Terra 10 mars 2016 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Porcs : Intermarché lance le contrat à prix plancher

Un contrat de cinq ans, garantissant un prix plancher de 1,28 euro du kilo pour un nombre de porcs produit par éleveur n'excédant pas 50 % de sa production, c'est l'engagement du groupe Agromousquetaires pour sécuriser l'approvisionnement de son enseigne de grande distribution Intermarché. En pleine crise du porc, la signature des premiers contrats la semaine passée à Josselin, ouvre la voie d'un nouveau mode de relation producteur-transformateur-distributeur... et concrétise une première forme de contractualisation qui contourne le marché au cadran sans s'en extraire totalement.

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Michel Adam du groupement Prestor, Philippe Bizien, président d'Aveltis, Yves Audo, président de Josselin Porc Abattage, Laurent Cospérec, éleveur à Priziac, Didier Duhaupand, président d'Agromousquetaires.
Michel Adam du groupement Prestor, Philippe Bizien, président d'Aveltis, Yves Audo, président de Josselin Porc Abattage, Laurent Cospérec, éleveur à Priziac, Didier Duhaupand, président d'Agromousquetaires. - © Terra

"On organise et sécurise ainsi la filière. Nous souhaitons que les éleveurs qui travaillent avec nous puissent continuer à le faire et gagnent leur vie", résume Yves Audo, vice-président du groupe d'Agromousquetaires en présentant ce nouveau contrat défini comme "gagnant-gagnant". "On mesure cela dans l'environnement économique que nous vivons" , pointe Michel Adam du groupement Prestor, présent avec le groupement Aveltis, pour les premières signatures de contrats. Face à
la crise, "avec des charges de structures de plus en plus lourdes sur les élevages, si on veut pérenniser la production et l'emploi, il faut trouver des solutions.
Celle-ci en est une qui fixe un prix mais sécurise des producteurs face à leurs investissements. Cela vient en complément du fonds de soutien qui devrait apporter immédiatement de la trésorerie", défend l'administrateur de la coopérative de Plabennec. "Les éleveurs sont attentifs à prévoir l'avenir. Dans le creux de la vague, ça va lisser la trésorerie. On propose donc cette solution à nos adhérents", justifie, pour sa part, Philippe Bizien, président d'Aveltis. Un outil supplémentaire de gestion donc, "qui peut permettre de sécuriser le banquier, si ce n'est l'investissement", poursuit-il.

Un prix pivot, un prix plancher

D'abord sur le site de Josselin Porc Abattage, ex-Gad, pour une signature tripartite entre la filiale industrielle des Mousquetaires, les groupements de producteurs, Cooperl comprise, et Laurent Cospérec, premier éleveur à contractualiser (lire encadré), puis l'après-midi, auprès de plus d'une centaine d'éleveurs réunis à Josselin dans le Morbihan, le groupe Intermarché a donc présenté, dans le détail, le fameux contrat. Il porte sur une durée de cinq ans renouvelable, pour un volume maximal de 50 % des porcs de l'élevage partenaire. Le mécanisme de rémunération est assez complexe, avec un tunnel de prix défini autour d'un prix pivot indexé sur le cours des céréales "qui pèsent pour 70 % du coût de revient de cette production", explique Yves Audo. Ce prix pivot a été fixé à 1,33 euro/kg (soit 1,50 euro avec les primes). Il fluctue dans un tunnel qui dépend donc de l'évolution du prix du blé à Rouen et de celui du soja à Montoir (+ 20 %, -15 %). En deçà, le cliquet du prix plancher agit, garantissant à l'éleveur une rémunération de 1,13 euro/kg, soit 1,28 avec les primes. Au dessus des 20 %, si le prix du porc flambe, l'éleveur est payé au cours du cadran du MPB. "On sécurise en bas et on déplafonne le haut", résume le vice-président d'Agromousquetaires. Et, pour fournir les 1,2 million de cochons attendus sous contrat, Intermarché espère convaincre entre 400 à 500 éleveurs. Quant à mener jusqu'à l'élevage le processus d'intégration verticale qui signe la marque de fabrique du groupe des Mousquetaires ? "Non, à chacun son métier", se défendent, sans appel, ses dirigeants. Avec ce nouveau contrat, ils souhaitent se rapprocher "de la matière première. On a besoin de rassurer le consommateur sur l'origine de ce que nous lui proposons. Le but ultime, c'est d'avoir la photo de notre éleveur sur le produit".

Laurent Cospérec est installé depuis quinze ans à Priziac.
Laurent Cospérec est installé depuis quinze ans à Priziac. - © Terra

"J'ai pour habitude d'aller chercher le progrès là où il est"

"Je suis très libéral et indépendant", situe d'emblée Laurent Cospérec, éleveur installé depuis quinze ans à Priziac (56) sur un élevage naisseur engraisseur de 450 truies. Pourtant, ce récent adhérent du groupement Aveltis est le premier à avoir signé, et des deux mains, ce contrat que propose Intermarché. De quoi déroger au sacro-saint libéralisme du secteur porcin car "dans le cochon, le contrat ça n'existait pas". Alors ? L'homme qui est fafeur et possède sa propre station de traitement emploie trois salariés, bientôt quatre. "Nous allons passer à 620 truies et 17 000 cochons élevés à l'année". Quant aux 4 000 porcs produits en plus ? "C'est le contrat que je signe aujourd’hui avec Intermarché qui va me permettre de les produire", poursuit Laurent Cospérec qui s'apprête à investir de nouveau. Car il connaît sur le bout des doigts son coût de production et les éléments qui le constituent, dont 67 % sont liés au coût alimentaire. "Il me reste à comparer mon coût de production au prix pivot qui est corrélé à 100 % avec le prix de la matière première. Comme j'achète sur le marché à terme avec un prix fixé six mois à l'avance, je peux me positionner et je connais ma marge à l'avance", détaille-t-il. Pour lui, ce contrat repose sur des points clés : le prix pivot mais aussi le prix plancher qui permet de lisser la marge "et passer le cap des prix d'hiver plus bas". Le déplafonnement à la hausse est un autre argument favorable : "si le prix flambe, on sera payé, on ne subit pas car Intermarché décale son prix". Laurent Cospérec cite encore la transparence "d'un calcul basé sur le cours du blé et du soja", ou encore la fin du stock en élevage et, surtout, la possibilité d'investir "en me donnant une vision" avec un engagement "dont je connais parfaitement la durée". Autant d'éléments qui ont poussé Laurent Cospérec à s'engager. "J'ai pour habitude d'aller chercher le progrès là où il est", conclut-il.

Intermarché  et sa filière porcine

Agromousquetaires est le pôle agroalimentaire intégré au groupement Intermarché (2 328 magasins en Europe et 1 800 en France, 40 milliards d'euros de CA en 2014). Il regroupe 64 unités de productions (11 000 salariés, chiffre d'affaires de 3,8 milliards d'euros en 2014). Dans sa filière porcine, il possède trois abattoirs (50 000 porcs semaines soit 2,3 millions à l'année) pour approvisionner les magasins du groupe et ses 7 salaisonneries : Josselin Porc Abattage (ex Gad, actuellement 23 000 porcs semaine puis 28 000), Gâtines viandes à La Guerche de Bretagne (35) et SBA à Riec sur-Belon (29).

55 millions d'euros doivent être investis pour améliorer productivité et capacité de production de ces trois unités. Par ce modèle économique d'intégration verticale de ses outils, le groupe veut assurer l'indépendance d'approvisionnement de ses magasins, la maîtrise des processus de fabrication, de qualité, de construction du prix et d'adaptation aux besoins du marché.

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