Terra 31 mars 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

S’installer en aviculture : oser sauter le pas

La production de volaille de chair bretonne reprend des couleurs avec des annonces d’importants investissements dans notre région. Mais le développement ne se fera pas sans aviculteurs. Selon le recensement agricole de 2010, 1 500 exploitations avicoles seront concernées par la transmission dans les prochaines années. Si la méconnaissance de la production peut inquiéter de potentiels candidats, le métier d’aviculteur présente aussi de nombreux atouts.

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Faire découvrir l’aviculture constitue un vrai défi.
Faire découvrir l’aviculture constitue un vrai défi. - © Terra

Mais pourquoi certains beaux ateliers avicoles ont-ils tant de mal à trouver preneur ? Pour apporter de premières réponses à cette question, le pôle aviculture de la chambre d’agriculture de Bretagne a interrogé des conseillers spécialisés dans la transmission des exploitations et analysé le profil des jeunes installés en volailles de chair.

Des productions méconnues

Les conseillers transmission le notent : la transmission est plus difficile en aviculture que pour d’autres filières d’élevage. Et le premier frein est la méconnaissance de cette production. Tout semble fait pour que l’aviculture reste confidentielle : les formations agricoles y consacrent pas ou peu de temps, et les aviculteurs emploient peu de salariés, vivier d’installations dans d’autres productions. Ce phénomène est exacerbé pour des productions encore moins connues comme l’élevage de volailles reproductrices ou de canards.

Autre élément majeur, la conjoncture économique depuis une quinzaine d’années et sa couverture médiatique, qui peut effrayer les candidats. Ce désintéressement peut sembler étonnant car les risques financiers ne sont pas forcément si élevés lors de la reprise d’un atelier d’occasion.

Du plein air et du foncier sinon rien ?

En fait, des candidats à l’installation en aviculture, il y en a, mais souvent dans le cadre de reconversions professionnelles avec une volonté de produire des volailles de qualité ou en vente directe. Pour une majorité d’entre eux l’aviculture conventionnelle et les productions "hors-sol" en général ont mauvaise presse. Dans leur esprit, les démarches qualité sont synonymes de prix plus rémunérateur. Ils peuvent être intéressés par l’achat de poulaillers pour une surface jusqu’à 1 200 m² avec de la terre accolée au bâtiment pour mettre en place un parcours. Dans ce cas, l’optique est de mettre en place un atelier de transformation ou vente directe, et le bâtiment est reconverti en aviculture fermière.

Une autre structure d’élevage effraie les futurs éleveurs : des poulaillers sans terre. Bien que des solutions de normalisation et d’export des déjections existent, l’absence de foncier est un réel frein. La taille de l’atelier avicole peut également être rédhibitoire. Une surface de 2 000 m² sans terres par exemple ne permet pas toujours de dégager un revenu et il est difficile de trouver des candidats.

Heureusement, la production avicole présente des atouts pour les candidats : ainsi l’attrait pour la production est lié à la charge de travail, et à la garantie d’un débouché, d’autant plus si la production est peu contraignante.

Anticiper et bien síentourer

Les démarches pour s’installer sont fastidieuses, mais dans la majorité des cas elles n’entraînent pas de grosses difficultés. Les étapes à ne pas manquer pour une installation réussie sont un bon suivi des démarches, une estimation fiable des bâtiments et rénovations, une bonne planification des travaux, le choix de sa structure de production et surtout l’accompagnement technique. Cela implique d’être bien entouré ! Car il ne faut pas oublier qu’une installation, ou une transmission, c’est avant tout une affaire de femmes et d’hommes. Ainsi, parmi les jeunes récemment installés, quelques-uns ont essuyé un premier échec en lien avec des soucis avec des cédants ou à des refus de financement.

Il faudra donc être patient : entre le dépôt des dossiers environnementaux et la sortie du premier lot de volailles, il peut s’écouler plusieurs mois voire plusieurs années !

