autre sur le sol. "La problématique azote étant faible sur le Léguer, les actions se sont focalisées sur les pesticides soit par des actions ponctuelles comme le désherbage mécanique, soit par des actions sur le long terme. Depuis 2014, par exemple, nous avons démarré un travail en groupe sur l'autonomie protéique avec les cultures de févérole et de lupin", décrit Laurence Le Mouel, animatrice technique bassin versant à la chambre d'agriculture.

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