Terra 09 juillet 2015 à 08h00 | Par Emmanuelle Bordon

Nuit de la détresse à Vannes

130 tracteurs et 500 agriculteurs se sont rassemblés jeudi 2 juillet au soir devant la préfecture de Vannes pour une nuit de la détresse qui, si elle a été calme, a néanmoins été l'occasion pour les éleveurs de montrer leur détermination.

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Les délégués en entrevue avec le préfet (© Terra) Frank Guéhennec, président de la FDSEA 56 et Thierry Coué, président de la FRSEA © Terra  © Terra Des agriculteurs déterminés © Terra 500 personnes se sont rassemblées devant la préfecture 130 tracteurs ont convergé vers le centre de Vannes

En réponse à un mot d'ordre de la FNSEA, les agriculteurs morbihanais se sont rassemblés jeudi 2 juillet vers 21h, devant la préfecture de Vannes. Après avoir ralenti la circulation sur la voie express, 130 tracteurs ont convergé vers le centre ville, formant un cortège impressionnant qui a rejoint la préfecture. 500 personnes ont passé la soirée rassemblées dans une ambiance dont le calme ne masquait pas leur inquiétude. Pour elles, il s'agissait de montrer leur désarroi et leur détermination.

Une crise multiple

La viande bovine depuis l'été 2014, le porc depuis l'automne, le lait depuis quelques mois, les productions légumières, dont les cours s'effondrent au fur et à mesure que la récolte arrive... l'agriculture connaît actuellement une crise qui touche simultanément de nombreuses filières. Il s'agit d'un problème qui met à mal la trésorerie de nombreuses exploitations, creuse les déficits et menace leur pérennité. Pour Marie-Andrée Luherne, secrétaire générale de la FDSEA 56, il manque actuellement 65 EUR pour 1 000 litres sur le paiement du lait pour couvrir les frais de production.

Mais au-delà des difficultés financières immédiates que cette situation cause aux exploitants, s'ajoute à plus long terme une inquiétude quant à l'installation des jeunes. En effet, un agriculteur sur deux a actuellement plus de 50 ans. Cela signifie qu'il faudra, dans les 10 ans qui viennent, que leur ferme soit reprise par des jeunes. Mais comment les installer sur la base de prix aussi peu favorables ? Comment effectuer cette transmission dans des conditions acceptables ?

Les prix et l'identification des produits

Durant la soirée, les porte-paroles ont rappelé les revendications des manifestants : une identification sans ambiguïté de la provenance des produits, qui permettrait au consommateur de faire un choix éclairé, et une garantie sur les prix. Concernant les prix, ils demandent que soit garanti un paiement réaliste, conforme aux coûts de production. "On a besoin que l'économie prenne en compte nos réalité", a dit Frank Guéhennec, président de la FDSEA 56.

Une proportion de jeunes exceptionnelle

Parmi les personnes réunies devant la préfecture se trouvaient un nombre exceptionnel de jeunes. "Du jamais vu", d'après Laurent Kerlir, président de la chambre d'agriculture, et qui montre que la mobilisation est forte.

Frank Guéhennec a annoncé que c'était la dernière "manifestation calme". Ce que vivent les agriculteurs, ce qu'ils font vivre à leurs familles, est intolérable ; il faut que des solutions soient trouvées. D'après lui, "nous sommes au bout d'une système économique". Il est donc indispensable de mener des réformes de fond qui permettraient de sortir de l'impasse. Il a appelé les exploitants à rester mobilisés. Marie-Andrée Luherne a, quant à elle, appelé à ne plus payer ses factures. Ainsi, les exploitants se montreront solidaires et ceux qui sont en difficultés ne seront plus stigmatisés.

Entrevue avec le préfet

Le préfet Thomas Degos a reçu les représentants des manifestants. Il a promis de transmettre en haut lieu les revendications exprimées par les éleveurs. Inquiet de l'image médiatique du département, il a également souligné la nécessité de ne pas perturber par des manifestations les événements qui le mettent en valeur, notamment le Tour de France qui sera de passage prochainement.

A l'issue de cette rencontre et pour clore la manifestation, Frank Guéhennec a redit sa détermination. « "On mourra debout", a-t-il affirmé.

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