Terra 17 septembre 2016 à 09h00 | Par Claire Le Clève

Le recul de l'agriculture littorale

Moins présente que sur le reste du département, l'agriculture recule plus rapidement sur le littoral morbihannais, qu'ailleurs. Et si l'élevage laitier y résiste encore par poches, rien n'est gagné pour l'activité primaire dont les terres sont convoitées et l'activité concurrencée. C'est tout l'objet du constat dressé lors de l'assemblée générale de l'association Cap 2000, vendredi, à Vannes.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
70 % d'exploitations en moins en 20 ans sur le littoral morbihannais
70 % d'exploitations en moins en 20 ans sur le littoral morbihannais - © Merci Nicolas D

Exceptionnelle car fruit du «consensus entre les deux professions, agricole et conchylicole», la charte des bonnes pratiques agricoles et conchylicoles souffrirait actuellement «d'incompréhensions», non pas tant de ceux qui l'ont faite advenir, mais «de la part des services de l’État. Il faut faire avancer ce dossier», ont présenté les responsables de l'association, Sébastien Le Moine, ostréiculteur à Carnac et Philippe Le Dressay, agriculteur à Vannes, invitant à découvrir cet état des lieux de l'agriculture littorale. Elle est net retrait.

 

70 % d'exploitations en moins en 20 ans

Près de 5 000 en 1988 (4 834) , elles n'étaient plus que 1513 sur les 16 cantons littoraux en 2010, date du dernier recensement agricole. Une diminution en deux temps, de près de 70 % de 1988 à 2000, puis de 40 %, de 2000 à 2010, «une baisse plus forte qu'au niveau départemental», relève Arnaud Haye, économiste à la chambre d’agriculture du Morbihan. La densité des exploitations reste encore forte sur les communes de Crach, Locoal-Mendon, Muzillac ou Merlevenez, prouvant qu'il est plus facile de tenir quand on est a plusieurs. Mais elle reste plus faible qu'ailleurs et s'est restreinte ces 10 dernières années. Ainsi, les exploitations agricole ont quasiment disparu des pôles urbains, souffrant 80 % de diminution sur Vannes ou Lorient en 22 ans, 65 % sur les seules 10 dernières années.

 

Bronzage ou pâturage et de la rétention foncière

Il en va de même pour la SAU, dans de moindres proportions. Ainsi, elle régresse en zone côtière (-16 % ) plus vite que sur l'ensemble du Morbihan (- 7 %) en 22 ans. Et si les fermes littorales représentent 20 % des exploitations du Morbihan, elles couvrent 20 % de la SAU départementale. Le plus fort recul de la surface agricole a été enregistré sur les zones les plus prisées des estivants, entre Quiberon et le golfe du Morbihan. «Certains cantons ont stabilisé leur SAU mais cela cache une forte rétention foncière et des surfaces en friches». Canton d'Auray et presqu'île de Sarzeau en font les frais, notamment pour l'installation. L'agriculture reste ainsi présente à l'est et l'ouest de la frange littorale et occupe moins de 55 % du territoire, moyenne départementale. Face à l'accroissement de la population, «de nombreuses communes sont même passées sous le seuil des 30 % de la SAU».

 

Plus de végétal que d'animal

 

Si le lait demeure la production majeure (29 % en 2010), cette production a fortement diminué (elle était de 41 % en 1988) aux dépens du végétal (22 % en grandes cultures et maraîchage en 2010 contre 17 % en 1988). Les productions porcine ou avicole sont peu présentes, (10 % de la production départementale en porc, 11 % en volailles). Le lait reste bien présent à l'est, avec des situations hétérogènes suivant les cantons mais avec des effectifs ayant augmenté, signe d'une «forte restructuration». Proportionnellement, l'élevage allaitant se développe (+ 36 % de vaches allaitantes quand on enregistre -2 % dans le département), notamment autour du golfe. Reste que la diminution des élevages s'est accélérée entre 2000 et 2010 quand parallèlement, «on constate le développement d'une agriculture cherchant à capter les opportunités du territoire». Le maraîchage s'y est développé, avec des exploitations aux productions plus diversifiées, sur de plus petites surfaces . développement de la vente en circuits courts, transformation à la ferme, tourisme à la ferme, centres équestres...Ainsi, les installations en vente directe représentent une installation aidée sur deux depuis 7 ans. Reflet de la dynamique agricole, l'est du littoral a connu le plus grand nombre d'installations aidées.

 

Claire le Clève

 

 

 

 

Des propositions

 

Pour préserver les espaces de production et faciliter le développement et la création de site, la profession agricole s'est relevé les manches. Laurent Kerlir, président de la chambre a présenté quelques outils et réalisations qui passent par «la prise en compte systématique de la charte de l'agriculture et de l'urbanisme dans l'élaboration des documents d'urbanisme, le travail en concertation très en amont des projets et la mise en place de diagnostics agricoles communaux».

Responsables agricoles, conchylicoles, élus... beaucoup de monde présent à cette assemblée générale de Cap 2000
Responsables agricoles, conchylicoles, élus... beaucoup de monde présent à cette assemblée générale de Cap 2000 - © Claire le Clève

 

Conchyliculteurs, agriculteurs, pêcheurs, mêmes combats

 

16 ans déjà que l'association Cap 2000 réussit à faire travailler ensemble conchyliculteurs, agriculteurs, pêcheurs, pour un même combat : celui de la qualité de l'eau et sa préservation. Car d'elle, dépend le maintien de leurs activités primaires sur une frange côtière de plus en plus convoitée et urbanisée. Une entente cordiale d'où naît une multitude de réalisations pour cette active petite association qui, au fil des ans, a su prouver son utilité et impose la reconnaissance. La salle des sessions était donc pleine à Vannes, vendredi dernier, pour découvrir ses réalisations annuelles dont un volet agricole qui comporte l'animation de la Charte des bonnes pratiques agricoles et conchylicole. Elle a permis à 4 nouvelles exploitations de déroger à l’interdiction d'épandage dans la zone des 500 m, de constater 2 retours de non conformité d'épandage, de poser des diagnostics bactériologiques, paramètres essentiels pour la conchyliculture, sur 12 exploitations des rivières de Crach et Saint Philibert, et de vulgariser ailleurs, sur d'autres bassins versants, la méthode. Association qui prospecte le terrain pour identifier les sources de pollutions bactériologiques en zone littorale. En jeu ? «Le classement en zone conchylicole dont dépend notre activité» a insisté Sébastien Lemoine, président de CAP 2000. Car même «si on a eu une meilleure qualité de l'eau en 2015, nous avons connu des cas de norovirus en 2016». Le risque sanitaire plane, notamment en rivière de Crach faute d’assainissement ad hoc. Ainsi Acta, Auray Quiberon Terre Atlantique est-elle intervenue pour présenter sa politique d'assainissement et son ciblage pour réduire les risques et sanitaires et de contaminations. Sur les 24 communes, 27 millions d'euros seront engagés sur 3 ans, tant sur l'assainissement collectif qu'individuel,avec des aides à la clé pour se mettre en conformité. Mais par ailleurs, l'arrêt programmé pour 2018 des suivis bactériologiques par Ifremer, service de l’Etat, interroge, pour le moins, les professionnels.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 19 unes régionales aujourd'hui