Terra 04 décembre 2015 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

MPB : le cadran redémarre... sur un prix à la baisse

Suspendu depuis début octobre, le marché du porc breton "nouvelle version" a redémarré. Pas de révolution et une situation enlisée, catastrophique pour les éleveurs.

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Le marché au cadran a repris le 26 novembre à Plérin mais avec une offre de porcs divisée par deux.
Le marché au cadran a repris le 26 novembre à Plérin mais avec une offre de porcs divisée par deux. - © Terra

Après sept semaines d'arrêt, le marché du porc breton "nouvelle version" a redémarré en présence de la plupart des acheteurs, à l'exception du groupe Bigard. Hélas, ce retour attendu laisse un goût amer et renforce l'inquiétude au sein de la filière : en effet, le prix de base du marché a été établi à 1,076 € avec une fourchette de prix allant de 1,043 € à 1,088 € le 26 novembre puis une fourchette de 1,058 € à 1,078 €, lundi 30 novembre. La base de prix fixée au redémarrage a été obtenue à partir du prix pratiqué par les abatteurs des régions Bretagne et Pays de la Loire, soit 1,092 €. Or, depuis la dernière cotation, début octobre, le prix du porc a dégringolé de plus de 20 centimes. Il est vrai, les 24 500 porcs proposés le 26 novembre à la vente interviennent dans un contexte d'engorgement des porcs en élevage et de poids toujours élevés, défavorable aux éleveurs. Dans sa note, le MPB  signale "une situation totalement inédite avec un indicateur des poids carcasse à 95,2 kilos, soit 2 kilos de plus en moyenne que l'an passé à la même période, expliquée en partie par un repli des abattages sur le mois de novembre".

Jeudi 26 novembre, le peu d'éleveurs présents à la Maison du porc n'avaient plus de mots pour exprimer leur colère face à une situation impitoyablement figée. "Beaucoup d'éleveurs sont chez eux, moralement abattus", justifie un éleveur.

Convention : un léger aménagement

Pour beaucoup, la révision de la convention du marché laissait espérer un changement. François Pot, président du MPB, avait prévenu qu'il ne s'agissait pas d'une révolution mais d'une "évolution". "Nous avons réussi à relancer un marché. Il est important que tous les éleveurs aient un prix, justifie-t-il . Le problème n'est pas la convention de marché". Les difficultés de la filière sont inhérentes, selon lui, à un manque de soutien politique sur les dossiers de mention d'origine, d'embargo russe ou encore de distorsion de concurrence sociale et environnementale.

La nouvelle convention mise en place après bien des discussions entre les opérateurs, à l'exception de Bigard, a débouché sur de légères modifications. Les bases du nouveau fonctionnement reposent sur un marché à un tour ; la suppression du prix de retrait en début de marché fixé entre acheteurs (sous contrôle d'huissier) ; une amplitude de + 6 ct et - 6 ct conservée par semaine ; une offre affectable ; la publication d'une fourchette (pas de prix moyen). L'offre a toutefois été divisée par deux et s'établit sur une base de 30 500 porcs / semaine : 6 000 le lundi (marché à distance) et 24 500 le jeudi. "Je pense que le marché à un tour sera plus vivant à la hausse, comme à la baisse. Mais nous ne sommes qu'au début. S'il faut faire des modifications, nous les ferons", explique François Pot.

Organisation des marchés : le néant

Du côté du syndicalisme, on estime qu'il fallait effectivement remettre en route le marché au cadran, qui ne reste qu'un "outil". En réponse aux vives déceptions de cette reprise, François Valy, président de la section porcine de la FRSEA, précise que "la réalité du prix moyen obtenu correspond à la réalité du marché. C'est au niveau de l'organisation des marchés proprement dite que l'on n'a pas avancé", regrette-t-il. Harmoniser les cahiers des charges qui se recoupent dans les groupements, travailler la revalorisation du porc français, regrouper une partie de l'offre pour peser dans les relations commerciales auprès des acheteurs (plateforme ou AOP), voilà les chantiers lancés. "Le problème est qu'aujourd'hui, la moitié des organisations de producteurs ne veulent pas en entendre parler", décrit François Valy, qui redoute au final pour la filière porcine le même sort que la filière volaille de chair. Comment dans une filière divisée, trouver des solutions ?

UGPVB  : le prix de Bigard "ne respecte pas" le cadran

Selon le président de l'UGPVB (Union des groupements), Michel Bloc'h joint par Agra Presse le 30 novembre, le groupe Bigard a pratiqué après la reprise du 26 novembre, un prix de base de 1,08 €/kg, qui ne respecte pas le prix fixé par le MPB. "Nous aurions préféré qu'ils respectent le prix, mais c'est quand même rassurant", a-t-il réagi. Le président de l'UGPVB se réfère au "prix de synthèse calculé en fin de séance", qui s'élèvait à 1,076 €/kg, qui est "celui qui rémunère les éleveurs". Les professionnels attendaient du groupe Bigard-Socopa, qui n'a pas participé à la séance de reprise, qu'il respecte ce prix afin de mettre fin aux "prix différenciés" dans la filière. Ce n'est pas encore totalement chose faite, selon l'UGPVB. (source Agrafil).

Une situation catastrophique

Dans une lettre interne adressée aux éleveurs, le président de la FNP, Paul Auffray, prend acte du redémarrage de l'outil mais constate : "on reste loin de la modernisation du MPB souhaitée dans notre rapport d'orientation de Ploërmel en juin dernier... comme de toutes les autres pistes que nous y avions développées". "Avec un tel prix de base, il manque aujourd'hui entre 25 et 30 ct/kg en moyenne juste pour équilibrer ! Les éleveurs s'enfoncent dans une crise profonde qui nuira à terme à toute la filière".

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