Terra 11 août 2016 à 08h00 | Par Chantal Pape

Le loup, bientôt une menace en Bretagne ?

La menace paraît bien éloignée pour le moment. Mais, bien loin de se limiter aux seules Alpes, l'aire du loup progresse... vite. Au point que la question ne serait plus de savoir s'il arrivera un jour en Bretagne mais quand il arrivera... à moins que des mesures de régulation de sa population ne soient prises d'ici là !

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les derniers comptages feraient état de plus de 300 loups adultes désormais présents en France. © Marie-Annick Carré Pastoraliste au Cerpam, Laurent Garde a animé une soirée-débat sur le loup en Bretagne,  le 4 juillet dernier. © Terra

Repéré dans les Alpes au début des années 90, le loup a, depuis, connu une belle extension de son aire. Rien d'étonnant : chaque portée compte en moyenne 5 petits et, hormis l'homme, il ne connaît pas de prédateurs. Si l'on compte désormais une trentaine de meutes dans les Alpes et une dans les Vosges, le loup a aussi été signalé en Haute-Marne et dans les Ardennes, dans le Massif central et les Pyrénées, dans le Sud-Ouest... "Un loup a même été tué en Dordogne", indique Laurent Garde, du Cerpam(1). Et les derniers comptages feraient état de plus de 300 loups adultes désormais présents en France. "Mais des enquêtes auprès d'éleveurs ou de lieutenants de louveterie laissent à penser qu'il y en a bien plus : il y a discordance entre la réalité du terrain et l'analyse scientifique".

Difficile cohabitation

Une telle augmentation de population rend la cohabitation avec l'élevage très compliquée. "Les loups attaquent de nuit mais aussi, et c'est nouveau, en plein jour. Dans les alpages et maintenant dans les villages, aux portes des bâtiments et des maisons". Le nombre d'animaux indemnisés, essentiellement des ovins mais aussi des bovins, des chevaux ou des chiens de protection..., dépasse désormais les 9 000 par an. "En y rajoutant les animaux qui ont disparu, ceux dont les vautours ont nettoyé la carcasse ou dont on n'arrive pas à faire la preuve qu'ils ont été tués par le loup, les pertes sont plus proches des 13-14 000 animaux".

Au lieu de consacrer leurs efforts à la génétique, à la qualité ou à la commercialisation, les éleveurs sont contraints de porter toute leur attention à la protection de leur cheptel, en le parquant la nuit, en achetant, parfois très cher, des chiens de protection... "Mais les loups se sont adaptés. Ils ont perdu toute crainte de l'homme et peuvent attaquer même en présence du berger. Ils sont aussi suffisamment intelligents pour attendre le moment où l'éleveur nourrit ses chiens. Ou pour séparer la meute en deux et attaquer les brebis quand un ou deux loups font diversion du côté des chiens".

L'élevage remis en cause

Une situation qui devient invivable. "Partout où les loups s'installent en meute, c'est l'élevage de plein air qui est remis en cause". Un problème que connaît aussi l'Allemagne, la Pologne, l'Espagne... Dans les zones à forte fréquentation touristique, se pose aussi le problème de la cohabitation des randonneurs avec les chiens de protection. "Ils sont là pour défendre le troupeau. Et, même s'il n'y a pour le moment pas eu de problème, des tensions de plus en plus fortes apparaissent".

Un animal protégé

Protégé par la convention de Berne et surtout la Directive Habitat, le loup ne peut être tiré que par dérogation, "quand toutes les autres solutions ont été tentées", rappelle Laurent Garde. Un système voué à l'échec. "Les tirs interviennent trop tard : les loups ont appris à déjouer les protections mises en place et changé de comportement". Les éleveurs demandent donc une augmentation de la régulation, en éliminant des meutes entières et non pas un animal ici ou là, ce qui ne change pas grand-chose.

Faudra-t-il attendre qu'il s'attaque à l'homme pour que les choses changent enfin ? "Sur cinq siècles, quand la France dénombrait 5 000 à 10 000 loups, on a dénombré 9 000 victimes, ce qui est à la fois peu et beaucoup, relate Laurent Garde. Le loup ne s'attaque que très rarement à l'homme. Le risque, c'est qu'un individu y prenne goût et recommence". Des situations qui ne sont cependant pas du domaine de l'impossible. "Dans les années 60-70, des loups s'en sont pris à des enfants en Espagne et, en Amérique du Nord, on a recensé récemment plusieurs attaques mortelles".

(1) Pastoraliste au Cerpam, le centre d'études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée pour la gestion des espaces naturels par l'élevage, Laurent Garde a animé une formation sur la gestion des milieux pastoraux dans le Finistère, les 4 et 5 juin derniers. Et, à la demande des éleveurs, il est intervenu lors  d’une soirée-débat sur le loup.

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Anne (29) | 16 août 2016 à 09:21:44

J'ai lu beaucoup d'articles sur le loup, mais jamais encore dans un magazine professionnel je n'avais lu de telles âneries. Faire planer la menace de l'attaque du loup sur les humains, en France au XIXème siècle, est-ce sérieux ? Essayer de rallier l'avis du lecteur en lui laissant entrevoir la possibilité de mourir sous les crocs d'un loup affamé, en agitant des menaces sorties d'un autre temps? Cet argument est le clou de l'article, mais la potentielle menace de l'élevage breton par le loup fait également sourire. A ceux qui aimeraient se faire un avis sur le retour du loup en France, voilà une littérature sérieuse avec des données scientifiques et objectives: "Le Courrier de la Nature n°278 Spécial Loups", qui détaille les moyens de cohabitation avec le loup, de lutte, et les exemples des autres pays où cela se passe bien et depuis longtemps. Le loup est une espèce "clé de voute", par conséquent facteur de biodiversité, ce qui va nous faire gravement défaut d'ici quelques décennies.

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