Terra 14 octobre 2016 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Nadine Vitel crée de la solidarité via les réseaux sociaux

Après avoir affronté l'isolement et les difficultés financières, Nadine Vitel, agricultrice près de Jugon-les-Lacs (Côtes d'Armor), a créé un groupe de paroles sur facebook afin d'aider les femmes face à la crise.

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Nadine Vitel profite des réseaux sociaux pour recréer du lien entre agricultrices.
Nadine Vitel profite des réseaux sociaux pour recréer du lien entre agricultrices. - © terra

"Ne venant pas d’un milieu agricole, je ne connaissais personne, pas de famille ici, ni d’amis... Et dans le milieu rural, c’est plutôt dur de s’en faire. Il y a eu des jours où je ne parlais à personne, à part mon mari ou mon beau-père. Parfois, je me suis surprise à parler toute seule, rien que pour entendre ma voix. Je me suis sentie seule, moi qui étais une bonne vivante. Au fil des années, j’ai perdu mon sourire, ma joie de vivre...[...]"Cheveux et tenue noire, la voix tremble parfois à la lecture de certains passages. Lors de la journée "Agriculture au féminin" en septembre dernier, Nadine Vitel a témoigné de son mal être en tant que femme d'agriculteur dans un texte écrit par elle. L'isolement puis les difficultés financières, elle tombe au fond du trou avant de se relever toute seule. En juin dernier, elle crée sur facebook le groupe "paroles d’agricultrices face à la crise". Un groupe exclusivement réservé aux femmes, l'un des tout premiers, destiné aux agricultrices, conjointes collaborateurs et étudiantes en agriculture. "C'est un groupe d'entraide, d'amitiés et de solidarité incroyable qui s'est créé", rapporte-t-elle. Après quelques mois seulement, la mayonnaise a pris puisque 267 agricultrices adhèrent au groupe.

Un changement brutal
Avant de rencontrer son mari, Nadine Vitel était citadine, travaillait à Rennes au service du secrétaire général de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Employée de maison, elle menait une vie qui lui convenait parfaitement. Mais le hasard des rencontres et de la vie en a décidé autrement. Après 5 ans à la préfecture, elle part retrouver son mari, agriculteur en Côtes d'Armor près de Jugon-les-Lacs en 1995. Dans un premier temps, elle élève ses deux enfants, puis décide de travailler avec son mari en tant que conjointe collaboratrice sur l'élevage (lait et porc). Mais le changement est brutal. "Il y a eu une coupure sociale. Mon mal-être je ne l'ai dit à personne. Je gardais tout pour moi", raconte-t-elle.
Après des années compliquées, elle découvre l'exitence de formations dédiées aux agricultrices puis intègre le groupe de pilotage "agriculture au féminin". Une bouffée d'oxygène. Mais l'agricultrice retombe, des "idées noires en tête", acculée elle et son mari par des difficultés financières (problème d'installation de traite). "Je me suis battue pour sortir de cette situation, demandant une table ronde avec nos partenaires financiers", raconte-t-elle. L'exploitation tourne toujours, l'agricultrice, elle, repart plus que jamis reboostée.

Passage à l'action
"Avec cette crise, les agricultrices sont impactées, il fallait que je fasse quelque chose pour libérer la parole", raconte Nadine Vitel.
Le 18 juin dernier (cela ne s'invente pas), aidée de Wikiagri, elle diffuse un article qui explique le pourquoi de son groupe "paroles d’agricultrices face à la crise", un groupe exclusivement réservé aux femmes, accessible sur facebook. Depuis une petite communauté s'est créée virtuellement : des agricultrices y postent des photos, des vidéos, des commentaires, demandent des conseils, témoignent de leur quotidien, partagent des instants de vie tristes ou gais... Nadine, en tant qu'administratrice, anime et gère les entrées (ou les sorties) du groupe, échange des confidences plus personnelles selon les demandes... "Ce groupe est d'une solidarité incroyable. Cela aide les femmes à tenir le coup", explique-t-elle. Une éleveuse de chèvres, en proie à un manque de fourrages pour nourrir ses animaux s'est vu offrir des bottes de foin mais distantes de 200 km. "Nous avons diffusé sur tous les réseaux sociaux et nous avons finalement trouvé un transporteur qui a offert le transport. C'est énorme, virtuellement, on peut arriver à faire des choses et recréer une solidarité que l'on ne retrouve plus dans les campagnes", partage l'agricultrice. D'autres petits services ont été créés comme l'hébergement réciproque pour s'offrir quelques jours de vacances "gratuits". Les idées ne manquent pas à Nadine Vitel qui n'entend pas en rester là. Et certaines lui disent aujourd'hui : "Comme toi, je veux être une guerrière". Une belle leçon de vie.

En savoir plus

https ://www.facebook.com/groups/217080302011765

Lien direct vers le groupe Facebook "paroles d'agricultrices face à la crise", réservé aux femmes, qu'elles soient agricultrices ou conjointes d'agriculteurs.

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