Terra 19 février 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

Les JA veulent repenser les filières

En 2016, les Jeunes Agriculteurs tiendront leur congrès national à Mâcon en Saône-et-Loire. Ils ont décidé de formuler des propositions sur le thème des filières. Au moment où la contractualisation, le rôle des interprofessions, les prix de vente et le revenu agricole sont au centre des préoccupations, le travail des JA se veut plus large pour permettre d'analyser tous les éléments qui peuvent contribuer à constituer le prix de vente.

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Florian Salmon (Ille-et-Vilaine, installé en lait et porc à l'engrais), Vincent Touzot (Deux-Sèvres, en lait et céréales) , Aurélien Clavel (Isère, en lait IGP saint-marcellin et semences fourragères) seront les trois rapporteurs du projet des JA à Mâcon.
Florian Salmon (Ille-et-Vilaine, installé en lait et porc à l'engrais), Vincent Touzot (Deux-Sèvres, en lait et céréales) , Aurélien Clavel (Isère, en lait IGP saint-marcellin et semences fourragères) seront les trois rapporteurs du projet des JA à Mâcon. - © terra

Vincent Touzot, Aurélien Clavel, Florian Salmon sont cette année les trois rapporteurs du rapport d'orientation du congrès JA national. Ils réalisent actuellement une "tournée" des régions françaises et étaient les jours derniers à Rennes pour animer une réunion entre responsables JA de Bretagne et des Pays de la Loire.

Le rapport d'orientation est un des éléments centraux du congrès annuel JA. Il se construit progressivement. Après la phase d'échange de confrontation qui mènera les rapporteurs dans onze régions aura lieu une seconde phase d'élaboration d'un document écrit. Celle-ci se terminera au congrès de Mâcon, après plusieurs versions et en règle générale par un vote formel après une longue soirée d'amendements !

Ces échanges, lors de la tournée des régions, permettent d'enrichir le contenu du rapport mais aussi d'aller à la rencontre de responsables professionnels et d'échanger sur leur expérience. Ainsi à Rennes une rencontre sera organisée avec des responsables du Cerafel sur le thème de l'organisation de la filière légumes.

Un constat et une ambition

Les trois responsables refusent de distribuer de bons ou de mauvais points sur le fonctionnement actuel des filières. Mais ils définissent l'ambition à laquelle devrait répondre une organisation. "Une filière qui fonctionne correctement a une véritable stratégie sur le moyen et le long terme. Elle est capable d'adapter l'offre et la demande tout en répondant aux contraintes réglementaires notamment du droit de la concurrence, et elle est capable de valoriser les produits correctement au niveau du prix". Pour les rapporteurs, l'essentiel serait de remettre l'alimentation au cœur de la société, et du projet des filières. Ces dernières doivent avoir une vision sur les marchés et adapter leur production en fonction du marché. Les filières doivent être ce lieu où se crée le lien entre producteurs et consommateurs. Le contrat sera seulement le vecteur qui permette de mettre en règle les normes de production pour atteindre un marché avec un volume.


Des interprofessions en grandes difficultés

Aujourd'hui les interprofessions n'existent quasiment plus. Elles ont plus ou moins le rôle de la communication et de la qualité. Ce positionnement manque singulièrement d'ambition par rapport à la stratégie de filière à long terme et de structuration. Pour les JA, les interprofessions devraient avoir un rôle premier, celui de la prospective. Elles devraient répondre à la question de quel marché et de quelle stratégie pour chacun des échelons.

Mais pour parvenir à ces objectifs la question des moyens en terme de collecte de données, de moyens d'innovation devra être posé. Les JA l'affirment, il faudra parvenir à la transparence des différents acteurs de la filière même quand leurs intérêts divergent. Elle doivent demain être capables de prendre en compte l'intérêt de celui d'après ou d'avant pour avancer de façon commune.

S'ouvrir à la grande distribution ?

Certaines interprofessions comme celle du Comté fonctionnent bien même sans la grande distribution, mais elles ont su gérer la pénurie, organiser la rareté et la qualité du produit. Elles savent se limiter en volume tout en connaissant et en intégrant les potentialités du marché par d'autres canaux que la grande distribution. A contrario, la filière viande bovine a intégré la grande distribution mais cela n'a pas changé énormément de choses, notamment en terme de prix pour les producteurs. L'essentiel n'est donc pas de savoir s'il faut les intégrer ou non mais bien de définir tous les éléments de la stratégie. Pour les JA, pour avoir une vision prospective très forte du marché, un schéma interprofessionnel plutôt long qui intégrerait la dernière mise en marché serait plutôt cohérent.

