Terra 11 décembre 2015 à 08h00 | Par H.Bonneau

Serge Papin (Système U), premier de la classe ?

Invité à l'occasion de l'assemblée générale de Garun-Paysanne, Serge Papin, PDG du groupe Système U a rappelé son "engagement dans la redistribution des marges" en déplorant "la rupture de l'accord entre les producteurs et les GMS".

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Serge Papin, P-DG de Système U et Jean-Luc Cade, président de la
coopérative Garun-Paysanne.
Serge Papin, P-DG de Système U et Jean-Luc Cade, président de la coopérative Garun-Paysanne. - © H.B

Ne rien attendre du ministre, de la coopération internationale (embargo russe), se prendre en charge, s'organiser... sont les propos que Serge Papin, P-DG de Système U a martelés aux 250 adhérents présents à l'assemblée de la coopérative Garun-Paysanne. Et de reconnaître que "dans notre pays, nous entretenons une guerre des prix bas un peu idiote alors que le marché pourrait accepter la hausse. Je me bats contre cela depuis 3-4 ans, mais j'ai l'impression d'être tout seul. Il faudrait contractualiser avec les producteurs au moment de la négociation pour assurer un prix régulé". Un discours qui fait mouche dans une salle remplie majoritairement d'éleveurs laitiers et porcins empêtrés dans une spirale de chute des prix depuis des mois. "J'ai envie de vous embrasser quand j'entends ça !", ironise Didier Lucas, président de la FDSEA 22 qui reste sceptique sur les faits : "collectivement, vous les GMS, êtes en train de nous tuer".

Tenir la barre
En preuve de bonne foi, Serge Papin assure effectuer depuis l'été un "cagnottage" "de 10 cents du kilo de porc "viande fraîche" (sur le coût d'achat au MPB) vendu dans l'ensemble de ses magasins pour les reverser aux éleveurs". Une somme qui atteint aujourd'hui 400 000 €, dont 200 000 € pour l'Ouest. "Nous sommes dans l'attente avec vos responsables pour savoir comment
organiser la redistribution". Si le P-DG estime cette redistribution légitime, il affirme que "système U ne pourra pas rester longtemps à faire ça seul. Aucun acteur ne peut jouer tout seul. Nous devons pouvoir recréer l'accord que nous avions obtenu en fin d'été". Des propos corroborés par Paul Auffray, président de la FNP qui souhaite "créer de la valeur ajoutée sur une
construction réfléchie où nous pourrons ancrer notre stratégie vers une amélioration de nos relations commerciales. Il faut passer la période de transition".

Près de 250 adhérents ont assisté à l'assemblée générale de Garun-Paysanne. Des échanges vifs mais constructifs ont éclos tout au long de la discussion avec Serge Papin.
Près de 250 adhérents ont assisté à l'assemblée générale de Garun-Paysanne. Des échanges vifs mais constructifs ont éclos tout au long de la discussion avec Serge Papin. - © H.B

La valeur ajoutée comme porte de sortie
"Les clients U demandent une hausse de la qualité. Nous ne voulons pas tirer les choses par
le bas, beaucoup de nos clients achètent en fonction du rapport qualité-prix", garantit Serge Papin. Interrogé sur l'étiquetage, il assure que la pression a été mise sur les produits U qui attestent la mention VPF sur l'ensemble des gammes. "C'est plus de la moitié de nos ventes en volume". Sortir de la stratégie quantitative semble être une volonté commune entre producteurs et distributeurs, reste encore à la mettre en place. "C'est la perception du consommateur sur le produit qu'il faut changer. Il faut raconter une histoire, bien marketer les produits pour améliorer son image", encourage Serge Papin. La notion de prix différencié est alors abordée. L'objectif étant de créer un prix export pour coller au marché international et conserver un second prix pour la valorisation française. Une stratégie qui pourrait s'avérer payante... uniquement si l'ensemble des interlocuteurs joue le jeu et en gardant à l'esprit que le prix export pourrait tirer tous les prix vers le bas...

Garun-Paysanne souhaite protéger le marché national
Jean-Luc Cade, président de la coopérative Garun-Paysanne, a rappelé le contexte économique "alarmant" des productions animales et appelé "à agir de manière dynamique autour de deux axes : la compétitivité et la création de la valeur perçue par le consommateur". Confirmant
son positionnement de spécialiste de la nutrition animale, la coopérative a l'ambition d'être "irréprochable sur son coeur de métier" et propose à ses adhérents de contractualiser l'aliment sur la durée. Par ailleurs, si Jean-Luc Cade admet que "le marché international présente de réelles opportunités, nous devons protéger notre marché national partiellement abandonné à nos concurrents voisins". Et de citer l'Allemagne qui fait office de précurseur avec sa stratégie de Qualité Sanitaire (QS) et l'initiation de la démarche "Tierwohl" orientée vers les attentes sociétales du consommateur. Pour le président de Garun-Paysanne : "la coopération entre les différents maillons du système est la seule voie qui permettra de renouer le dialogue avec le consommateur et le citoyen".

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