Terra 17 mars 2016 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

Les attributions laitières confortent les installations

Avec le nouveau système mis en place en 2015, les attributions laitières données aux jeunes installés sont conséquentes. Quels sont les impacts sur les exploitations ? Pour répondre à cette question, la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine a mené une étude sur le département. Et les résultats sont parfois surprenants.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Pour produire ces volumes supplémentaires, on constate en moyenne une augmentation de 22 vaches dans le troupeau, 15 hectares de SAU supplémentaires et 0,33 UTH en plus. © F. Mechekour Christian Veillaux, responsable du service élevage à la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine. © Terra

Jusqu'en 2014, les attributions laitières se jouaient au niveau des bassins laitiers, avec des attributions maximum de 100 000 litres. Depuis 2015, ce sont les entreprises qui gèrent ces volumes, avec des attributions, en moyenne, de 180 000 à 200 000 litres. Légitimement, on peut donc s'interroger sur les répercussions des attributions sur les projets des jeunes agriculteurs. Ainsi, ces volumes incitent-ils les jeunes à avoir des projets avec toujours plus d'investissement et favorisent-ils la mise en place de systèmes de production plus intensifs ? Pour y voir plus clair la chambre d'agriculture a donc décidé de mener une étude auprès des 73 dossiers d'installations déposés en 2015 auprès de l'administration. Le premier enseignement, c'est qu'en très forte majorité (92 % des cas), "les jeunes bâtissent leur projet avec les volumes maximum permis", souligne Christian Veillaux, responsable du service élevage. Et globalement, ces attributions permettent des installations sans reprise, ni agrandissement. Comment ces jeunes envisagent-ils de produire ces volumes supplémentaires ? En moyenne, "on constate une augmentation de la SAU de 15 ha, avec 0,33 UTH supplémentaire et 22 vaches en plus", poursuit Christian Veillaux. Toutefois, il s'agit de moyennes et quand on regarde dans le détail, il existe des stratégies et des équipements très différents. Ceux qui augmentent peu ou pas la surface, pensent réduire les surfaces céréalières et diminuer l'atelier viande bovine. À l'inverse, ceux qui ont un fort agrandissement de surface comptent utiliser ces hectares supplémentaires pour introduire de la surface fourragère nécessaire. À la question de savoir si ces attributions supplémentaires vont induire des systèmes plus intensifs, pour le responsable du service élevage de la chambre d'agriculture, c'est loin d'être le cas, car comme le montre l'indicateur de densité, "dans 75 % des cas la situation reste favorable pour produire du lait avec des fourrages".

Évolution des équipements

Au niveau des outils de traite et des bâtiments, à noter qu'un tiers des projets est piloté par des robots, un tiers par des systèmes en épi 2x5 à 2x8 et un tiers avec des systèmes en épi supérieurs à 2x8. "Un tiers des jeunes ne projette pas d'évolution de matériels car ils sont déjà bien équipés, un tiers s'équipe pour retrouver un niveau comparable à ceux qui sont bien équipés, et un tiers crée une salle de traite qui s'accompagne souvent dans ce cas de la mise en place d'un robot", ajoute Christian Veillaux. Pour autant, il n'y a pas de liaison entre l'évolution des outils et les attributions supplémentaires. L'analyse est aussi valable pour les bâtiments. 33 élevages n'envisagent pas d'évolution, quand 27 souhaitent un agrandissement et "seulement" 13 la création d'un bâtiment. En croisant les données, très peu d'élevages font le choix à la fois d'investir dans les outils et les bâtiments.

Poids des investissements

30 élevages sur 73 ont des projets d'investissements mais qui ne se traduisent pas à tous les coups par des annuités importantes. En effet, les exploitants peuvent diluer leurs annuités par le volume, ou les compenser par la réduction d'autres investissements et enfin l'engagement bancaire initial, notamment pour les sociétés, joue aussi un rôle sur le montant des annuités.

Sur la question du temps de travail, là encore, pas de liaison entre attribution supplémentaire et temps de travail estimé. "On observe deux cas de figure, explique Christian Veillaux. D'une part ceux en individuel (10) et les petits collectifs avec tiers (7) pour qui le nombre d'UTH est à la baisse et donc le temps de travail à la hausse. Et dans ce cas, certaines simulations peuvent interpeller. Pour ceux en petit collectif familial, en grand collectif familial ou en grand collectif avec tiers, le nombre d'UTH augmente, et le temps de travail estimé est élevé mais acceptable".

En conclusion, on peut dire que les attributions, bien que conséquentes ont été absorbées dans 75 % des cas, grâce à des moyens de production qui le permettaient. Dans ces dossiers, le doublement des attributions a été positif pour conforter les systèmes et diluer les charges. En revanche on peut être inquiet pour ceux en individuel qui ont des volumes par UTH conséquent et un montant de reprise important. En effet, les attributions engendrent du temps de travail et la rentabilité repose davantage sur le volume par UTH que la rentabilité pour 1 000 l. Enfin, pour ceux qui sont au sein d'une structure sociétaire, certains ont fait le choix de se conforter et d'autres d'investir fortement. Dans ce cas, la situation bancaire initiale est capitale.

Profil des jeunes à l'installation

73 jeunes dont 10 femmes

Moyenne d'âge 28 ans (de 21 à 37 ans)

42 % titulaires d'un BTS

5 ans d'expérience agricole

Installations après un tiers (reprise d'exploitation) : 23 dont 6 installations en individuel et 17 dans une structure sociétaire.

Installations hors cadre familial : 13 dont 5 en individuel et 8 dans une structure sociétaire.

Méthodologie

Pour réaliser cette étude, le prix de base du lait retenu a été de 307 euros les 1 000 litres. Un prix calculé en faisant la moyenne des sept dernières années en enlevant la plus haute et la plus basse. L'estimation du temps de travail a été calculé à partir des références par unité de production et modulé selon l'équipement de traite.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui