Terra 12 septembre 2012 à 16h41 | Par E. Lecorre

Mâles entiers : Cooperl prend une longueur d'avance

L'élevage de porcs mâles entiers crée des remous au sein de la filière. Pour certains, l'avance prise par le groupe Cooperl va à l'encontre des intérêts de l'organisation collective. Les responsables du Comité régional porcin de Bretagne et de l'Arip l'ont exprimé en assemblée générale lors d'une rencontre entre opérateurs de la filière.

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Echanges d'explications entre Fortuné Le Calvé, président du CRP Bretagne et Patrice Drillet, vice-président de la Cooperl, en assemblée générale le 6 septembre au Zoopôle de Ploufragan (22). © terra  © terra

Une déclaration signée par les acteurs européens de la filière porcine prévoit l'arrêt de la castration physique en 2018. Contrairement aux Pays-Bas, qui portent le développement de l'élevage de mâles entiers (40% des élevages), "la France et l'Italie ont peu bougé", déclare Patrick Chevillon, ingénieur à l'Ifip. En Allemagne, 10% des élevages ont stoppé la castration. Les abatteurs Vion, Tonnies et West Fleisch utilisent la technique du "nez humain" pour détecter sur les chaînes d'abattage les animaux porteurs d'odeurs sexuelles. L'Allemagne l'a même intégrée dans son cahier des charges depuis le 1er juillet 2012. En France, des travaux de recherche ont débuté au sein de l'Arip, avec les organisations représentatives de l'amont et de l'aval, dans deux directions. D'un côté, il 'agit du projet Drosme(1) qui vise à doter les abattoirs d'un outil technologique capable d'identifier les carcasses selon les contraintes d'abattage; de l'autre, le projet "Elevage et valorisation de verrassons" teste la validité des techniques de "nez humain" utilisées dans le nord de l'Europe.
Dans ce dossier, la France fait preuve de prudence face à la crainte de rebuter le consommateur. "Elle a une volonté de rigueur face à la pression européenne. Il faut avancer avec grande prudence", remarque Fortuné Le Clavé, président du CRP Bretagne, dont la position rejoint celle des maillons abattage, transformation et distribution. Pour Patrice Le Mée, représentant du SNIV-SNCP, la précipitation n'est pas bonne conseillère. "Si, demain, 10 à 20% des porcs sont concernés par des odeurs, que fait-on de cette viande", demande-t-il.

La Cooperl anticipe

La Cooperl n'adopte ni ce discours, ni cette stratégie. Et a même pris un galop d'avance. "Nous avons été voir nos principaux concurrents. C'était jouable. Aujourd'hui, nous pensons utiliser la méthode de détection la plus sécurisée qui existe", explique Patrice Drillet, vice-président du groupe Cooperl. Depuis un an et demi, 40 éleveurs ont arrêté de castrer les mâles dans la plus grande discrétion. L'organisation en filière verticale du groupe a facilité la démarche.
En proie à de la distorsion de concurrence avec l'Allemagne, la Cooperl n'a pas souhaité laisser filer ce dossier crucial. "L'Allemagne s'intéresse aux mâles entiers. On ne va leur donner l'occasion de nous marcher dessus". Et face à la hausse des charges, la production de mâles entiers a des atouts indéniables : baisse de l'indice de consommation, réduction des rejets d'azote et de phosphore... "Cela baisse les charges des éleveurs. Avec un aliment à 300 e/t, le moindre 10e de point d'indice a de l'importance. Et puis, il ne faut pas oublier que nous sommes confrontés à la pression environnementale et à celle des "welfaristes". C'est de l'anticipation", précise Patrice Drillet.

Pour ou contre ?

Reprochant mi-figue, mi-raisin, le côté "cachotier" de l'affaire, Fortuné Le Calvé a réagi. "J'aurai aimé que la démarche soit plus collective. Dans les plus brefs délais, toutes les OP et les abattoirs doivent travailler sur ce dossier". Pour Patrice Drillet, la demande faite auprès du CRP Bretagne d'avancer sur le sujet, il y a deux ans, n'a pas porté ses fruits. "On est parti". Quant aux avis, ils sont partagés. Certains approuvent le rôle moteur de la Cooperl alors que le nord de l'Europe et l'Espagne avance rapidement sur le sujet. D'autres reprochent la création de distorsion entre les acteurs amont de la production porcine française. Quoi qu'il en soit, un pavé a été lancé dans la marre.
Emmanuelle Le Corre

(1) Drosme : détection rapide d'odeurs sexuelles de mâles entiers.

Philippe Bizien, nouveau président

A l'issue de son assemblée générale, le conseil d'administration du Comité régional porcin de Bretagne a désigné Philippe Bizien, successeur de Fortuné Le Calvé (président depuis 1997). Philippe Bizien, âgé de 43 ans et père de 2 enfants, s'est installé en production porcine en 1997. Il est actuellement à la tête d'un élevage naisseur-engraisseur, à Landunvez, dans le Finistère.

2 e : la référence "pivot"

Lors de sa dernière AG, Fortuné Le Calvé a rappelé qu'en matière de prix du porc, "la nouvelle barre psychologique va rapidement atteindre 2 e. C'est cette nouvelle référence que doivent intégrer urgemment les opérateurs aval de toute la filière. La flambée des matières premières engagées depuis plusieurs semaines, brutale par son ampleur et sa rapidité, est effrayante pour les éleveurs, car durable".

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