Terra 06 octobre 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Jean Dubé

Non au retour des blouses noires dans les campagnes  !

Thomas Guegan est responsable du groupe porc à JA Bretagne. Il a souhaité réagir à une pratique qui semble ré-émerger, notamment dans le Finistère, d'achat "direct" de porc par un abattoir, court-circuitant ainsi les groupements de producteurs, et toute l'organisation de la filière. Entre intérêts des producteurs à court terme et désorganisation de la filière à moyen terme, les JA ont choisi.

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Thomas Guégan, responsable groupe porc Jeunes agriculteurs de Bretagne
Thomas Guégan, responsable groupe porc Jeunes agriculteurs de Bretagne - © Terra

Il semble qu'une pratique d'achat direct de porcs dans les élevages réapparaisse aujourd'hui. Qu'en pensez vous ?

Thomas Guégan. Effectivement, on entend qu'un abattoir, au moins, passe directement chez les producteurs acheter des lots sans que cela soit contractualisé. Très souvent ces producteurs préfèrent garder le silence. Ils seraient payés sur une base pas très éloignée du cadran avec un supplément tarifaire par animal du fait qu'ils ne passent ni par le marché, ni par le groupement. À court terme, ces producteurs y voient peut-être une aubaine. Ils vont trouver un intérêt aujourd'hui parce que le marché est tirant. Mais lorsque l'offre sera plus importante, que deviendront-ils ? Cette pratique pose question.

Avec cette méthode, on revient aux blouses noires dans les campagnes où chaque producteur a un tarif différent. Aujourd'hui ce sont surtout les producteurs qui sont au pied de l'abattoir qui sont ciblés. Mais si chaque abattoir développe cette stratégie, quel salut pour les producteurs éloignés ?

Que préconisez vous ?

T.G. Nous souhaitons au niveau des jeunes agriculteurs montrer notre attachement à une pérennisation de la filière porcine, du producteur à l'abatteur en passant par le groupement. Cette méthode d'achat "direct" est suicidaire à court terme. Quel sera l'avenir de ces producteurs lorsque l'on reviendra à une période d'abondance de l'offre ?

Pour nous, le marché au cadran est la seule méthode qui permette d'avoir un prix honnête pour tous les producteurs, et qui garantisse une égalité de traitement quelle que soit la taille des élevages, leur implantation, leur situation générale.

Il faut garder le marché au cadran, et le développer en le faisant travailler au maximum. Les organisations de producteurs notamment doivent fournir le marché au cadran au maximum de ce qui est possible en augmentant le nombre d’animaux livrés. Si l'on continue à diminuer les volumes apportés on aura moins d'acheteurs, le marché sera de moins en moins représentatif.

Pour vous, en dehors d'une organisation de filière, il n'y a pas de salut possible ?

T.G. Bien-sûr, la pratique actuelle c'est une opportunité à court terme, mais demain ? Nous devons encourager les groupements à continuer à travailler sur la pérennité de la filière, en se basant sur un prix qui soit le même pour tout le monde, pour que tous les producteurs trouvent leur place. Les groupements doivent travailler pour consolider le marché. Il est essentiel de pérenniser les outils de la filière, tous les outils. Même l'abattoir qui passe en direct, on a besoin de lui, pour demain. Il ne faut pas supprimer d'outils, il faut qu'ils restent là et que l'on assure la pérennité et la continuité de la filière grace au maintien des volumes de production.

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