Terra 04 décembre 2015 à 08h00 | Par Chantal Pape

Les PSE, pour produire demain de l'environnement et du revenu

Les PSE, paiements pour services environnementaux, permettront aux agriculteurs de percevoir une rémunération en échange de prestations fixées par un contrat de droit privé.

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Kristell Labous, chargée de mission biodiversité à la FNSEA. © Terra Carole Zakine, responsable de l'équipe expertises d'In Vivo. © Terra Guillaume Lefort, céréalier et producteur de plantes aromatiques. © Terra

"Il faut que nous réfléchissions à offrir un revenu annexe aux agriculteurs qui voudraient s'engager". Le 25 novembre, la chambre d'agriculture du Finistère et la FDSEA ont organisé une première réunion d'information sur les PSE, les paiements pour services environnementaux. À ne pas confondre avec MAE ou autres aides du premier pilier de la PAC... "Les PSE correspondent à une démarche volontaire de l'agriculteur, précise Carole Zakine, responsable de l'équipe expertises d'In Vivo. Et donnent lieu à signature d'un contrat de droit privé". Si l'idée fait peu à peu son chemin, elle n'est pas nouvelle. Ainsi, à Vittel, les agriculteurs ont été payés dès 1987 pour protéger la qualité de l'eau. À Munich, des contrats ont été signés entre les agriculteurs et la ville, pour éviter à cette dernière un coûteux traitement de l'eau. Et, en Californie, des apiculteurs reçoivent une rémunération pour implanter leurs ruches dans des champs d'amandiers, le temps de la pollinisation.

Compensation écologique

Céréalier en Seine et Marne depuis cinq ans, Guillaume Lefort s'apprête, lui aussi, à signer un contrat PSE. "Un champ éolien doit s'implanter à proximité de mon exploitation. Et l'entreprise qui l'installe était à la recherche d'une quinzaine d'hectares de compensation écologique". Une compensation rendue obligatoire pour préserver la biodiversité en général et un petit oiseau, l'oedicnème criard, en particulier.

Les discussions s'engagent et le jeune agriculteur propose l'une de ses parcelles, au moindre potentiel agronomique et peu pratique à cultiver. "Il fallait la laisser en jachère pendant 15 ans ! Pour ne pas me retrouver avec une forêt, j'ai plaidé pour un broyage une à deux fois par an et un labour tous les 5-6 ans". Il obtient aussi le droit de chasse, pour que la parcelle ne serve pas de réservoir à lapins. "Et le droit de passer la charrue autour de la parcelle, si des caravanes ou une rave-party s'annoncent dans le coin". Ayant déjà signé une MAE et venant de s'équiper d'une barre d'effarouchement pour la récolte du persil, Guillaume Lefort voit dans ce contrat "une démarche de plus en faveur de la biodiversité et qui me permet, en plus, d'optimiser mon parcellaire". Une démarche pour laquelle il percevra 1 000 €/ha/an.

Démarche contractuelle plutôt que coercitive

Ces démarches, la FNSEA les voit d'un bon oeil. "Il est temps de changer d'approche de la protection de la biodiversité, affirme Kristell Labous, chargée d'études biodiversité. Passer d'une approche coercitive et descendante à une approche contractuelle et territoriale permettra d'éviter de nouvelles contraintes, de trouver des solutions durables. Et de reconnaître les services environnementaux rendus par les agriculteurs".

Les contrats peuvent concerner la compensation écologique, la trame verte et bleue, la prévention des inondations, les captages d'eau potable, les zones humides... Et rémunérer les agriculteurs pour la création de lieux de biodiversité, les changements de pratique ou au contraire le maintien de certaines pratiques favorables à l'environnement...

Et la FNSEA de plaider pour la création de structures locales, interlocuteur unique entre agriculteurs et payeurs, collectivités locales, maîtres d'ouvrage, établissements publics, entreprises privées..., à qui elle proposerait des solutions "clé en main".

Image positive de l'agriculture

Dans le Finistère, cette première réunion donne des idées. "Aujourd'hui, 46 % des zones humides sont abandonnées, indique Alain Hindré, vice-président de la chambre d'agriculture. Un contrat PSE pourrait être une solution. En cas de compensation écologique, il est aussi une alternative à l'acquisition du foncier par les collectivités". "A nous de prendre maintenant la main, rajoute Thierry Merret, le président de la FDSEA, qui voit un autre avantage aux PSE. Ils donneront une image positive des agriculteurs".

Services Ècosystémiques ou environnementaux  ?

"Les mots ont toute leur importance, précise Carole Zakine. Les services écosystémiques correspondent à l'ensemble des services que procurent les écosystèmes au bien-être des êtres humains. Les services environnementaux, eux, sont rendus par les hommes à la nature, aux écosystèmes". Et la responsable de l'équipe expertises d'In Vivo de citer le stockage de carbone, la lutte contre les inondations, la fourniture d'eau salubre, la conservation de la biodiversité...

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