Terra 22 octobre 2015 à 08h00 | Par Nathalie Le Drezen - Joëlle Salaün Chambres d’Agriculture de Bretagne

Où en est la filière porcine bretonne ?

Forte de ses 31 000 emplois directs, la filière porcine bretonne est constituée de nombreux acteurs, de la production à la distribution. Les restructurations qui se sont accélérées ces dernières années ont concerné les différents maillons. Celles-ci bouleversent les équilibres territoriaux et conduisent à différents schémas de filière.

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 © Commission Grand Ouest abattoirs  © Source : UGPVB d’après BD Porc  © Chambres d'agriculture de Bretagne, sept. 201

La Bretagne compte 6 360 sites d’élevage de porcs en 2014 (dont 3 216 engraisseurs, 2 914 naisseurs-engraisseurs et 231 naisseurs). Ils sont situés pour 34 % en Côtes d’Armor et 27 % en Finistère. Elle compte 545 765 truies en 2014, contre plus de 700 000 au début des années 2000.

Restructurations

13,4 millions de porcs charcutiers ont été produits en Bretagne en 2014, soit 58 % des porcs charcutiers produits en France et 5,4 % de la production porcine de l’Union européenne (contre 5,7 % en 2012). La production bretonne a diminué de près de 3 % entre 2013 et 2014. Depuis 2008, la Bretagne a perdu 935 000 porcs charcutiers. Le premier département producteur de porcs charcutiers aujourd’hui est le Finistère, avec 35 % de la production régionale, suivi du département des Côtes d’Armor avec 33 % des volumes.

Après avoir connu de nombreuses restructurations entre 2010 et 2012, les groupements de producteurs, intermédiaires entre les producteurs et les abattoirs, sont au nombre de neuf en Bretagne (présence du siège social dans la région) sur les 40 que compte la France. Certains groupements sont impliqués dans l’abattage-découpe et la transformation, avec des participations financières dans des outils. D’autres ont tissé des liens privilégiés avec des partenaires, alors que certains restent indépendants.

Coopératifs ou privés...

En 2015, on recense 13 unités d’abattage de porcs dans la région. Certaines sont plus spécialisées dans l’abattage d’animaux de réforme, comme SBA à Briec et SVA Trémorel. Trois évènements majeurs ont modifié ces deux dernières années le secteur de l’abattage de porcs. Tout d’abord en octobre 2013, la liquidation judiciaire du site de Gad à Lampaul-Guimiliau est actée, conduisant à l’arrêt de l’activité d’abattage et la suppression de près de 800 postes. Suite à cette fermeture, le Nord-Finistère et l’Ouest des Côtes d’Armor ne disposent plus d’outil d’abattage de porcs à proximité, alors que la production porcine y est dense . Dorénavant, le seul groupe d’abattage présent dans le Finistère est le groupe Bigard avec ses deux outils de Chateauneuf du Faou et de Quimperlé. Ensuite, durant l’été 2014, le pôle industriel de l’enseigne Intermarché prend le contrôle de la majorité du capital de Holvia Porc à Briec de l’Odet. La coopérative Terrena devient actionnaire minoritaire. Enfin, l’abattoir Gad à Josselin, est cédé par la Cecab au groupe Intermarché. Il est rebaptisé Josselin Porc Abattage.

Aujourd’hui, on compte 6 groupes présents dans l’abattage de porcs en Bretagne. Tout d’abord le groupe coopératif Cooperl Arc Atlantique qui réalise 29 % des abattages régionaux. Viennent ensuite les filiales du groupe de distribution Intermarché. Depuis le rachat de Gad Josselin et la prise de contrôle de Holvia Porcs, celui-ci possède quatre outils d’abattage et se place en deuxième position avec 21 % du tonnage breton. Avec la prise de contrôle de la coopérative Socopa en 2008, le groupe privé Bigard totalise 14% des volumes bretons. Le suivant, Kermené appartenant au groupe Leclerc dispose d’un seul site d’abattage, multi-espèces. Enfin, en cinquième position se trouve le groupe Jean Floc’h puis la société Abera.

Mais la valorisation ne s’arrête pas à la découpe de porc et l’équivalent des trois quarts des carcasses de porc est valorisé en transformation, charcuteries et salaisons en premier lieu.

Implications différentes

Les schémas de filière des groupes présents en Bretagne sont très différents. Certains sont impliqués dans pratiquement tous les maillons. C’est le cas de Cooperl Arc Atlantique qui produit l’aliment, commercialise les animaux de ses adhérents, abat découpe et transforme. Le groupe a, ces dernières années, investi dans des outils de charcuteries, de plats cuisinés et même un réseau de boucheries. La distribution, par l’intermédiaire des groupes Intermarché et Leclerc, qui totalisent à eux deux, plus d’un tiers de l’abattage breton, est aussi très présente en Bretagne dans la transformation (charcuteries, salaisons, plats cuisinés). Elle n’est pas impliquée dans l’amont de la filière mais possède, en revanche, une situation privilégiée pour la commercialisation des produits. On trouve ensuite différentes situations d’industriels plus ou moins impliqués dans l’aval, mais en revanche, déconnectés de la production porcine et donc des groupements qui les approvisionnent en partie par le marché au cadran. Par ailleurs sont également très présents en Bretagne des groupes de transformation complètement déconnectés de la production et de l’abattage, à l’instar du groupe Financière Turenne Lafayette qui détient quatre sites de fabrication de charcuteries en Bretagne. Dans le contexte des discussions actuelles qui secouent la filière porc, on comprend que les différents acteurs, selon leur périmètre de présence et leurs relations avec les autres maillons, ont des positionnements différents.

Paul Auffray, président de la fédération nationale porcine
Paul Auffray, président de la fédération nationale porcine - © Terra

Point de vue

La situation nécessite que soit revue en profondeur l’organisation de la filière. Travaillons sur une rénovation des relations commerciales, prenant plus en compte qu’elles ne le font aujourd’hui, les intérêts des producteurs. Sortons d’une logique de "filière poussante" où l’on produit du porc sans la perspective claire du débouché final de notre production, avançons vers des démarches contractuelles construites sur les besoins du marché, impliquant les acteurs de la chaine de valeurs, producteurs , abatteurs-transformateurs, distributeurs. Pour cela, il faut changer les rapports de force, renforcer celui du maillon production. C’est avec le chantier de la compétitivité, le chantier prioritaire. Il en fait d’ailleurs partie intégrante. Ne pas le prendre à bras le corps serait renoncer à abandonner les producteurs à un rôle de sous-traitant, au bon vouloir de l’aval. C’est ce qui se passe aujourd’hui, avec 17 prix différents observés sur les paiements aux producteurs ! Osons, sans tabou, mais avec les enseignements de l’histoire, l’état des lieux et l’analyse partagée, tracer des voies nouvelles, pour l’avenir des éleveurs.



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