Terra 11 février 2016 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Triskalia instaure une aide à l'installation en viande bovine

Alors que la crise étreint la filière viande bovine, le groupement bovins Triskalia, lors de son assemblée générale, a annoncé un coup de pouce à l'installation en bovin allaitant.

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A la tribune, Louis-François Leconte, président de la section bovine Triskalia (centre), David Jaglin, vice-président (gauche) et Olivier Frayer, responsable du groupement.
A la tribune, Louis-François Leconte, président de la section bovine Triskalia (centre), David Jaglin, vice-président (gauche) et Olivier Frayer, responsable du groupement. - © Terra

Jamais la question du renouvellement des générations n'aura été aussi cruciale en bovin viande. 50 % du cheptel est aujourd'hui détenu par les plus de 50 ans. Compte tenu de la situation, la section bovine Triskalia octroie un prêt de trésorerie à hauteur de 20 % du coût de la reprise du cheptel, dans la limite de 20 000 €, remboursable sur 5 ans (2 années différées) à un taux de 1,5 %. "C'est une avancée importante décidée en conseil d'administration", indiquait pour son baptême du feu, le nouveau président de la section, l'éleveur Louis-François Leconte. "Aujourd'hui, la faillite menace nos éleveurs. Les revenus des producteurs de viande bovine sont parmi les plus faibles", s'insurge-t-il.

Comment installer un jeune ?
Mais peut-on encore s'installer en viande bovine ? Selon Raymond Barré de la chambre d'agriculture(1), pour y parvenir, il faut limiter les charges financières à 400-500 €/vache/an pour un EBE de l'ordre de 770 €, dans le cas d'une reprise d'exploitation moyenne avec 62 vaches allaitantes et 73 ha de SAU. Or, le niveau de capitalisation élevé du cheptel reste une grosse épine qu'il faudrait parvenir à financer différemment. "S'il y avait des donations ou des systèmes de financement extérieurs, type crowdfunding, j'y souscrirais tout de suite", a-t-il indiqué lors de l'assemblée générale.

Un panorama 2015 morose
Là encore, l'élevage bovin connaît une crise de surproduction à l'échelle européenne : le volume des abattages de gros bovins a augmenté de 3 % en Europe, 2 % en France et surtout 14 % en Pologne. La viande polonaise débarque, en France aussi.

Dans l'hexagone, le solde des échanges de viande bovine est négatif (- 99 000 téc en 2015). "Toute viande confondue, quand la Pologne vend un kilo de viande à 3,50 €, la France, elle, se situe à 4,70 € (viande export)", précise Olivier Frayer, responsable du groupement bovins viande Triskalia. À cet écart de compétitivité, s'ajoute une moindre consommation de viande bovine des ménages français en volume, -1,8 % et en valeur, -2 %. "Avec 45 % de la viande de bœuf consommée sous forme hâchée, cette tendance est destructrice de valeur pour les carcasses d'animaux de race à viande où les morceaux nobles sont désormais plus difficilement valorisés", décrit Louis-François Leconte.

2016, de faibles espoirs
Chez Triskalia, le poids moyen des carcasses a progressé de 10 kg en 2015 avec des retards d'enlèvements, à un prix moyen payé en 2015 de 3,82 €/kg en JB viande, 3,15 €/kg en JB lait ; 3,98 €/kg

en vache de réforme viande et 2,78 €/kg en vache de réforme lait. Le même scénario sur 2016 est annoncé par l'Institut de l'Elevage qui prévoit le maintien à la hausse de la production, soutenue par les abattages de vaches, notamment les réformes laitières. La porte de sortie serait la reconquête des marchés sur le grand export. Les espoirs se portent sur la plateforme collective "France Viande Export", créée en octobre dernier avec une trentaine de sociétés participantes. "Nous avons une lueur d'espoir avec la levée de l'embargo ESB en Afrique du Sud, Arabie Saoudite, Qatar, Vietnam ou Malaisie...", partage Olivier Frayer. Mais Mickaël Canu, représentant de Socopa Viandes (groupe Bigard) temporise, soulignant la limite des outils industriels. "La Malaisie consomme de la viande halal. Le groupe Bigard n'investit pas dans ce type d'abattoir. Et la Turquie demande à congeler sur place, nous n'avons pas la structure. 19 000 tonnes vont se réouvrir, nous allons essayer d'y répondre".

(1) Etude sortie en 2014.

 

Emmanuelle Le Corre

Sébastien Péron, installé depuis 6 ans

"J'ai repris un élevage entier de 50 vaches allaitantes après un tiers il y a 6 ans. Mon projet s'élevait à presque 200 000 €, essentiellement lié au rachat du cheptel. L'apport personnel était de 50 000 € d'autofinancement, apporté par mes parents. Il s'avère que mes besoins ont été sous estimés. Le troupeau était vieillissant ; j'ai beaucoup de petits couacs qui s'aditionnent. Dès qu'il y a un peu de trésorerie, je la consomme. Il me reste à la fin 15 000 € de revenu annuel. Je regrette de ne pas avoir assez préparé mon projet".

La section bovine Triskalia

Bovins de boucherie : 1 549 apporteurs - 31 000 animaux abattus, à 97,5 % dans les outils du groupe Bigard-Socopa - 743 adhérents actifs - Une moyenne de 19 animaux par apporteur - 10 909 jeunes bovins dont 61 % de races à viande - 15 879 vaches à 80 % de races laitières - 2 791 génisses - 435 éleveurs sont engagés dans les filières qualité, soit
3 726 bovins commercialisés.

Bovins d'élevage : 5 000 broutards (30 % export).

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