Nous ne sommes pas des philanthropes

La principale "critique" des jeunes installés est une faible rentabilité économique des productions de volailles de chair. Certains jeunes enquêtés ont été frappés de plein fouet par des dépôts de bilan, revalorisations de contrats, augmentation des charges ou difficultés techniques. Il est ainsi très difficile de rembourser les annuités d’un bâtiment neuf au vu des contrats actuel et de l’évolution des coûts de bâtiments. La rentabilité ne serait ainsi au rendez-vous qu’une fois le bâtiment amorti, ce qui peut expliquer en partie le manque d’attrait pour ces productions.

Lors du chiffrage de l’installation, les risques les plus délicats à appréhender sont les risques externes, en lien avec une mauvaise visibilité de l’évolution des contrats et de la réglementation environnementale. D’autres difficultés assez courantes concernent la réalisation des travaux : investissements non prévus dans le plan de financement, mauvaise planification ou mauvaise évaluation du coût des travaux.

La production de volailles de chair est considérée comme une activité stressante voire très stressante dans la grande majorité des cas. Ce constat est partagé quelle que soit la production, y compris par les éleveurs en label rouge. Les facteurs de stress sont à la fois techniques, mais aussi liés à la conjoncture économique et aux relations avec les partenaires (organisations de production, abattoirs).

Une bonne image du métier

Les jeunes aviculteurs enquêtés sont quasiment unanimes : ils ont une bonne, voire une très bonne image de leur métier et la très grande majorité est convaincue que cette production a de l’avenir. Les trois quarts d’entre eux estiment que leur production leur permet de dégager du temps libre, sous réserve de rester à proximité du bâtiment pour pouvoir réagir rapidement en cas d’alarme. Cela dépend également du type de production qui entraîne des durées de lot et des rotations plus ou moins importantes.

Ils sont persuadés que la production de volailles a de l’avenir, et la meilleure démonstration est l’installation de nombreux techniciens avicoles.

Installations en volailles de chair

78 % d’hommes

64 % de jeunes issus du milieu agricole

58 % de salariés agricoles ou para-agricoles

3 030 m² de surface moyenne de poulaillers

Coût de l’installation : 176 €/m² de poulailler dont 114 €/m² pour le bâtiment et les investissements matériels

 

Source : Eoloas 2009-2015

 

 


Sylvaine Dano est avicultrice à St Jean Brévelay (56).
Sylvaine Dano est avicultrice à St Jean Brévelay (56). - © Terra

Sylvaine Dano, groupe permanent "volailles" des chambres d'agriculture de Bretagne

Est-ce que tout va bien désormais en volaille de chair ?

Sylvaine Dano. Dire que tout va bien, ce serait faux. Mais on le voit bien, les clignotants sont au vert, la volaille se porte mieux que les autres productions. Mais c'est vrai, nous revenons de loin. Nous faisons face à la concurrence de nos collègues européens qui se développaient grâce aux subventions européennes pendant qu'on supprimait les nôtres... et qu'on nous incitait à la cessation... pour régler les problèmes environnementaux, etc.

Quelles sont les bonnes raisons de s'installer ?

S.D. Il y en a beaucoup. D'abord, les opérateurs investissent dans les abattoirs bretons et cherchent à reconquérir le marché national. A l'échelle mondiale, la consommation est en hausse et n'est freinée par aucune restriction religieuse. La viande de volaille est saine et l'élevage bénéficie d'un bon bilan carbone. Enfin, nous avons du potentiel grâce aux matières premières, aux infrastructures, au savoir faire et à la compétence à tous les niveaux de la filière en Bretagne. Donc, oui, un jeune de 25 ans motivé et courageux peut s'installer même avec peu  d'apport s'il achète et rénove grâce aux aides à la rénovation. Il peut aussi le faire en location. Le fait que la filière avicole soit intégrée s'avère être une une sécurité lors des crises, l'important est de travailler avec un groupement ayant une vraie stratégie à long terme. Et, il devra se former, s'informer, notamment sur l'évolution des marchés, pour éviter des mauvais choix. Car ce sont toujours les éleveurs qui prennent les risques.

Paul Jégat

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