Terra 29 octobre 2015 à 08h00 | Par Paul Jégat

Transmission, le grand défi de l'agriculture bretonne

1600 agriculteurs bretons ont cessé leur activite agricole en 2013, et sans doute autant en 2014. Le rythme de ces départs pourrait durer jusqu'en 2020, Le papy boom touche donc l'agriculture de plein fouet. Un risque majeur plane, celui que les exploitations sans repreneur viennent surtout alimenter l'agrandissement... au détriment de l'installation de jeunes et du renouvellement des générations. D'où un mot d'ordre lancé aux cédants par les 23 signataires d'une charte bretonne de la transmission : préparez votre départ assez tôt pour donner toutes leurs chances à ceux qui vous succéderont ! Le message sera relayé du 16 au 20 novembre lors de la semaine de la transmission.

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Entre 1 500 et 1 600 départs  à la retraite par an en Bretagne pendant les cinq prochaines années, ce chiffre impressionnant explique pourquoi la transmission d'exploitation s'impose comme un dossier majeur pour l'agriculture bretonne, avec une priorité : l'installation de jeunes.
Entre 1 500 et 1 600 départs à la retraite par an en Bretagne pendant les cinq prochaines années, ce chiffre impressionnant explique pourquoi la transmission d'exploitation s'impose comme un dossier majeur pour l'agriculture bretonne, avec une priorité : l'installation de jeunes. - © Stéphane Leitenberger

Voici un peu plus d'un an maintenant, 23 organismes bretons cosignaient - lors du Space à Rennes - une charte de la transmission en agriculture. Tous les syndicats, mais aussi les chambres d'agriculture, les MSA, les banques Crédit agricole et Crédit mutuel, les centres comptables, les GDS, le GIE Elevage Bretagne, Coop de France Ouest, l'union des groupements, Groupama, sans oublier l'Etat et la région Bretagne s'accordaient sur quelques messages : transmettre en favorisant l'installation, anticiper pour une transmission réussie, privilégier la taille économique à la valeur patrimoniale, professionnaliser l'accompagnement comme gage de réussite et permettre la pluralité des projets. Rien que des principes simples à priori... et pourtant si souvent contredits dans les faits jusque-là... Par absence de prise de conscience de l'importance de transmettre à un jeune, par défaut de sucesseur idéal, par obligation de trouver une solution au plus vite. Bref, par autant de fausses bonnes raisons qui destainaient trop souvent les terres à l'agrandissement. Marie Isabelle Le Bars, chargée de mission transmission à la chambre régionale d'agriculture de Bretagne constate régulièrement que "s'il n'y a pas de candidat pour une installation, l'exploitation part à l'agrandissement", une suite par défaut donc par manque d'anticipation.

Les bonnes questions...

Un an après la signature de la charte, il est bien-sûr trop tôt pour affirmer que tout a changé, mais au moins les choses progressent-elles. Ainsi, le mot "transmission" s'est fait une place dans le langage courant de tous les intervenants dans les affaires liées à la retraite et à l'installation en agriculture, banque, coop, comptable, etc. Le contexte a beaucoup changé en quelques années, avec la généralisation de la reprise d'activité par des tiers, hors du cadre familial parent-enfant qui voulait qu'une suite soit assurée en famille. "Encore faut-il trouver le bon tiers" relève Marie-Isabelle Le Bars. Il faut aussi "favoriser la rencontre" ajoute-t-elle en insistant sur l'importance d'accompagner la transmission pour "répondre aux besoins du cédant". C'est le rôle que s'est donné le réseau transmission en agriculture, animé par la chambre régionale d'agriculture. Un numéro d'appel gratuit (08 10 90 29 35) a également été mis en place pour offrir un service d'accueil et d'information sur les questions liées à la transmission d'exploitation. L'occasion d'un premier contact qui en appelera d'autres et guidera cédants et successeurs vers les solutions les plus appropriées. En un an d'existence du réseau, 600 cédants ont d'ores et déjà sollicité ses services."En anticipant, le cédant devient chef de son projet et est en mesure de faire des choix éclairés" explique encore Marie Isabelle Le Bars en rappelant le calendrier "idéal" d'une transmission réussie.

...Au bon moment

L'affaire peut commencer 10 ans avant la réalisation souhaitée de cette transmission, il s'agit alors de réfléchir en se posant les bonnes questions : ai-je un repreneur, dois-je investir, quelles opérations juridiques et fiscales entreprendre pour préparer cette transition ? Cinq ans avant la transmission, il est temps d'affiner la réflexion par une analyse de la transmissibilité de l'outil et par la demande d'un relevé de carrière à la MSA. Puis le rythme des démarches s'accélerera doucement, trois ans avant par une déclaration d'intention de cesser l'activité agricole, puis deux ans avant par la formalissation du projet de transmission...Jusqu'à la finalisation de cette transmission, le jour J. 10 ans pour ne laisser aucune place à l'improvisation et faire qu'un nouvel agriculteur s'installe dès lors que toutes les conditions auront été réunies.

 



Eric Touzard, responsable de la commission transmission à la chambre régionale d'agriculture de Bretagne
Eric Touzard, responsable de la commission transmission à la chambre régionale d'agriculture de Bretagne - © Terra

"Donner la priorité à l'installation"

Un an après la signature de la charte de la transmission, où en est-on ?

Eric Touzard. Avec plus ou moins 1 500 départs en retraite d'agriculteurs par an dans les cinq ans à venir, la question de la transmission des exploitations est un enjeu stratégique pour la Bretagne. La charte de la transmission que nous avons signée l'an dernier visait à y répondre, notamment en incitant les cédants à préparer suffisamment tôt la transmission de leur exploitation. Un an plus tard, nous constatons que les cédants s'y prennent environ un an plus tôt qu'avant pour préparer la transmission quand, auparavant, ils n'entamaient les démarches que quelques mois avant leur départ à la retraite. Cette évolution est une conséquence de l'existence de cette charte.

Y a-t-il urgence ?

E.T. Il faut bien avoir à l'esprit que près de 50 % des exploitations d'aujourd'hui vont changer de main dans les 10 ans à venir, c'est considérable. Dans le même temps, on enregistre entre 450 et 470 installations par an en Bretagne. Le ratio est de une installation pour trois départs et, sans l'affirmation d'une volonté de donner la priorité à l'installation, la situation pourrait vite s'aggraver. La transmission est donc essentielle. Pour cela, il faut travailler assez tôt en amont de la cessation d'activité pour accompagner le cédant dans la transmission et faire qu'un maximum d'exploitations parte à l'installation, dans la mesure où l'outil est transmissible.

La charte de la transmission, ce sont 23 partenaires qui s'engagent à faire avancer les choses. Chacun, avec ses réseaux, ses conseillers, fait en sorte de passer le message en ciblant le plus possible le public concerné.

Une semaine de la transmission du 16 au 20 novembre

Informations sur les dispositifs d'accompagnement, témoignages et échanges, rencontres entre cédants et candidats repreneurs, la semaine de la transmission en agriculture se déroulera en trois temps :

- le 16 novembre à Pontivy (14h -17h) / Rencontre entre les parternaires de la transmission

- le 17 à Plérin, le 18 à Vannes, le 19 à Quimper, le 20 à Rennes /
Rendez-vous proposés aux agriculteurs

- le 18 à Rennes / Rendez-vous proposés aux enseignants agricoles.

programme complet et inscription : www.chambre-agriculture-bretagne.com


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