Redéfinir les rôles et la façon dont se prennent les décisions

Pour les JA , les interprofessions devraient devenir un point central de l'organisation de la gestion des volumes et elles devraient aussi développer des outils de gestion de crises à côté des outils nationaux. Leur rôle, leur ambition serait de construire le prix, et de faire en sorte qu'il soit rémunérateur. Pour ce faire, les JA formulent des propositions sur trois axes.

Le prix ne devrait pas seulement être déterminé en fonction du marché, il devrait aussi intégrer des attributs qualitatifs, le coût de production, les normes environnementales, la qualité sanitaire, environnementale, organoleptique, et bien sûr intégrer un indicateur en lien avec le coût de l'installation. Les JA verraient bien un petit plus pour les jeunes pendant leurs cinq premières années histoire de conforter leur projet.

Ils estiment qu'il faudrait créer deux niveaux de garantie de prix. Même si le principe de fixation du prix lui permet d'évoluer à l'intérieur d'un "tunnel", cela ne le met pas totalement à l'abri de crises conjoncturelles. Certaines filières ont déjà mis en place des caisses de péréquation qui se déclenchent lorsque le prix passe en dessous d'un premier seuil. Il s'agirait à ce niveau de lisser les prix sur de petites fluctuations. Au delà il s'agirait de passer à un second niveau assurantiel public avec une intervention de l'État ou de l'Europe en intégrant des aides PAC.

Pour mettre en place ces nouveaux outils, les interprofessions devraient se réinventer, réinventer leurs structures et leurs échelons décisionnels. Mais pour les JA elles devraient aussi abandonner le principe d'un mode de décision à l'unanimité totalement déconnecté aujourd'hui des réalités et des enjeux.

Créer un pacte alimentaire national puis régional

Remettre en cause l'organisation actuelle passera pas une fixation d'orientations politiques fortes, et donc une implication directe des échelons politiques. Concrètement, l'ambition consisterait à repositionner l'alimentation au travers d'un "pacte alimentaire" au niveau national mettre en lien producteur et consommateur. Puis de le décliner au niveau des grandes régions.

L'ambition serait de mettre en place des stratégies de filière ou inter-filières en cohérence avec les ambitions du territoire. On pourrait parler autonomie protéique, autonomie fourragère, stratégie qualité différenciation, par exemple et l'appuyer par la mobilisation des moyens du développement agricole, et le cas échéant les aides régionales.

Cette stratégie a un second avantage elle pourrait constituer une alternative au verdissement des aides PAC, en recréant un lien direct entre aides PAC et alimentation, un lien d'orientation qui n'existe plus aujourd'hui.

Quel lien avec l'installation ?

Les rapporteurs listent trois pistes de travail impactant directement l'installation. Ils estiment qu'il faudrait pouvoir prendre en compte au moment de l'installation les capacités des filières et des débouchés pour valider un projet. Il faudrait pouvoir se poser la question d'orienter ou de réorienter un projet au travers de l'information pour une plus grande durabilité du revenu, et d'une filière.

À l'échelon de la reprise du capital d'exploitation, les responsables JA posent la question du portage de capital de l'exploitation au travers d'un fonds géré par l'interprofession, et en lien avec le pacte alimentaire. Permettre de faire financer une partie des reprises par les structures interprofessionnelles. Nul doute que cette proposition fera débat !

Troisième et dernier point, les rapporteurs proposeront que le coût de reprise puisse être intégré comme élément de définition d'une rémunération supplémentaire.

À ce stade, les points qui sont listés par les trois rapporteurs sont plutôt des éléments d'échange et de débat. Ils ne constituent pas encore l'orientation retenue et votée par les JA. Mais le ton est donné. De nouvelles idées et concepts apparaissent comme la contribution de l'agriculture au bilan carbonne global. Mais que ce soit dans au travers des actions syndicales, mais aussi dans les débats de fonds la question centrale est aujourd'hui celle de l'organisation des filières et de l'amélioration du revenu des producteurs. Lorsque demain les actions syndicales se seront tues, ces réflexions de fond prolongeront le mouvement en essayant de concrétiser dans la durée les évolutions.

Jean Dubé

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