Terra 12 octobre 2017 à 08h00 | Par Paul Jégat

"#œufs : préserver nos capacités à répondre à tous les marchés"

Si la filière œuf française connait un retournement de tendance favorable, Kevin Thomazo relève qu'elle le doit aussi à une traçabilité qui a permis à la filière de démontrer qu'elle était irréprochable dans la crise du Fipronil. Pour le responsable œuf à #JA #Bretagne, producteur d'œufs plein air à Questembert (56), cette irréprochabilité doit être valorisée par un étiquetage d'origine clair. Mais cette crise, après celle provoquée par les nouvelles exigences de la grande distribution visant à écarter l'œuf standard des rayons, illustre aussi les ballotements auxquels les productions d'élevage sont soumises. Oui pour répondre aux attentes des consommateurs dit-il, mais à condition d'accompagner le producteur et de le protéger des aléas du marché.

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Kevin Thomazo, secrétaire général JA du Morbihan, responsable régional œuf.
Kevin Thomazo, secrétaire général JA du Morbihan, responsable régional œuf. - © Terra

Où en est aujourd'hui la production fançaise d'œufs ?

Kevin Thomazo. La France produit aujourd'hui environ quinze milliards d'œufs par an. Côté consommation, 53 % des achats des ménages se font en œuf standard, en recul de 7,5 % sur un an. Le plein air représente aujourd'hui 25 % des achats des ménages, en hausse de 6,7 % sur un an. 8 % des achats des ménages se font en label rouge, soit une hausse de 13,5 % sur un an. Enfin 12 % des achats des ménages se font en bio, avec une augmentation de 13,2 % en un an. Ces évolutions nouvelles interviennent alors que les bâtiments pondeuses ont été mis aux normes bien être il y a cinq ans et que les investissements réalisés ne sont pas amortis. Tout cela est la conséquence des pressions exercées par les organisations de défense des animaux sur la grande distribution, relayées par d'innombrables documentaires à charge avec, au final, une évolution de la consommation qui perturbe beaucoup toute la filière. Beaucoup de producteurs ont encore des emprunts à rembourser jusqu'à 2025 ou 2027. C'est très compliqué à gérer et dur à vivre. Pour atténuer cette pression, la profession s'est engagée dans un contrat sociétal avec un objectif de 50 % de poules en système alternatif d'ici 2022, soit dans cinq ans. Il n'est d'ailleurs pas dit que tous les producteurs pourront suivre ce rythme. Par ailleurs, seulement un tiers des bâtiments existants dispose d'une solution permettant un parcours en extérieur avec des terres accessibles autour du bâtiment.

 

Pourtant, sous l'effet de l'affaire du Fipronil, les prix remontent ?

K. T. C'est vrai, les prix remontent parce que la demande d'œufs origine France augmente, + 25 % pour les œufs coquille entre début août et la troisième semaine de septembre et + 49 % pour les œufs destinés à la transformation en ovoproduits. L'offre sur le marché européen s'est réduite de 5 % environ du fait de contamination de poules au Fipronil en Belgique, aux Pays Bas et en Allemagne. Du coup, la demande sur le marché français est très importante, les entreprises françaises se tournent désormais toutes vers des fournisseurs français. Les entreprises étrangères viennent s'approvisionner en France pour les mêmes raisons, ou plus simplement parce que l'offre dans leur pays s'est réduite.

 

Ce rebondissement du marché est finalement une bonne chose pour la filière frrançaise de l'œuf ?

K. T. Oui, d'une certaine façon. C'est un moindre mal, à condition encore que cette crise du Fipronil, après celle que produit le rétrécissement du marché de l'œuf standard n'aboutisse pas à une nouvelle modification des réglementations. Les consommateurs veulent du plein air, veulent du bio, c'est bien. Mais il y a le risque que cette nouvelle attente impose le plein air et le bio comme nouveau standard de production, en nous privant de réponse à la demande en ovoproduits. Il faut à tout prix préserver nos capacités à répondre à tous les marchés en produisant des œufs dans les quatre codes 0, 1, 2 et 3, ne serait-ce que pour assurer la pérénnité de la filière œuf française.

 

Ces crises de l'œuf ne doivent-elles pas servir de leçon pour toutes les filières ?

K. T. On se rend bien compte que la filière œuf a été la première ciblée par les associations de défense des animaux, et ce qui s'est passé en œuf risque de se passer dans les autres productions animales. La question est comment accompagne-t-on l'agriculture dans ces nouveaux modes de production sans fragiliser davantage les exploitations ? D'accord pour faire plus de bien être animal, à condition que le produit soit payé en conséquence et que le retour au producteur se fasse pour permettre ces évolutions. Tant qu'il n'y aura pas de réel partage de la valeur ajoutée entre tous les maillons, on n'y arrivera pas. Nous, JA, ce qui nous inquiète dans ce débat, c'est la hauteur des investissements auxquels devront faire face les nouveaux installés. En œuf par exemple, on approche rapidement le million d'euros, pour un amortissement sur quinze ans. Et en quinze ans, le marché peut se retourner et mettre l'éleveur en grande difficulté. C'est tout cela qu'il faut prendre en compte en faisant en sorte de ne pas changer les règles du jeu au bout de deux ou cinq ans.

 

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