Terra 05 juin 2014 à 08h00 | Par Paul Jegat

Quand l'arrêt des restitutions menace toute l'aviculture

Les chiffres de l'enquête avicole 2013, dévoilés mardi à Rennes, confirment la baisse de marge des aviculteurs , alors même que les résultats technique se sont améliorés. Cette enquête révèle aussi la très bonne tenue de la production de poulet export l'an passé. Or, depuis, les restitutions ont été supprimées, une situation que les responsables professionnels jugent "intenable".

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Jean-Michel Choquet, FRSEA avicole Bretagne, Didier Goubil, président du pôle avicole de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne, Elodie Dezat, coordinatrice de l'enquête avicole et Nathalie Langereau, responsable avicole à la chambre régionale d'agriculture des Pays de la Loire .
Jean-Michel Choquet, FRSEA avicole Bretagne, Didier Goubil, président du pôle avicole de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne, Elodie Dezat, coordinatrice de l'enquête avicole et Nathalie Langereau, responsable avicole à la chambre régionale d'agriculture des Pays de la Loire . - © Terra

Chaque année, des éleveurs avicoles du grand Ouest, du centre et du Nord de la France mettent leurs résultats techniques sur la table, résultats qui sont ensuite triés, décortiqués et analysés par les conseillers spécialisés avicoles des chambres d'agriculture. La démarche initiée dans le Morbihan il y a bientôt trente ans s'est peu à peu étendue à la plupart des départements à forte implantation de volaille, que ce soit en poulet, dinde ou canard, mais aussi en productions sous label et bio. Désormais portée sur les résultats d'élevage d'une année civile de janvier à décembre et non plus de juillet à juin comme c'était le cas auparavant, cette enquête est donc une photographie précise de l'aviculture française coté élevages mais elle en dit long sur l'évolution de la  filière toute entière.

 

12 jours de vide sanitaire, un record !

L'analyse des chiffres 2013 des 510 aviculteurs de 20 départements ayant participé à l'enquête, soit près d'un million de m2 de surface de production, révèle à la fois des performances d'élevage en amélioration constante et une hausse des charges, en gaz surtout, qui efface en partie le gain de marge. Cette mécanique implacable touche tous les types de production de volaille. Et, paradoxe, ce sont au final les éleveurs de poulet export qui ont sorti les meilleures marges annuelles, du fait d'une rotation rapide des lots qui leur ont fait produire 15 kg de plus au m2 en 2013. Signe de cette bonne tenue du poulet export, l'enquête avicole n'avait jamais observé jusque là de vides sanitaires entre deux lots aussi courts, 12 jours en moyenne, constatait mardi Elodie Dezat, du pôle aviculture des chambres d'agriculture de Bretagne et coordinatrice de l'enquête. Mais on était en 2013 et depuis, tout a changé pour le poulet export. Réaction logique, c'est bien au regard de la réalité d'aujourd'hui que les responsables professionnels présents mardi à la présentation de cet imposant travail d'analyse des résultats d'élevages, ont commenté les chiffres de l'an passé.

 

Menace sur le marché du frais

Sans cette actualité de la fin des restitutions -elles ont été supprimées en septembre dernier- la volaille dans son ensemble irait en effet plutôt bien. Certes, toutes productions confondues, les aviculteurs ont en moyenne perdu 2 euros au m2, mais les performances s'améliorent et certains éleveurs n'hésitent pas à investir dans le rénovation de leurs bâtiments vieillissants. Et mieux, on a vu ici ou là des jeunes reprendre le flambeau. Autant de signes encourageants donc qui ne sont pourtant pas perçus avec le même optimisme en Bretagne et ailleurs. Or mardi, on était à Rennes, dans la région la plus touchée par l'arrêt des aides européennes à l'exportation. Pour Didier Goubil, président du pôle aviculture de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne, cet arrêt des restitution n'est toujours pas digéré. "Si on avait attendu un peu...", dit-il en posant quelques chiffres : "en 2005 ont était à 500 euros/tonne, en 2012 on était à 200 euros et on passait". Il observe qu'aujourd'hui les volumes de poulet encore exportés vers le moyen Orient par Doux et Tilly Sabco le sont "sur le dos des éleveurs". Et il avertit : "Si tout va mal, on pourrait passer de 4 millions de m2 de poulailler en Bretagne à 1 ou 2 millions pas plus". Jean-Michel Choquet, président du Cravi Bretagne et de la FRSEA aviculture Bretagne, pointe un autre risque, beaucoup plus étendu, celui d'un basculement de la production des poulaillers dédiés à l'export vers un marché français et européen du frais déjà très concurrencé par la pression allemande. Et les deux bretons n'ont pas de mots assez forts pour contredire la décision européenne de porter un coup d'arrêt aux restitutions. "Si on avait une parité euro/dollar, on serait mieux placé que les brésiliens pour aller sur le marché mondial, aujourd'hui on se prend 210 euros/tonne du fait de l'euro fort".

 

La France importe 1 million de tonnes de volaille

Pour les responsables avicoles bretons, il n'y a donc pas le choix, il faut rétablir les restitutions, une exigence posée au regard du devenir des 700 éleveurs spécialisés export et de la filière export bretonne, depuis les entreprises de service et les artisans, les centaines de salariés des abattoirs Doux et Tilly Sabco, mais aussi le port de Brest, les transporteurs, les fabricants d'aliment, bref un pan entier de l'économie de l'Ouest aujourd'hui en plein naufrage. Et dans le même temps, la France importe 1 million de tonnes de volailles. "Si on laisse entrer des produits sans condition, alors il faut compenser cela", suggère Didier Goubil en plaidant le retour des restitutions. Et puis, un autre constat conforte encore le discours des responsables professionnels avicoles, tous les signaux du marché mondial de la volaille sont au vert et la consommation mondiale progresse de 3% par an (soit 3 millions de tonne ou deux fois la consommation française de volaille). Et ils préviennent : "le temps de la reconquête du marché intérieur sera bien plus long que celui du maintien du marché export", ce que Nathalie Langereau, responsable avicole à la chambre régionale d'agriculture des pays de la Loire exprime à sa manière en appelant au dynamisme et à l'optimisme de la filière. Parce qu'il n'y a pas le choix.

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