Terra 11 juin 2015 à 08h00 | Par Paul Jegat

Le monde de l'élevage sous haute tension

Beaucoup se disent "au bout du rouleau". Soumis à des prix payés inférieurs à leurs coûts de production, certains éleveurs n'hésitent plus à le faire savoir de manière parfois très dure. C'est dans ce climat très tendu que le ministre de l'agriculture est attendu ce vendredi à l'assemblée générale de la FNP à Ploërmel.

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Echanges entre éleveurs et responsable du Leclerc de Rennes Cleunay, lors d'une opération de stickage "Viande de nulle part".
Echanges entre éleveurs et responsable du Leclerc de Rennes Cleunay, lors d'une opération de stickage "Viande de nulle part". - © Terra

Plus diffuse que la semaine précédente, plus violente aussi, la colère des éleveurs a continué à s'exprimer les jours derniers un peu partout en Bretagne. Une colère parfois canalisée, organisée...et revendiquée comme ce fut le cas vendredi dernier en Ille et Vilaine, en Côtes d'Armor ou en Finistère. Répondant à l'appel des Jeunes agriculteurs, des groupes d'agriculteurs se sont ainsi constitués pour visiter plusieurs grandes surfaces et rechercher dans les rayons les viandes sans identification d'origine et les sticker "viande de nulle part". Généralement bien perçues par des clients compréhensifs, ces visites se sont déroulées dans le calme malgré les tensions perceptibles dans les échanges avec les responsables de magasins. Mais plusieurs grandes surfaces bretonnes ont aussi reçu des visites moins cordiales. En Côtes
d'Armor, la FDSEA revendique le déversement de gravats aux entrées de quatorze magasins. "Les distributeurs n'ont pas le droit de vendre à perte, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas intégrer le coût de production dans le prix de vente", s'insurge le président du syndicat Didier Lucas qui prédit "la fermeture de un ou deux abattoirs de porcs en Bretagne si rien n'est fait". "Certains éleveurs ont déjà arrêté de remplir des truies", ajoute-t-il, craignant que le désarroi qu'il partage avec ses collègues puisse conduire à des débordements. Le président JA 22, Sébastien Rouault partage cette inquiétude en soulignant que "en lait aussi, les éleveurs continuent de compenser la baisse des prix par les volumes".

Intermarché veut "provoquer une prise de conscience"

Une semaine après les blocages de deux plateformes logistiques de GMS, l'ambiance très électrique dans les campagnes s'est au cas par cas exprimée de manière beaucoup moins paisible. Ainsi, dans la nuit de dimanche à lundi, devant l'entreprise de salaison Monique Ranou à Saint Evarzec près de Quimper, le chauffeur roumain d'un poids lourds espagnol a été pris à partie par un groupe d'une trentaine d'agriculteurs cagoulés qui ont mis le feu au camion. Là, pas de revendication, pas de signature, les éleveurs engagés dans cette action particulièrement violente l'ont fait en leur propre nom.

Ce vendredi, se tient à Ploermel l'assemblée générale de la FNP, en présence du ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll, contribuant à faire de ce rendez-vous un temps fort politique à un moment critique pour la filière porcine française et plus largement pour le monde de l'élevage. La principale attente formulée par les éleveurs est celle d'une action forte de l'Etat pour imposer à la grande distribution un partage des marges et un retour vers les éleveurs. Fraîchement sensibilisées à cette question du retour de marge de la distribution, plusieurs enseignes ont pris les devants en n'hésitant pas à communiquer dans ce sens. Ainsi, le week end dernier, Geant- Casino n'a pas hésité à placarder des affichettes explicatives de son soutien aux éleveurs aux portes de son magasin de Quimper. Le groupement des Mousquetaires, repreneur de l'abattoir Josselin Porcs Abattage (56), s'est quant à lui engagé mardi à augmenter ses prix d'achat de porcs de 5 centimes de plus que le cadran par semaine, jusqu'à ce que le prix du porc atteigne un niveau proche des 1,40 euro/kg et s'est dit prêt au même effort en bovin, via sa filiale SVA Jean Rozé. L'intention est assortie de la volonté de "provoquer une prise de conscience de l'ensemble des opérateurs industriels et distributeurs concernés".

- © Terra

François Valy, président de la section porc de la FRSEA Bretagne


Nous attendons maintenant du concret

L'assemblée générale de la FNP (Fédération nationale porcine) se déroule ce vendredi à Ploermel (56) sur fond de crise. François Valy, président de la section porc de la FRSEA Bretagne fait le point sur la situation.

Comment envisagez-vous cette assemblée ?

François Valy. L'AG d'une fédération telle que la nôtre est un moment fort. Elle le sera d'autant plus pour nous qu'elle a lieu en Bretagne. Alors que 57 % de la production nationale est bretonne, ce choix est symboliquement important. Nous sommes d'autant plus heureux d'accueillir l'AG sur notre territoire que cela ne s'était pas produit depuis une décennie. C'est aussi la première AG du mandat de Paul Auffray, qui est le premier président breton de la FNP. 150 à 200 personnes sont attendues, en provenance de toute la France.

Quel état des lieux ferez-vous ?

F.V. Il y a eu des avancées, notamment le travail sur le porc français ; la demande des salaisonniers en la matière a progressé. Malheureusement, il n'y a pas de répercussion sur le prix même si il aurait peut-être été encore plus bas sans cela.

Le premier but de l'AG est d'élaborer le rapport d'orientation : quelles solutions peuvent être proposées dans le contexte actuel ? Doit-on arrêter la cotation ? Dans cette hypothèse, les prix payés seraient différents d'un éleveur à l'autre et nous n'y sommes pas favorables parce que nous voulons privilégier le collectif. Nous proposons une contractualisation qui tienne compte non seulement de la durée et des volume mais aussi du prix.

Parallèlement, il y a un problème avec les capitaux énormes qu'impliquent les exploitations actuelles car cela les rend difficiles à reprendre. Une contractualisation garantissant les prix à hauteur de 30 % des volumes rendrait les banques moins frileuses dans le financement des reprises.

Qu'attendez-vous de la présence du ministre Stéphane Le Foll ?

F.V. Il y a eu beaucoup d'annonces depuis mars ; nous attendons maintenant du concret. Il est indispensable d'encadrer les promotions. L'hiver passé, on a vu de la viande de porc vendue 1,60 € le kilo... c'est moins cher que le pet food. Ces prix de vente, qui baissent tous les ans et sont inférieurs au prix de revient, dévalorisent le travail des producteurs. Il est donc indispensable de les encadrer.


Propos recueillis par Emmanuelle Bordon



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