Terra 20 mars 2015 à 08h00 | Par Chantal Pape

Quel avenir pour la Bretagne agricole ?

Produire mieux en le faisant savoir aux consommateurs, jouer des normes pour protéger notre marché, tirer tous ensemble dans le même sens et faire gagner l'équipe France... L'économiste Hervé Juvin a profité de l'assemblée générale d'Agriculteurs de Bretagne, le 11 mars dernier à Carhaix (29) pour ébaucher quelques pistes pour l'agriculture de demain.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Hervé Juvin, économiste et président de l'observatoire Eurogroup.
Hervé Juvin, économiste et président de l'observatoire Eurogroup. - © Terra

"En 2020, les deux tiers des habitants de la Terre vivront dans de grandes villes". Lors de l'assemblée générale d'Agriculteurs de Bretagne, l'économiste Hervé Juvin a détaillé les conséquences qu'induira cette "rupture majeure" pour l'agriculture. "Demain, la majorité de la population n'aura plus aucun rapport ni avec le monde rural ni avec la nature". Les jeunes générations n'ont donc pas fini de représenter le poisson en rectangle pané ou le lait provenant exclusivement d'une brique... "Et qui dit éloignement dit défiance, méfiance voire même un sentiment d'hostilité vis à vis de ce qu'on ne comprend pas".

Demain encore plus qu'aujourd'hui, l'association Agriculteurs de Bretagne aura donc un rôle "fondamental" à jouer. "Il va falloir être transparent, affirme Hervé Juvin. Tenir un discours de vérité sur les conditions de production des fruits, légumes, viande...". Une démarche que la profession a longtemps refusé. "On disait volontiers "bien faire et laisser dire", reconnaît Danielle Even, la présidente d'Agriculteurs de Bretagne. Un temps aujourd'hui révolu. "Ce que vous faites de bien, faites-le savoir à ceux qui partagent votre territoire".

 

Produire autrement

"L'agriculture de demain sera une agriculture de haute technologie". Pour l'économiste, hors de question pour la Bretagne d'espérer s'en tirer en jouant la carte du prix le plus bas. "Il faudra faire plus et mieux avec moins. Vous devrez être des employeurs de nature, des éveilleurs
d'écosystèmes". Tout en se différenciant. "La globalisation de l'économie génère un retour au lien et au local. La Bretagne n'est pas le Pays Basque. Et demain, la singularité vaudra cher".

 

Oui aux normes...

"Il ne faut pas se tromper d'ennemi". Alors que les mouvements d'humeur se multiplient contre la sur-administration, l'économiste ne craint pas de prendre les agriculteurs à rebrousse-poil en affirmant que "les normes c'est de la valeur ajoutée". Ainsi, pour Hervé Juvin, l'agriculture européenne a tout à perdre du projet de traité de libre échange transatlantique. "Les Etats-Unis veulent veulent réduire les normes sanitaires et environnementales, ce qui entraînera une perte de valeur considérable".

 

... et a l'équipe France

Ces normes sont aussi une façon de favoriser la production nationale. Et l'économiste de lancer un appel à l'administration, aux consommateurs..."Il est temps de jouer l'équipe France : tous ensemble, on serait gagnants". Un travail en équipe que Danielle Even appelle de ses voeux. "Il faut qu'on tire dans le même sens. Sinon, nous les agriculteurs, on ne pourra pas continuer". "Profitez des prochaines élections, départementales et régionales, pour interpeller les candidats", lance Hervé Juvin.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 19 unes régionales aujourd'hui