Terra 26 octobre 2017 à 08h00 | Par Jean Dubé

Le #machinisme perçoit une reprise de l’investissement des exploitations

Les industriels sont redevenus confiants et misent sur la reprise en 2018. Les stocks sont revenus à la normale, les marges commencent à se reconstituer et, surtout, les perspectives de chiffre d'affaires sont très bien orientées sur les 6 premiers mois de 2018. Axema, l’association des constructeurs de matériel agricole, a dévoilé cette semaine les résultats de l'enquête réalisée chaque année auprès de ses adhérents.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Après plusieurs années de repli, les feux repassent progressivement au vert dans le monde du machinisme agricole.
Après plusieurs années de repli, les feux repassent progressivement au vert dans le monde du machinisme agricole. - © Terra

Axema a interrogé ses adhérents, industriels de l’agroéquipement, pour connaître leur perception de la santé du secteur agricole. Il ne s’agit pas d’une enquête statistique mais d’un ressenti. Trois industriels sur quatre estimaient en 2016 que le moral des agriculteurs était mauvais ou très mauvais. En 2017 deux industriels sur trois estiment que le moral des agriculteurs est devenu moyen à bon ! Les perspectives sont donc bonnes.

44 % anticipent une hausse de leur chiffre díaffaires

Lorsque Axema pose la question à ses adhérents de leurs perspectives d’évolution de leur chiffres d’affaires, 38 % pensent que ce dernier va se situer entre -5 et +5 %, 42 % qu’il va progresser entre 6 et 25 % et 2 % espèrent dépasser 25 % de progression. Seules 5 % des entreprises craignent une baisse de plus de 3 % de leur CA. L’export est exactement sur la même tendance que le marché français. Ces chiffres ne sont pas (encore) des résultats comptables mais des estimations, qui traduisent quand même bien le ressenti des différents concessionnaires et autres fabricants de matériels agricole. Lors du Space ou du sommet de l’élevage, tous disaient espérer retrouver des niveaux de vente comparables aux années 2013 ou 2014.

Et c'est l'élevage qui très clairement semble tirer l'investissement. C'est dans l'élevage que les perspectives de développement sont les plus importantes, qu'il s'agisse du matériel de laiterie, du matériel d'élevage ou celui de fenaison. Bien-sûr, les tracteurs et autres matériels de semis et de plantation ne sont pas en reste, mais ils n'offrent pas tout à fait les mêmes perspectives d'investissement. Faut-il y voir une forme de rattrapage de trois années de crise et de vaches maigres et la programmation d'investissements trop retardés ? L'explication serait sans doute trop simple, quand l'agrandissement des exploitations et les regroupements d'ateliers rendent certains investissements indispensables.

Pendant les trois dernières années, la balance penchait très clairement du côté des acheteurs dans les négociations commerciales. Les marges du secteur machinisme se sont donc fortement comprimées. Le taux affiché de marge repasse en 2017 à 23 % contre 19 % en 2016, mais il est encore très loin des 39 % du secteur industriel général.

Le retour à une situation plus "florissante" reste très liée selon François Martin, président d’Axema, au "prix des matières premières" qui "continue d’évoluer à la hausse et reste un problème de taille pour le secteur".

+2,4 % de recrutements en CDI en 2017

Les métiers du machinisme évoluent. Si les industriels recherchent encore beaucoup de commerciaux, notamment à l'export, ils peinent à trouver des techniciens itinérants, des dépanneurs et toutes les fonctions liées au service après vente. Avec le développement des exploitations, et la taille toujours plus imposante des machines, l’arrêt de ces dernières doit être le plus court possible. La réparation doit être rapide et se fait de plus en plus sur place. 40 % des entreprises recherchent ce type de profil et peinent à recruter, faute de candidats. Il existe donc là un gisement important d’emplois encore une fois non pourvus, qui s’explique par une attractivité assez faible de ces métiers ou tout simplement une inadéquation entre l’implantation géographique des entreprises et celle des candidats aux postes.

Pour les industriels de l'agro-équipement, l'enjeu aujourd'hui sera bien de répondre aux attentes de leurs clients, et tant mieux si ces dernières sont à la hausse, en quantité notamment. Mais l'autre évolution que connait le secteur du machinisme, c'est bien-sur la conception des équipements du futur, connectés, précis, écologiques et "intelligents". Les indusriels ont donc créé une association Robagri pour rassembler et fédérer les acteurs des technologies robotiques agricoles et fédérer les efforts en matière de recherche, de développement de test et de certification. L'ambition est affichée, il s'agit de favoriser la conception et la mise sur le marché de robots agricoles... Une autre révolution est en marche !

 

- © Terra

"Moins d'endettement, plus d'investissement"

Laurence Corman est la nouvelle Cheffe de file du marché agricole pour Crédit Agricole en Bretagne. Toujours responsable de la caisse régionale du crédit agricole des Côtes d'Armor, Terra l'a sollicitée pour qu'elle nous livre son analyse d'expert et d'observatrice privilégiée sur ces questions d'investissement.

 

Les constructeurs de matériel affichent un certain optimisme. Partagez-vous leur analyse d'une hausse de l'investissement ?

Laurence Corman. Il faut savoir que 85 % du matériel agricole breton financé par Crédit Agricole l'est par le dispositif Agilor. Cette formule de financement permet - au delà de taux intéressants- d'avoir un financement hyper rapide. Entre le 30 septembre 2016 et le 30 septembre 2017,  nous constatons en Bretagne12 % de progression du nombre de prêts.  Nous retrouvons bien la tendance évoquée par les fabricants de matériel.

 

Cette tendance à la reprise du secteur de l'agro-équipement peut-elle s'expliquer par un retard pris sur les exploitations du fait des différentes crises dans les productions ?

L.C. On a bien perçu un frein, de l'attentisme sur l'investissement, notamment en production porcine. Le bien le plus couramment financé en matériel c'est le tracteur. Au niveau national, a fin septembre, les chiffres étaient en stagnation. Par contre, en Bretagne, nous étions à + 13 % de progression sur l'ensemble des tracteurs, et +21 % sur les tracteurs neufs. Il y a donc bien à mon sens un lien entre la reprise de l'investisement et l'amélioration de la conjoncture en lait et en porc.

 

Avec la reprise de l'investissement, craignez-vous le retour de l'endettement ?

L.C. Non, il n'y a pas globalement de signaux d'alerte. Certains matériels nécessitaient d'être renouvelés. La question est : le matériel va-t-il permettre à l'exploitation d'abaisser ses coûts de production, ses coûts d'entretien et réparation, d'être plus compétitive ? Il est essentiel de garder une approche globale économique par rapport à l'investisement. Je note qu'en un an, le taux d'endettement des structures en production porcine a baissé en moyenne de 8 à 10 %. C'était très important,  il était temps.

Je voudrais souligner une nouvelle forme de financement : le crédit bail.  Il peut être un moyen utile de financement, il s'apparente à de la location. Aujourd'hui, les entreprises du monde industriel, le transport, l'utilisent beacoup. Le mileu agricole très peu, alors qu'un exploitant pourrait tout à fait solliciter une offre crédit bail. Ce n'est pas encore un réflexe, mais c'est un sujet auquel les agriculteurs devraient s'intéresser.

Autre point d'attention : l'assurance matériel. Les investissements sont lourds, il est essentiel de les assurer correctement pour mieux se sécuriser.

Propos recueillis par Jean Dubé

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 19 unes régionales aujourd'hui