Terra 05 juin 2015 à 08h00 | Par Actuagri

Les terres agricoles ne connaissent pas la crise

Contrairement aux marchés fonciers soumis à influence urbaine (maisons à la campagne, espaces résidentiels et de loisirs, urbanisation), le marché des terres agricoles a continué à progresser en 2014 stimulé par la baisse des taux d’intérêt. Une évolution qui complique chaque jour l'installation et le renouvellement des générations.

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Sur le marché des terres agricoles, la hausse des valeurs s’est poursuivie en 2014, selon la Fédération nationale des Safer (FNSafer) qui a présenté les principales tendances du marché foncier, le 28 mai à Paris. Le prix des terres et prés libres non bâtis s’est établi à 5 910 €/ha en 2014, en hausse de 2,9 % par rapport à l’année précédente, après avoir augmenté de 6,2 % en 2013.

Idem pour le prix des terres et biens loués, il a continué à progresser à 4 410 €/ha, soit une croissance de 4 %. Contrairement aux marchés sous influence urbaine (maisons à la campagne, espaces résidentiels et de loisirs non bâtis, urbanisation) dont les volumes échangés stagnent ou diminuent, victimes de la crise économique, le marché des terres agricoles a été dopé par la baisse continue des taux d’intérêt. En 2014, le facteur rentabilité des exploitations agricoles, n’a pas joué sur le prix des terres, selon la FNSafer. En effet, l’excédent brut d’exploitation à l’hectare affiche un repli tendanciel, même s’il est soumis à de fortes fluctuations à cause de la volatilité des prix agricoles. Néanmoins, ce sont les agriculteurs qui ont tiré les prix à la hausse en 2013 comme en 2012, alors que ce n’était pas le cas les années précédentes, les prix étaient alors stimulés par les achats des non-agriculteurs.

Selon la FNSafer, l’écart de prix entre les zones de polyculture élevage et les grandes cultures a tendance à se réduire au fil du temps. Ainsi, le prix en grandes cultures s’est établi en moyenne à 6 810 €/ha contre 5 600 €/ha pour la polyculture élevage, le prix des terres dans les zones d’élevage bovin s’établissant pour leur part à 4 390 € /ha. Ce qui peut être interprété, comme un transfert de terres dédiées à l’élevage vers les grandes cultures dans les zones mixtes, selon Robert Lévesque, directeur de Terres d’Europe-Scafr.

Gaspillage

Ces disparités, on les retrouve au niveau régional. La France apparaît divisée en trois zones horizontales. Le Nord d’une part, (Nord-Pas-de-Calais, Normandie, Picardie, la Champagne et le Bassin parisien, ainsi que l’Alsace), et le Sud d’autre part (de l’Aquitaine jusqu’aux Alpes) où les prix dépassent plus de 6 500 €/ha en moyenne. Entre les deux, une vaste zone centrale, de la Franche-Comté à la côte atlantique, essentiellement dédiée à l’élevage où les prix sont souvent inférieurs à 3 500 €/ha. La FNSafer a même identifié des zones où les prix excèdent 10 000 €/ha, voire 12 000 €/ha. Il s’agit du Nord Pas-de-Calais et du grand bassin parisien, et de la Provence Côte d’Azur, ainsi que des zones irriguées comme les Landes au Sud.

 

Quoi qu’il en soit, la consommation des espaces naturels se poursuit, même si le rythme est plus lent qu'il y a quelques années. Selon la FNSafer, ce sont 49 000 hectares portées à la connaissance des Safer et qui ont fait l’objet de transactions qui ont été soustraits de l’agriculture en 2014, soit deux fois moins qu’en 2007. Si on considère la totalité des terres qui ont été artificialisées (y compris celles qui n’ont pas fait l’objet d’un échange), ce sont 60 000 ha qui ont échappé à l’agriculture l’an dernier, selon l’enquête Teruti-Lucas 2015 du ministère de l’Agriculture. "Cela correspond à une diminution de 6 % de la surface agricole et de 8 % du potentiel agronomique d’ici 2050", estime Robert Levesque. D’ores et déjà, "l’Europe importe l’équivalent de la production de 35 millions d’hectares, soit 20 % de sa surface agricole, davantage que la SAU de la France", poursuit-il. Une façon de tirer la sonnette d’alarme sur la destruction d’une ressource qui nous fait vivre. Car si la consommation de terres s’est réduite, c’est en raison de la crise économique qui a freiné l’étalement urbain et donc le gaspillage.

La table ronde de l'assemblée générale de la Safer Bretagne a été l'occasion de propositions fortes.
La table ronde de l'assemblée générale de la Safer Bretagne a été l'occasion de propositions fortes. - © Terra

Des propositions pour mieux gérer le foncier

L'assemblée générale de la Safer Bretagne, vendredi dernier à Morlaix, entendait se centrer sur les questions d'installation et de transmission. Extraits de quelques propositions fortes.

 

Rénover plutôt que construire

La question de la concurrence entre agriculteurs sur le foncier reste totalement d'actualité, et il n'est pas rare de voir 10 candidats se présenter pour un seul dossier de reprise. Face à une telle pression, il faudra protéger au maximum les superficies agricoles et éviter qu'elles ne partent à l'urbanisation. "Au travers de la loi, on a sanctuarisé les bois, pourquoi ne pourrait-on pas le faire avec le foncier agricole ?", interroge Emmanuel Hyest, président de la FNSafer.

Michel Morin, vice-président de la région Bretagne renvoie les élus à leurs responsabilités : "Ce sont les élus locaux qui maîtrisent cette partie-là. Il est sûrement plus facile de faire un lotissement sur du foncier agricole que de refaire du logement sur des "dents creuses" de centre ville".

Le président de la FNSafer rappelle que "beaucoup d'habitations sont aujourd'hui vides, souvent parce que les propriétaires n'ont pas les moyens de faire des mises aux normes et de rénover. Au lieu de construire du neuf, si l'on inventoriait l'existant en décidant de rénover, cela règlerait la question de la consommation foncière et cela fournirait du travail à des artisans locaux". Une idée qui n'a pas pour le moment reçu le soutien des politiques.

Danielle Even, élue à la chambre régionale d'agriculture, fait le constat que "la région Bretagne est particulièrement consommatrice de foncier agricole. Or l'activité agricole est une activité économique. Il faudrait donc au préalable des PLU ou des Scot exiger un diagnostic foncier agricole. Même s'il est difficile de porter ces discours auprès des élus locaux. L'enjeu est énorme".

Des chefs d'exploitation décisionnaires

Autre grande question posée lors de la table ronde, celle du financement de l'installation et du foncier. Aujourd'hui, les Safer attribuent 20 % en moyenne des terres à des apporteurs de capitaux extérieurs. Ces derniers interviennent essentiellement pour une motivation de protection et de rentabilité de leur capital mais pas seulement. Pour Jean-Paul Riault, président JA Bretagne, l'essentiel sera de conserver des chefs d'exploitations effectivement décisionnaires. Un point de vue partagé par Emmanuel Hyest : "l'agriculture familiale, ce n'est pas une grande ou une petite exploitation, c'est une exploitation où le chef prend effectivement les décisions".

Jean Dubé

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