Terra 31 juillet 2015 à 08h00 | Par Jean Dubé

Le mutualisme est une valeur d'avenir

Terra s'est tourné vers la nouvelle présidente de Crédit agricole en Bretagne pour avoir son avis sur la question du mutualisme. Au-delà de l'héritage, comment vit cette notion du mutualisme aujourd'hui dans une grande banque ? La question n'est pas facile et Marie-Françoise Bocquet ne l'esquive pas. Elle exprime son attachement à ce concept et trace quelques pistes pour le rendre encore plus visible pour les années voire les générations à venir !

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Marie-Françoise Bocquet
Présidente de Crédit agricole en Bretagne
Marie-Françoise Bocquet Présidente de Crédit agricole en Bretagne - © terra

Quel est le rôle du président de caisse locale ?

Marie-Françoise Bocquet. Les présidents de caisse locale et leurs administrateurs ont aujourd'hui un rôle d'animateur et de représentation du territoire. Mais sans lien réel opérationnel avec le métier de la banque. Il n'est d'ailleurs pas possible que les administrateurs interviennent sur ce métier. La réglementation qui s'impose est de plus en plus forte. En tant qu' "amateur", entrer dans ce champ "professionnel" est certainement quelque chose qui ne pourra plus être. Certains départements ont connu l'époque des "comités de prêts locaux". Ces entités pouvaient se concevoir à une certaine époque. Mais aujourd’hui, la plupart ont arrêté et les caisses locales ont uniquement la mission de porter les valeurs du mutualisme du Crédit agricole. Etre porteur de valeurs c'est essentiel, mais je suis profondément convaincue que c'est totalement insuffisant pour avoir des administrateurs totalement investis sur leurs missions et complètement fédérateurs de valeur ajoutée à notre organisation. C'est une des questions fondamentales qui se pose à nous aujourd'hui, celle d'avoir des élus qui n'interviennent pas sur le cœur de métier de la banque.

Pour rentrer dans une association de foot, il faut aimer le foot ! Pour rentrer comme élu dans la banque, il faut aimer son territoire et vouloir représenter ses concitoyens, notamment les clients/sociétaires. Les administrateurs sont sollicités comme élu d'une banque, les activités locales sont louables mais restent souvent loin de l’activité bancaire.

 

La diversité est-elle une force ?

M-F.B.  Il faut construire le Crédit agricole sur ces bases là en faisant en sorte que la diversité des métiers soit une force. Il faut cependant encore mieux l’organiser. Il est nécessaire que les conseils d'administration soient le plus représentatif possible. Par exemple, en caisse d’Ille-et-Vilaine, nous avons 500 administrateurs et 46 caisses locales. Je souhaite une gestion plus active de ces parcours, professionnel, associatif, les hobbies, les envies, et avoir ainsi une vision de nos conseils d'administration plus qualitative. En effet, nos administrateurs sont souvent là pour quinze ou vingt ans. Nous avons tendance à attendre un engagement identique de chacun d’entre eux. Nous devons plutôt nous appuyer sur la singularité de chacun. Il est important de mettre autour de la table des gens différents et de leur permettre de valoriser leurs diversités. Il serait possible d'imaginer des "correspondants" des relais par métier, par territoire, des commerçants, des artisans, des représentants de l'entreprise, mailler les compétences et l'intérêt sur différents domaines. Je pense qu'on pourrait faire participer les administrateurs à la vie économique et bancaire de leur territoire.

Cela ne m'intéresse pas de savoir que mon voisin a emprunté 5 000 € pour s'acheter un camping-car. Par contre, il est utile d’avoir l'information des prêts d'envergure, cela permet ainsi une vision de l'activité sur le territoire et de sa dynamique, une information régulière sur l'activité bancaire, sur les prêts accordés et sur les prêts refusés. Il est rare de féliciter l'administrateur pour son accompagnement. Mais lorsqu'il y a un refus, il n'est pas rare qu'on vienne le voir ! Il est donc nécessaire d’avoir ce retour d’information et de permettre ainsi à l’administrateur d’avoir la posture adéquate.

Le mutualisme fait partie de nos valeurs, il doit être plus que cela et faire partie intrinsèque de l’entreprise, il doit donc se traduire en permanence dans nos actes et nos discours, notre ADN en quelque sorte ! Aujourd'hui on a souvent d'un côté la culture mutualiste par les administrateurs, et de l'autre la culture bancaire par les collaborateurs. Le mutualisme devrait être un bien porté par les administrateurs et les collaborateurs, parce que ce sont eux qui sont au contact avec les clients. Nous avons une action de terrain au plus près du territoire. Nous recherchons plus de sens dans l'activité bancaire au quotidien en lien avec nos valeurs. C'est pourquoi aujourd'hui nous parlons du territoire, des circuits-courts pour le financement et nous relayons ces idées autour de nous.

 

Au niveau du conseil d'administration, comment s’exprime
le mutualisme ?

M-F.B. Je trouve que c'est moins compliqué au niveau régional. Le conseil d'administration s'y retrouve bien dans la mission de banque de territoire. Lorsque nous décidons au niveau des grandes orientations, c'est alors assez clair. Nous retrouvons les valeurs du mutualisme au travers des compétences et de l'orientation des décisions. Je me souviens de la décision prise d'aller vers 40 % de parts de marché pour les primo accédants au lieu de 30 %. Aider les primo accédants, c'est créer une valeur, de la valeur et c'est créer une relation bancaire gagnante à terme. Après, le banquier n’est pas regardé de la même façon !

 

Existe-t-il un risque d'uniformisation, que demain
les banques mutualistes ou non se ressemblent totalement ?

M-F.B. Les contraintes sont réelles. Elles sont de plus en plus fortes, notamment au niveau de la Banque centrale européenne. Mais derrière ces réglementations existe une certaine latitude. Je vais illustrer par un exemple d'actualité : les fermetures des agences l'été. Nous sommes très attentifs aux messages que nous envoyons ainsi à nos clients. En août, le plus simple serait de fermer ! Mais si tout le monde se retire des territoires ruraux, ils seront moins bien servis par les services qu'ils soient publics ou non. Nous devons être vigilants pour que ce service perdure. Si nous parlons uniquement de fermeture, alors, le regard porté est totalement négatif. Nous avons ce regard d'accompagnement du territoire et nous parlons donc d'aménagement des horaires. C'est très simple, tout simplement responsable.

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