Terra 06 octobre 2017 à 08h00 | Par Chantal Pape

Les haies, un incroyable réservoir de biodiversité

Elles bordent nos champs et nos routes. Mais qui sait vraiment ce qui s'y cache et qui s'y abrite ? David Rolland, technicien à la fédération de chasse des Côtes d'Armor, nous aide à faire le lien entre haies et biodiversité.

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Dans le cadre de la semaine de l'Elorn, David Rolland, technicien à la fédération de chasse des Côtes d'Armor, a présenté le lien entre bocage et biodiversité le 27 septembre dernier chez Elisabeth et Bernard Pouliquen, au Tréhou (29). (© Terra) Une haie en bon état de conservation. © Terra Les trous nuisent au bon fonctionnement de cette haie. © Terra

Plus une haie est complète, plus elle est accueillante pour la faune sauvage et riche en biodiversité, les différentes espèces se partageant alors l'espace". Et David Rolland de détailler l'ensemble de ses strates. "Après les graminées, au sol, l'étage buissonnant, entre 30 cm et 2 m, est composé de ligneux ou semi-ligneux : aubépine, prunellier, sureau...". Puis, au-dessus de cet étage arbustif, on trouve les arbres de haut jet, hêtre, chêne, châtaignier... Mais une haie, aussi complète soit-elle, ne sera efficace que connectée avec ses voisines, afin d'offrir un maillage suffisant pour permettre aux espèces de se déplacer.

Ronce et lierre, un cadeau du ciel

Cerise sur le gâteau, telle une liane, la ronce va venir enchevêtrer toute cette végétation et offrir gîte et couvert à de nombreuses espèces : en plus des lapins, lièvres ou chevreuils, sa fleur va séduire nombre de pollinisateurs, son fruit, la mûre va attirer renards et oiseaux frugivores et une fois pourrie et tombée au sol, elle va intéresser les oiseaux granivores.

"Comme la ronce, le lierre est un cadeau du ciel pour la faune sauvage, rajoute le technicien à la fédération de chasse des Côtes d'Armor. C'est la dernière fleur que vont trouver les pollinisateurs. Et son pollen, antiseptique, permettra aux abeilles d'hiverner dans de bonnes conditions". Et les oiseaux pourront profiter de ses baies jusqu'en avril. Mais le lierre vous embête au moment de faire du bois ? "Venez le couper l'hiver précédent ! Il se détachera sans problème. Et la faune sauvage en aura profité un bon moment".

Un subtil équilibre nuisibles-prédateurs

"La haie procure plus d'avantages qu'elle n'a de contraintes", estime David Rolland. Certes, elle abrite des ravageurs des cultures, corbeaux freux ou campagnols. Mais, à condition qu'elle soit complète, avec l'ensemble de ses strates, les populations vont se réguler d'elles-mêmes puisque les prédateurs seront aussi présents.

"Les pucerons seront affectés par des champignons, les coccinelles, les syrphes..., explique David Rolland. Un couple de mésanges bleues va avaler entre 8 et 12 000 chenilles le temps d'élever ses petits. Et une chauve-souris peut consommer jusqu'à 3 000 insectes par nuit". Une étude a montré qu'en zone de bocage, les agriculteurs ont besoin d'utiliser moins de phytos. Et ils peuvent aussi compter sur l'aide des insectes pollinisateurs pour le colza ou les autres cultures. "L'abeille n'est pas la seule ! On a dénombré 800 à 900 espèces différentes".

Un micro-climat

Si la haie offre un abri aux animaux d'élevage en cas d'intempéries, elle entretient aussi un micro-climat au niveau de la parcelle. "Ça marche pour une haie complète, épaisse, et pour des parcelles pas trop grandes, jusqu'à deux hectares, de forme allongée plutôt que carrée", indique David Rolland. Et le résultat est net, avec une température plus élevée de 2°C en hiver, plus fraîche en été, un moindre écart nuit-jour, une végétation qui démarre plus vite...

 

Petits conseils pratiques

"Vous souhaitez implanter une haie ?" David Rolland a profité de cette journée bocage-biodiversité pour délivrer quelques précieux conseils aux agriculteurs ayant répondu à l'invitation du syndicat de bassin de l'Elorn (29). "Multipliez les espèces !" Une assurance à moyen terme de réguler les ravageurs mais aussi, à plus long terme, d'être à même de résister au changement climatique qui se profile. "Demain, certaines espèces vont sans doute disparaître. Mieux vaut les diversifier au moment de l'implantation pour espérer en conserver un maximum".

Mais, pour qu'une haie "fonctionne" bien, il faut qu'elle se prolonge au sol par un ourlet herbeux d'au minimum 30 cm. "Cette bande herbacée pérenne servira d'hivernage à bon nombre d'espèces", indique David Rolland. Un ourlet auquel il faut prêter la plus grande attention. "Il ne faut ni le fertiliser ni y passer trop souvent l'épareuse, sous peine de voir la végétation s'y modifier et les adventices s'y développer".

Les pierriers, ces tas de pierre en bord de champ, aussi, ont toute leur utilité. "À condition de les maintenir dégagés et en zone ensoleillée, ils serviront d'habitat à de nombreuses espèces : petits reptiles, papillons...".

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