Terra 25 mars 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Chantal Pape

Revenir à la préférence communautaire

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Bernard Lannes

Président national de la Coordination rurale, 
céréalier et producteur de poulets label dans le Gers
Bernard Lannes Président national de la Coordination rurale, céréalier et producteur de poulets label dans le Gers - © Terra

Vous qui parcourez actuellement la France à l'occasion des AG départementales de la Coordination rurale, quelle est l'ambiance dans les campagnes ?

Bernard Lannes. 70 % des agriculteurs sont actuellement dans le rouge. Ce n'est pas moi qui l'affirme, c'est le CERFrance. Lait, porc, céréales... : toutes les productions sont touchées. Et, si on ne fait rien, ce sont les 35-45 ans, ceux qui ont restructuré leur exploitation, qui vont disparaître.

Les pouvoirs publics ont-ils pris conscience de l'ampleur de la crise ?

B.L. Au Salon de l'agriculture, François Hollande comme Manuel Valls ont eu le même discours : la crise sera longue et difficile. Pour le moment, la position de l'Europe semble inflexible, même si une prise de conscience commence à émerger dans certains pays, qui s'inquiètent de la chute du prix du lait : 245 €/1 000 l en Moselle, 220 € en Belgique. Et ce n'est pas la régulation temporaire ou le stockage qui vont nous sauver. Pas plus que les aides mises en place : au mieux, elles compensent 10 % des pertes. Ni la réduction du taux des cotisations sociales : si cette mesure permet de gagner en compétitivité, en approchant des taux de cotisation de nos voisins européens, elle ne va, pour le moment, rendre service qu'aux viticulteurs champenois ! Avec leurs très faibles revenus, la majorité des agriculteurs ne verra pas grande différence.

Alors ? Quelles solutions pour sortir de la crise ?

B.L. Pour vivre de prix plutôt que de primes, il faut changer de logiciel au niveau de l'Europe ! À elles seules, la France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la Pologne pèsent 60 % de la production agricole des 28 pays-membres. Il faut qu'ensemble, elles tapent du poing sur la table et exigent qu'on en revienne à la préférence communautaire ou, comme le disent les Américains, à un "protectionnisme éclairé". Nous n'avons pas vocation à exporter : nos coûts de production ne sont pas compétitifs ! Et n'oublions pas que, globalement, 90 % de ce qui est produit est consommé sur place : le marché mondial, et le prix qui en découle, n'est qu'un marché d'excédent.

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