Terra 18 novembre 2016 à 08h00 | Par Sébastien Guiocheau, chargé d’études bâtiment et équipements bovins, chambre d'agriculture de Bretagne

Plus de bois local dans les constructions agricoles

Le bois, matériau très largement mis en œuvre dans les stabulations bretonnes, provient à 75 % d’importations étrangères. Des initiatives tendent à augmenter la valorisation du bois de pays dont la ressource est bien présente en Bretagne.

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La technique du treillis bois permet une bonne valorisation du bois local. (© Terra) Voliges non traitées réalisées en bois local dans une essence adaptée pour une pose en bardage. © Terra (1) Utilisation des essences locales © Terra

Dans la région, environ 600 bâtiments d’élevage bovins sont rénovés ou construits chaque année. Dans la majorité des cas, les charpentes et les bardages sont réalisées en bois. Ces constructions sont pour la plupart l’œuvre d’entreprises artisanales spécialisées dans les bâtiments agricoles. L’État et les collectivités locales souhaitent favoriser la mise en œuvre du bois dans ces bâtiments et plus particulièrement du bois local dans un objectif d’éco-construction, mais aussi de valorisation d’une ressource régionale et de dynamisation des territoires. Il est en effet assez paradoxal que la Bretagne produise des bois de qualité qui sont exportés et importe des volumes importants de produits à forte valeur ajoutée.

Une ressource locale sous-exploitée

Les espèces forestières fréquemment rencontrées en Bretagne sont :

- L’épicea de Sitka, essence majeure de la production de sciages bretons, est une des rares à être largement exploitée actuellement. Cette essence est utilisable en charpente pour constituer la structure du bâtiment.

- Le douglas produit un bois de grande qualité, lorsqu’il pousse sur des stations adaptées. Son utilisation est majoritaire en bardage pour les bâtiments agricoles mais également possible en structure.

- Le chêne produit un bois très résistant ayant de grandes qualités mécaniques est présent en grande quantité mais avec un très faible taux d’exploitation. La qualité des chênes bretons issus des boisements du sud-est de la Bretagne permet de réaliser les poteaux chênes soutenant les fermes. Cependant, la plupart des poteaux chênes proviennent de zones limitrophes (Normandie et Mayenne).

- Le mélèze est quant à lui une essence moyennement disponible et très peu exploitée malgré ses qualités.

- Le pin maritime est une essence de lumière bien représentée et moyennement exploitée, il donne des bois de qualité utilisables en charpente lorsque la conduite est rigoureuse. Le pin sylvestre, quant à lui, est une essence ayant de bonnes qualités mais qui souffre de conformations moyennes. Il est très faiblement exploité.

- Le châtaignier, profite d’un volume disponible important mais il est faiblement exploité et majoritairement en taillis pour des usages non constructifs. Sa durabilité permet néanmoins une utilisation en bardage.

Quelles utilisations du bois dans les bâtiments agricoles

- Pour la charpente

La principale utilisation du bois se fait en structure au niveau de la charpente (fermes et empannage).
La charpente treillis est le mode de construction traditionnel qui offre de très nombreuses possibilités pour un coût modéré. C’est aussi une solution très intéressante pour la valorisation des bois locaux, puisque les arbalétriers, sous arbalétriers et membrures secondaires sont en bois brut et que la conception de l’ensemble est maîtrisée localement. Les poteaux sont, dans ce cas, fréquemment constitués de chêne massif. La réalisation de poteaux moisés, c’est à dire à partir d’éléments assemblés est également possible. La charpente treillis permet de couvrir couramment des portées jusqu’à 16 m voire jusqu’à plus de 20 m avec un peu plus de technicité (photo ci-contre).

La charpente peut également être construite en lamellé collé, solution obtenue par collage de plusieurs lamelles en bois dont le fil est essentiellement parallèle. Son intérêt est la fabrication de pièces de grandes dimensions ou de formes particulières qui n'auraient pu être obtenues par utilisation du même matériau sans transformation. Des perspectives d’utilisation du bois local dans ce type de charpente sont actuellement en cours d’étude et semblent prometteuses.

Le Lamibois de type Kerto® est une autre solution de bois reconstitué à partir de placages contrecollés fil sur fil ou comprenant parfois des plis transversaux, puis découpé pour former des éléments de structure (panneaux, poutres, planches, etc.). Cette solution d’importation ne valorise pas de bois locaux.

- En bardage

En bâtiment agricole, le bois est également présent en bardage sous forme de volige. On recherchera dans ce cas une bonne tenue aux intempéries, à savoir une classe d’emploi de niveau 3 obtenue par traitement ou permise par la durabilité naturelle de l’espèce et la purge d’aubier. Rappelons l’intérêt du bois en bardage pour ses capacités à réguler l’hygrométrie en évitant toute condensation et à atténuer le bruit (1).

La qualité de cette ressource forestière dépend avant tout de la conduite du boisement (rapidité de pousse, sélection, éclaircies, âge d’exploitation…). Ceci influencera la qualité du bois fourni et la dimension des sections valorisables. Mais, des questions se posent quant à l’adéquation entre l’essence disponible, ses caractéristiques et son utilisation. Des différences existent entre les résistances mécaniques permises qui font l’objet d’un classement, les durabilités naturelles et les facilités d’imprégnation, c’est-à-dire la capacité à recevoir un traitement.
Pour valoriser aux mieux une ressource locale et conserver la valeur ajoutée, avec un coût de revient souvent identique, la démarche la plus simple consiste à demander à votre charpentier d’utiliser des bois issus des forêts bretonnes. Les scieries locales sont à même de répondre à cette demande. La ressource et les compétences y sont présentes.


Info

Pour en savoir plus http ://abibois.com/images/stories/ABIBOUTIK/supports_techniques/guide_bois-locaux_2013.pdf

 

- © Terra

Une place pour la forêt sur les surfaces mal valorisées par l'agriculture

Comme le démontre l’utilisation du bois de l’exploitation (sapin et thuya) pour la construction d’un bâtiment bois sur la ferme de Trévarez, non seulement le bois peut être valorisé localement mais peut aussi devenir une source de revenus non négligeable, de l’ordre de 500 €/ha/an dans de bonnes conditions de pousse et dans le cas d’une valorisation en bois d’œuvre. De plus, l’impôt foncier est exonéré pendant trente ans. Ainsi des terrains actuellement mal valorisés par l’agriculture (terrain à forte pente, à faibles potentialités agronomiques…) pourraient être boisés. L’investissement dans le cas d’une plantation résineuse est d'environ 2 500 €/ha. Des aides de 80 % de l’investissement sont possibles dans le cadre de Breizh Forêt Bois pour une surface de plus de 3 ha et considérée comme "abandonnée par l’agriculture".

Alain Coic, conseiller bocage et forêt, chambre d’agriculture 29.

 

Info

Pour en savoir plus : http ://www.breizhforetbois.com

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