Terra 13 janvier 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Niches à sanglier, haro sur les friches en presqu’île de Rhuys

Dégâts récurrents sur les cultures, accidents de la circulation… La liste des nuisances imputables au sanglier est longue. Parce qu’elles sont leur refuge, les friches, qui représentent 600 hectares en presqu’île de Rhuys, sont dénoncées par la profession agricole. Pour montrer l’exemple, les communes commencent par défricher leurs terrains, avant de l’imposer aux particuliers.

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120 sangliers ont été abattus en 2015, 180 en 2016.
120 sangliers ont été abattus en 2015, 180 en 2016. - © FNC D Gestim

Le Golfe du Morbihan, sa presqu’île de Rhuys, son château… Un cadre idyllique pour un animal devenu leur bête noire. "On a des champs saccagés régulièrement", fulminent bon nombre d’agriculteurs qui se sont mobilisés avec la FDSEA du Morbihan. Car tous les ans, malgré les déclarations de dégâts, les indemnisations, les visites de préfet, et leur chasse illimitée, les sangliers sont de retour dans les champs. Un problème récurrent qui fâche. En cause ? "Très clairement ce sont les friches ! Sur la presqu’île, on a cinq communes réparties sur 101 km² et on en a recensé plus de 600 ha de friches", détaille Philippe Le Dressay, président du CRDA de Vannes, producteur de lait à Séné. Un comité professionnel agricole s’est attelé à la tâche avec la communauté de communes (CCPR) pour établir un recensement. "On s’est focalisé sur les 250 ha prioritaires que les agriculteurs considèrent comme être à l’origine des problèmes", enchaîne-t-il. 250 ha repérés par le comité professionnel agricole regroupant 1 050 parcelles pour 1 100 propriétaires. Un nombre conséquent, fruit des indivisions et de la rétention foncière.

Remède au mal

"On a travaillé avec la chambre d’agriculture, le syndicat pour trouver des solutions de fond à ce problème de sangliers. Cela devrait permettre également de remettre en état des terres qui font défaut pour installer des jeunes ou conforter des exploitations", résume David Lappartient, maire de Sarzeau, sur le travail engagé depuis lors. Propriétaires elles aussi de terres, les communes d’Arzon, de Sarzeau, Saint-Gildas de Rhuys, Saint-Armel et Le Tour du Parc ont souhaité montrer "le bon exemple" pour reconquérir les secteurs en friches et "engager un cercle vertueux". Une manière encore douce de sensibiliser les propriétaires privés aux conséquences de l’abandon et du non entretien des parcelles. "Risques d’incendies, les paysages se ferment et se banalisent, les nuisibles s’y développent", inventorient les partenaires de l’action menée.

Une pierre, deux coups

Sur un bloc prioritaire de 18 ha, à la Lande du Mas, 50 propriétaires sont concernés, dont la commune de Sarzeau. Sur ses 1,5 ha, la mairie a entrepris de ré-ouvrir 500 m d’un chemin communal pour accéder à deux de ses parcelles et les défricher. "Nous allons les mettre à bail pour de futurs agriculteurs. C’est aller au-delà du problème des sangliers. C’est permettre un accès au terrain pour contrer la rétention foncière", pointe David Lappartient. Car ces rétentions sont en partie spéculatives. "Tout le monde pensait que son petit bout de terre allait devenir constructible". Réaménagement foncier (12 000 propriétaires de 25 000 parcelles pour 8 000 habitants) et révision du PLU ont changé la donne et calmé les appétits. Après avoir défriché des terrains communaux pertinents dans ce plan de lutte, viendront les injonctions d’entretien "avec mise en place de chantiers et en contrepartie de l’investissement, on pourra requérir des années de bail gratuites", esquisse l’édile locale, également président de la fédération française de cyclisme. Il n’écarte pas de pousser plus loin le curseur des mesures coercitives.

Reste qu’une première démarche est enclenchée. "C'est une bonne manière de sensibiliser les propriétaires. Certains ont déjà pris contact avec les mairies pour mettre leur terre à disposition d’agriculteurs ou les vendre", apprécie Philippe Le Dressay.

Haro sur le cochon sauvage

Après des préjudices estimés à 34 000 euros en 2015, les sangliers ont entraîné dans les champs 12 000 euros de dégâts indemnisés. Mais tous les agriculteurs ayant subi un préjudice ne le déclarent pas, à tort pour la fédération de chasse qui s’appuie sur ses chiffres pour étayer ses plans cynégétiques. Pour limiter leur prolifération, en 2015, le préfet du Morbihan autorisait alors leur chasse illimitée. 120 ont ainsi été abattus en 2015, 180 en 2016.

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