Terra 22 janvier 2016 à 08h00 | Par Emmanuelle Bordon

Les JA s'inquiètent de la chute des installations

En situation de crise, il est difficile d'amener les jeunes à s'installer. Et de fait, le rythme déjà insuffisant des installations ces dernières années a connu une nouvelle chute en 2015. Les JA s'en inquiètent, car le renouvellement des générations ne se fait pas.

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Frédéric Daniel, président des JA, et Sylvain Rolland, secrétaire général.
Frédéric Daniel, président des JA, et Sylvain Rolland, secrétaire général. - © Terra

55 installations aidées en 2015 contre 110 en 2011, tel est le pénible constat fait par les JA du Morbihan, qui n'hésitent pas à parler de « chute vertigineuse ». « Jusqu'où cela va-t-il aller et quelles seront les conséquences à moyen et à long terme ? », s'interroge Frédéric Daniel, président des JA.

Des choix politiques

Pour lui, les choix pour l'agriculture sont avant tout politiques : « Il faudrait une vraie ambition politique pour maintenir une agriculture dynamique sur le territoire », affirme-t-il. Par exemple, en raison de la crise actuelle, de nombreux exploitants ne vont pas pouvoir faire les mises aux normes, ce qui risque d'entraîner des cessations d'activité précoces. En outre, les coûts d'installation sont en forte augmentation : pas moins de 600 à 700 mille euros en lait, par exemple. Et il n'y a pas d'accompagnement particulier des coopératives.

« Dans ces conditions, comment voulez-vous motiver des jeunes à s'installer, ? » s'interroge Jean-Marc Le Pennuizic, membre du bureau, « comment leur donner envie ? ». En effet, en 2015, dans le Morbihan, on a compté par exemple trois installations aidées en porc, une vingtaine en lait.

Quant aux installations non aidées, leur nombre exact n'est pas connu. Il est possible qu'elles soient en légère augmentation, en raison des taux d'intérêt qui sont inférieurs à ceux des prêts bonifiés JA et elles représenteraient 30 à 40 % des installations. Mais en tout état de cause, elles sont loin de compenser la baisse des installations aidées. Ainsi, on observe seulement une installation pour 3 à 4 départs en retraite, ce qui est extrêmement préoccupant à moyen et long terme.

L'agriculture pilier de l'économie bretonne

« La viabilité de nos outils et, au-delà, de notre profession, est mise à mal par la crise actuelle », dit Frédéric Daniel « et nous ne nous sentons pas entendus, ni soutenus ». Il y aurait pourtant beaucoup à faire : développer l'étiquetage des mentions d'origine, notamment sur les produits transformés, et en faire une vraie valeur ajoutée, travailler avec la restauration hors foyer pour privilégier les produits français. Sur ce point, une charte devrait être signée, avec la FDSEA, pour un engagement des collectivités à s'approvisionner en local. A terme, il s'agit véritablement de pérenniser une activité économique primordiale en Bretagne, y compris par les emplois indirects auxquels elle permet d'exister.

« 2016 sera compliquée », dit Frédéric Daniel. « On attend de nos politiques qu'ils fassent lever l'embargo russe, qu'ils encouragent les affichages de provenance et cessent d'édicter des normes sans concertation. Ils doivent être des facilitateurs. »

Ne pas avoir honte

Plus généralement, la crise se traduit aussi par une augmentation de la pression sur les exploitants. En témoignent les chiffres du Seremor qui constatent une forte hausse des demandes de remplacement pour burn out ou accidents dus à la fatigue. Par ailleurs, il ne faut pas négliger les conséquences psychologiques et, à l'heure où la majorité des exploitants ont une trésorerie négative, les JA appellent à « ne pas avoir honte d'avoir des difficultés et à ne pas rester seul ». Ils insistent sur la nécessité d'accompagner la détresse des exploitants et encouragent tout un chacun à solliciter la MSA, qui a mis en place un numéro d'écoute dédié.

En temps de crise, ne pas rester seul

La MSA s'est engagée de longue date pour prévenir les conséquences du mal-être en milieu agricole. Renforcé en temps de crise, ce sentiment peut mener à une véritable détresse. Et même si la FDSEA et les JA appellent régulièrement à ne pas rester seul, se rendre aux réunions pour échanger suppose une démarche que certains ne sont plus en mesure d'effectuer. C'est pourquoi la MSA a mis en place Agri'écoute, un numéro qui peut être appelé par les exploitants qui se sentent en difficultés mais aussi par toute personne qui s’inquiéterait pour l'un d'entre eux : 09 69 39 29 19 (prix d'un appel local)

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