Terra 08 janvier 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

Salon Biogaz Europe, la 6e édition

Le salon Biogaz Europe se tiendra les 27 et 28 janvier au parc des expositions de Nantes, avec plus de 200 exposants présents. 3 000 visiteurs sont attendus lors de ces deux journées en accès libre où conférences, ateliers, et rendez-vous d'affaires se succéderont. Le point sur cette sixième édition et sur le développement de la filière biogaz avec Adrien Jacob.

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Adrien Jacob, responsable technique du salon Biogaz Europe
Adrien Jacob, responsable technique du salon Biogaz Europe - © Terra

Votre société organise chaque année le salon Biogaz Europe, qui est centré sur les technologies et les techniques de production de biogaz. Peut-on faire un point sur le développement de ces installations dans l'ouest de la France ?

Adrien Jacob. Le "plan biogaz", dispositif de soutien ambitieux porté par les régions Bretagne et Pays de la Loire ainsi que par l'Ademe et Aile, fait état de 154 projets aidés sur les deux régions depuis sa création, ce qui représente une nette progression par rapport aux 113 listés l'année dernière.

À votre niveau percevez vous un intérêt croissant pour ces techniques ? Quels en sont aujourd'hui les freins ?

A.J. Le succès croissant de notre événement en terme d'exposants et de visiteurs en témoigne : il y a un intérêt grandissant pour cette solution, ce qui n'est pas étonnant compte tenu du potentiel en France et dans la région, à la fois considérable et sous-exploité. Après une première phase dominée par les constructeurs étrangers, on observe l'émergence et la montée en puissance de nombreuses PME Françaises, ainsi que la création d'un véritable marché de services autour de la méthanisation.
Toutefois, il faut reconnaître que parmi les pionniers du domaine, de nombreux ont "essuyé les plâtres" et depuis quelque temps tirent la sonnette d'alarme, car les conditions du mécanisme de soutien à la filière (notamment via le tarif de rachat de l'électricité) ne leur permettait plus de faire face à différentes difficultés techniques et financières. Ils ont en effet pâti de certaines spécificités françaises... À commencer par le modèle de méthanisation choisi, multi-intrants et sans cultures énergétiques, a contrario du modèle allemand, qui a pourtant servi d'inspiration pour ces premiers projets. Certains équipements se sont donc rapidement révélés non adaptés. On peut noter également une concurrence accrue sur l'accès aux déchets non agricoles dans certaines régions, particulièrement en zone frontalière, ce qui concerne donc peu le grand Ouest. Et bien sûr, nous restons soumis aux fameuses lourdeurs administratives, qui complexifient et allongent grandement les délais de mise en œuvre.

Justement, le ministre de l'Agriculture avait inauguré votre salon à Nantes l'an passé. Percevez-vous réellement un intérêt des pouvoirs publics français pour le biogaz et la méthanisation ? Ces annonces de simplification administrative et de diminution des délais sont elles suivies d'effets ?

A.J. En retraçant l'historique des annonces et soutiens au secteur depuis 2011, on constate que le gouvernement suit effectivement avec intérêt ce sujet, à la confluence du monde agricole et de l'énergie. Il faut saluer la réponse récente aux inquiétudes des pionniers, via une revalorisation du tarif de rachat, et nous attendons également d'autres décisions qui devraient avoir lieu très prochainement. Mais il faut également relativiser les objectifs d'unités de méthanisation annoncés via le plan EMAA ou l'appel à projet "des 1 500", qui semblent difficilement atteignables en l'état actuel des choses. Des initiatives louables ont effectivement été menées sur la gestion administrative... Malheureusement les démarches restent encore longues et complexes, particulièrement dans le cas de projets collectifs, des efforts supplémentaires sont donc attendus.

Biogaz Europe s'installe cette année à Nantes, pouvez-vous nous décrire votre salon ? Combien d'exposants, de visiteurs, attendez vous ? Quels seront les temps forts ?

