Terra 13 juillet 2017 à 08h00 | Par NIcole Ouvrard, Agrapresse

Revenus agricoles : une dégradation généralisée en 2016

À la veille des États généraux de l'alimentation, la publication des comptes de l'agriculture fait figure de piqûre de rappel sur la situation particulièrement dégradée des revenus agricoles. Le résultat net par actif non salarié en 2016 est en retrait de 21,9 % par rapport à 2015, et la valeur ajoutée par actif agricole a baissé de 8,4 %. C'est le secteur des grandes cultures qui plonge le plus, en raison des conditions climatiques déplorables de l'an passé et d'une chute de la production considérable. Et dans le secteur animal, qui a subi globalement une baisse des prix, les exploitations laitières sont les plus affectées.

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- © Marion Ivaldi

Tout le monde s'y attendait : les résultats économiques du secteur agricole français en 2016 sont particulièrement mauvais. Le compte 2016 provisoire de l'agriculture, que l'Insee a présenté à la Commission des comptes de l'agriculture de la Nation qui s'est tenue le 6 juillet, confirme cette dégradation. Selon l'institut de la statistique, le résultat net par actif non salarié en 2016 est en retrait de 21,9 % par rapport à 2015. Quant à la "valeur ajoutée brute de la branche agricole" (y compris les subventions) par actif agricole (salarié et non salarié), elle a baissé de 8,4 % en 2016 par rapport à 2015, selon l'Insee. Un recul très marqué, alors que ce taux était positif sur les deux dernières années. Désormais, c'est ce critère économique que l'Insee met en avant car c'est celui retenu par Eurostat pour pouvoir comparer les résultats du secteur agricole entre États membres.

Une chute de 37 % de la valeur des céréales

Une fois n'est pas coutume, ce sont les productions végétales qui ont été les plus affectées (-8,7 % en valeur) l'an passé en raison de la baisse des volumes, même si les productions animales n'ont pas été épargnées (-4,3 %) du fait d'une baisse des prix. On s'en souvient, l'année 2016 a été une succession de conditions climatiques désastreuses à chaque saison avec un manque d'ensoleillement et des excès de pluie au printemps, conduisant à des inondations spectaculaires, puis de la sécheresse en été. Tout cela a conduit à un recul de la production végétale en France de 9 % en volume, toutes cultures confondues.

Ce sont les céréales qui en ont pâti le plus, avec une chute de 31,3 % de leur valeur, c'est-à-dire le chiffre d'affaires hors subventions. Le blé tendre a été la culture la plus pénalisée avec une valeur de la production en recul de 36,8 %. Après une année record en 2015, les tonnages produits se sont effondrés de 32 % par rapport à 2015 et de 24 % par rapport à la moyenne 2011-2015. À cela s'est ajoutée une baisse des prix (-7 %).

Le maïs a aussi vu sa valeur affectée durement (-14 %) en raison de la faible pluviométrie estivale conjuguée à une baisse des surfaces. La valeur de la production d'oléagineux régresse elle aussi (-10 %) en raison de perte de rendement, sans parler des protéagineux qui s'effondrent (-22,7 % en valeur) malgré une hausse des surfaces, mais les volumes de production ont été durement affectés par l'humidité et la pluviométrie du printemps 2016.

Les fruits et légumes soutenus par les prix

Globalement, les productions de fruits et légumes s'en sortent mieux (respectivement +5,8 et +5,9 % en valeur) malgré des conditions climatiques défavorables, grâce à des prix qui se sont bien tenus. Quant à la production viticole, on constate un recul tant pour les vins d'appellations d'origine (-4,8 %) que pour les autres vins (- 13,4 %), même si cela masque de très fortes disparités régionales.

Au final, c'est la production de pomme de terre qui s'en sort le mieux en 2016 avec une hausse de sa valeur de 18,7 % grâce à une très nette hausse des prix (+3 %). La valeur de la betterave sucrière se redresse aussi (+5,7 %) : sa récolte est stable et son prix augmente pour la première fois depuis trois ans, dans le sillage des cours mondiaux du sucre.

La production laitière en recul de près de 8 % en valeur

En productions animales, la production de lait et produits laitiers connaît un très fort décrochage en valeur (-7,8 %) en 2016. La collecte de lait de vache fléchit (-1,5 %) et les prix continuent à s'enfoncer (-6,4 %). Les producteurs laitiers français subissent de plein fouet les conséquences d'un excès d'offre sur le marché européen alors que la demande chinoise s'est contractée et que le marché russe s'est fermé suite à l'embargo.

