Terra 17 février 2016 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Semaine de mobilisations sans précédent

Alors que cette semaine, se sont multipliées les actions des agriculteurs notamment de la FDSEA et JA, partout en Bretagne, retour sur quelques unes d'entre elles dans le Morbihan. Pour toutes, un même mot d'ordre : des prix, la lumière sur les marges et l'origine de tous les produits.

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Moment clé de cette semaine de mobilisations, le blocage des accès de Vannes, lundi dernier
Moment clé de cette semaine de mobilisations, le blocage des accès de Vannes, lundi dernier - © C.L.C

 

 

Mercredi 10 : Alors que la plateforme logistique d'Intermarché à Saint Gérand vient d'être évacuée au petit matin par les forces de l'ordre, une centaine d'éleveurs convergent avec 60 tracteurs vers la place de la Plaine à Pontivy. Les bennes pleines sont déversées devant la sous-préfecture mais également devant la société Lactalis, le Crédit Agricole, le centre des Impôts et devant le domicile du député de la circonscription, Jean-Pierre le Roch

Vendredi 12 : Après une journée de répit, les éleveurs mènent des actions plus pédagogiques à destination des élus : au Faouët en s'invitant à une réunion en mairie à Pontivy, Kervignac ou à Vannes. Là, c'est Hervé Pellois est invité à échanger avec les responsables locaux de la FDSEA et des JA, puis à un débat avec une soixantaine d'éleveurs réunis à la Cecab à Theix. Avec le député, la moitié du groupe se dirige vers l’exploitation d'un jeune installé (lire encadré) alors que l'autre partie visite les entrepôts des Délices de St Léonard, entreprise du groupe Intermarché. Là, ils y traquent, sur factures, l'origine des produits pour fabriquer les pizzas de la marque des Mousquetaires. Résultats ? "La viande de porc est française tout comme le bœuf à l'exception de la volaille qui est brésilienne", relève Bruno Calle. Quant à la mozarella ? "Elle est bien bretonne et leur est vendue 225 euros la tonne". Des prix tirés vers le bas. En attendant ces résultats, l'autre partie du groupe visite le rayon lait de l'Intermarché de Séné en compagnie de ses dirigeants, Olivier Gloarec, gérant et Stéphane Coeffec, directeur. "70 % de notre lait vendu sous la marque Pâturages provient de la laiterie Saint Père qui travaille avec 500 éleveurs pour un prix moyen payé de 324 euros la tonne de lait", plaident-ils alors que les éleveurs relevent des prix allant de 0,68 euros du litre demi-écrémé de la marque distributeur jusqu'à 1,34 pour un litre de lait entier "Grand Lait de Candia. "Nous, on est payé 28 cents, où va la marge", ne cessent d'interroger les éleveurs.

Samedi 14 : Pluneret, rencontre sur l'exploitation de Sébastien Lainé avec le député Philippe Leray.

Lundi 16 : Dès 6 h du matin, blocage des ronds points stratégiques des entrées de Vannes à tout véhicule. "Comme on ne nous entend pas, nous continuons nos actions. Que le gouvernement prenne ses responsabilités", prévient Frank Guéhennec, président de la FDSEA. Les revendications ne changent pas tant "sur la remise en ordre des relations commerciales que sur le partage des valeurs et la transparence des origines de tous les produits" insiste-t-il alors que se tient à bruxelles le conseil des ministres européens

Mercredi 18 : Des tracteurs de tous les secteurs du Morbihan convergent vers Rennes en pleine annonce des mesures gouvernementales.

 

 

Le député de la circonscription Hervé Pellois et Christophe Le Brech, jeune éleveur installé depuis 2009
Le député de la circonscription Hervé Pellois et Christophe Le Brech, jeune éleveur installé depuis 2009 - © C.L.C

"On n'a jamais connu ça"

 

Vendredi 12 février. Il est 15 h passé quand Hervé Pellois, député de la circonscription de Vannes entre dans l'exploitation de Christophe Le Brech, jeune éleveur installé depuis 2009 à Theix.. C'est l'une des haltes "du programme du jour constructif et instructif" qu'ont concocté les éleveurs de la FDSEA et des JA sur le défaut de prix, les marges, l'origine des produits transformés...

 

Il est né ici Christophe et il y a grandi. C'est aussi sur l'exploitation de ses parents qu'il à choisi de s'installer en 2009 en s'agrandissant. Tout n'était pas rose à l'époque, "mais on était au dessus des 300 euros les 1000 l et j'ai fait mon EPI sur cette base. A moins de 300 euros, on n'avait jamais connu ça". "Nous sommes passés à 600 000 litres de lait produits. Le bâtiment était alors trop juste pour les 90 vaches sur 100 h, alors je l'ai agrandi. Ça ne fait que 5 ans, et je me suis bien endetté". Aujourd'hui, les parents de Christophe ont pris leur retraite, "je suis tout seul et le prix n'est pas là pour que je puisse embaucher", explique-t-il, graphique à la main, détaillant un prix d'équilibre à 337 euros des 1000 l pour un prix payé inférieur à 300 euros des 1000 L.

Prix agricoles bradés

Le seul levier, "c'est ma rémunération de 38 euros des 1000 L, j'équilibre sans me payer. Je suis comme la plupart", détaille-t-il inquiet. "On brade notre lait, on brade nos produits agricoles". On aurait suivi l'inflation, on serait à plus de 400 euros la tonne", poursuit un de ses collègues les traits tirés. Pire encore pour l'avenir de la profession, estime Michel Quatrevaux, responsable cantonal de la FDSEA. "En saturant les outils, on a saturé les hommes, on est en train de dégoûter les derniers passionnés. Cette crise va faire des dégâts dont on ne mesure pas les retombées et risque d'affaiblir la filière", met-il en garde. "Les années passées, nous installions 70 à 80 jeunes en lait tous les ans, en 2015, ce chiffre est tombé à 35. C'est toute la question du renouvellement et du maintien des exploitations qui se profile derrière", interpelle Frédérique Daniel, président sortant des JA dont l'assemblée générale, se déroulera le 25 avril prochain à Pluvigner avec pour thème "bilan des marchés agricoles". Là encore, le débat devrait être nourri.

 

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