A.J. Il s'agira de la 6e édition de cet événement de référence, aussi bien au niveau régional que national. Cette année, ce sont plus de 200 exposants et sociétés représentées de toute l'Europe, ainsi que 3 000 visiteurs professionnels qui sont attendus, représentant l'intégralité de la filière biogaz, avec un fort accent sur le monde agricole. Comme toujours, les deux jours de Salon sont également l'occasion d'un ensemble d'activités en parallèle : conférences et ateliers co-organisés avec nos partenaires, ainsi que rendez-vous d'affaires internationaux, circuits de visites (un circuit en Bretagne et un autre en Pays de la Loire) et le Concours de l'Innovation, qui remettra pour la deuxième année ses "Biogaz d'Or" et "Biogaz d'Argent" aux offres les plus innovantes de nos exposants. Le tout étant en accès libre sur préinscription en ligne !

Quelles sont les nouveautés marquantes que les visiteurs pourront découvrir cette année ?

A.J. Animation phare cette année, l'exposition et la démonstration du tracteur New Holland T6 Methane Power, fonctionnant au gaz naturel véhicule (GNV), et donc potentiellement au biométhane issu du biogaz (BioGNV). Ce tracteur, présenté lors de l'exposition universelle de Milan, sera en démonstration pour la première fois en France sur Biogaz Europe.

Autre nouveauté de cette année, nous saluons la conclusion d'un nouveau partenariat stratégique avec Coop de France, représentant les coopératives de France, qui constituent la grande majorité des porteurs de projets de méthanisation. Nous apprécions également de voir nos partenaires historiques renforcer leur implication dans l'événement, aussi bien au niveau du programme en parallèle du salon, que de la communication.

On parle de plus en plus d'injection directe du biogaz (biométhane) dans le réseau, au lieu de production électrique à la ferme. Est-ce la filière d'avenir ?

A.J.C'est effectivement une voie prometteuse, qui permet de valoriser au mieux le biogaz en limitant les pertes liées à la chaleur de cogénération, difficilement exploitable en totalité. Parmi les unités en fonctionnement, une majorité de projets utilisent encore la cogénération comme voie de valorisation, mais les premiers projets d'injection commencent à voir le jour. D'autre part, sur les projets en cours, un sur deux envisage actuellement l'injection, et à long terme les objectifs de la plupart des scénarios prospectifs sont particulièrement ambitieux en ce qui concerne la proportion de biométhane dans le réseau. Cela se ressent d'ailleurs au niveau de nos exposants, de plus en plus tournés vers ces techniques. Cela étant dit, l'injection nécessite la proximité d'un réseau, et le matériel d'injection est couteux en capital, deux obstacles importants pour les petits projets à la ferme... C'est pourquoi des solutions alternatives sont à l'étude : "biogaz porté" (transport de gaz vers un point d'injection commun à plusieurs sites) ou encore BioGNV à la ferme. Le biogaz porté fait d'ailleurs l'objet d'une conférence dédiée sur Biogaz Europe 2016 !


La production de biogaz peut être intéressante pour les filières d'élevage, mais quelle est la perception du grand public par rapport à ces grosses installations ? Ira-t-on demain plutôt vers des grosses ou des petites installations ?

A.J. Il y a eu certes des oppositions très médiatisées à certains grands projets industriels, mais les critiques portaient plus sur leur partie élevage que sur la partie méthanisation. Comme toute technologie nouvelle, il est normal que des oppositions locales se manifestent, et certains pionniers en ont fait les frais. Mais les porteurs de projets sont aujourd'hui de plus en plus soucieux d'anticiper ce type d'obstacle en communiquant au plus tôt et au plus juste. Une autre méthode efficace en cours d'expérimentation est d'impliquer les riverains (et au delà) via le financement participatif. Pour ce qui est de la taille des futurs projets, il est difficile de se prononcer mais je ne pense pas qu'on se dirige vers un modèle unique. Les projets "à la ferme" (de différentes tailles) et les projets collectifs devraient continuer à cohabiter, même si ces derniers ne semblent pas toujours tenir leurs promesses d'économie d'échelle, compensant en principe leur complexité accrue.



Pratique

Informations et pré-inscription sur www.biogaz-europe.com


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