La production de gros bovins se replie nettement en valeur (-3,4 %), le prix étant en net recul (-4,7 %) du fait d'un surcroît de vaches de réforme en lien avec les difficultés du secteur laitier. Les productions d'ovins-caprins et de veaux voient une très légère amélioration de leur valeur (+1,3 %).

La production avicole se réduit, le porc se redresse

La valeur de la production avicole se réduit, elle, aussi nettement (-5,3 %). Pour les volailles, la production poursuit sa baisse en valeur (-5,7 %), du fait des conséquences directes et indirectes du premier épisode d'influenza aviaire. Même constat pour la production d'œufs dont la valeur ajoutée est en retrait de 4,3 %.

Seule la production porcine connaît une hausse significative en 2016, avec une valeur en progression de 3,8 %, les cours ayant entamé un redressement à partir de juin 2016, soutenus par la demande chinoise qui prend le relais du marché russe, désormais fermé pour cause d'embargo depuis janvier 2014.

Les agriculteurs freinent leurs investissements

Dans ce contexte économique très instable et surtout incertain pour l'avenir, les agriculteurs continuent à ralentir leurs investissements (-2,8 %) alors qu'ils avaient déjà baissé de 3,1 % en 2015. Dans le détail, les investissements en bâtiments se redressent légèrement (+0,8 % en volume) après la forte baisse en 2015 et retrouvent le niveau de 2012. En revanche le marché du matériel agricole se détériore en cours d'année, aboutissant à une forte baisse tant en volume (-5,7 %) qu'en valeur (-4,9 %).

Les dépenses en intrants en recul de 3,6 %

Les dépenses en intrants ont aussi reculé (-3,6 %) en raison à la fois d'une moindre consommation en volume (-1,5 %) et du recul du prix (-2,2 %). Cette baisse de la dépense en intrants est particulièrement marquée pour les énergies et lubrifiants (-7,5 %) et pour les engrais (-3,9 %) du fait du recul du prix des produits pétroliers, et pour les aliments du bétail (-4 %) du fait de la baisse du prix des céréales. Concernant l'alimentation animale, les achats aux fabricants d'aliments diminuent en valeur de 8,1 % en 2016, conjuguant une baisse des volumes de 4,3 % à une baisse des prix de 4,0 %. La facture en tourteaux de soja et colza suit la même tendance, avec un recul de 12 % en 2016, tirée vers le bas à la fois par les volumes (-6,5 %) et les prix (-5,9 %).

Repli de l'excédent agricole du fait de la chute des exportations de céréales

En 2016, le solde des échanges extérieurs de produits agricoles s'élève à 1,2 milliard d'euros, en recul de 2,1 milliards d'euros par rapport à 2015. Les exportations diminuent de 9,7 % (-1,4 milliard d'euros) et les importations augmentent de 6 % (+0,6 milliard d'euros). La contre-performance à l'exportation s'explique essentiellement par la chute des ventes de céréales (-1,6 milliard d'euros, soit -22 %), en lien avec la mauvaise récolte de 2016. L'augmentation des exportations de légumes (+200 millions d'euros) atténue très peu cette chute. La hausse des importations est principalement due à celles de fruits (+0,3 milliard d'euros), de protéagineux (+0,2 milliard d'euros) et de légumes (+0,2 milliard d'euros).

Les réactions

La FNSEA demande de "poursuivre le plan de consolidation et de refinancement des exploitations agricoles comme s'y était engagé le gouvernement précédent" . Ces résultats confortent également la FNSEA dans l'idée que "le chantier de la répartition de la valeur dans la chaîne alimentaire doit être un enjeu prioritaire" des États généraux de l'alimentation.

La Coordination rurale estime que le gouvernement doit "impérativement renverser la table à Bruxelles et exiger une régulation basée sur des prix et une gestion raisonnée et efficace des volumes". Le syndicat note que "les agriculteurs font désormais partie des travailleurs pauvres !".

La Confédération paysanne a rappelé que les chiffres prennent en compte "les subventions dues et non les subventions versées", faisant référence au retard de paiement de la PAC. La baisse des prix agricoles est également évidente au vu des résultats, d'où l' "urgence qu'à l'issue des État généraux de l'alimentation, le gouvernement aboutisse à un encadrement des prix agricoles, notamment avec des outils législatifs".

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