Terra 01 septembre 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

Un accord au bout du bras de fer

La troisième négociation aura finalement été la bonne. Au bout d'une semaine de blocage du siège de Laval, puis de 15 sites en régions, représentants des OP et de Lactalis se sont retrouvés le 30 aout pour une ultime négociation. L'accord conclu amène une amélioration sensible de la rémunération des producteurs et porte le prix moyen sur l'année à 275 €. Il ne règle pas tout, mais il constitue un signe fort envoyé à toute la filière. Chez Lactalis cette semaine laissera probablement des traces.

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Le préfet de la Mayenne, Frédéric Veau, mardi 30 août  annonce en fin de matinée avec Michel Nallet, porte parole de Lactalis, et Sébastien Amand, représentant les OP, la signature de l'accord sur le prix du lait qui met un terme aux actions engagées  contre l'industriel laitier depuis plus d'une semaine.
Le préfet de la Mayenne, Frédéric Veau, mardi 30 août annonce en fin de matinée avec Michel Nallet, porte parole de Lactalis, et Sébastien Amand, représentant les OP, la signature de l'accord sur le prix du lait qui met un terme aux actions engagées contre l'industriel laitier depuis plus d'une semaine. - © Terra

Le siège du géant laitier à Laval vendredi dernier n'avait été levé que sous la menace de sanctions financières très lourdes prononcées par le tribunal. Mais cette levée sous la contrainte n'avait probablement qu'augmenté le ressentiment des producteurs vis a vis du premier industriel laitier de France.

Mot d'ordre national

Dès le dimanche 28 aout, un nouveau mot d'ordre d'action national était relayé consistant dans le blocage de 15 sites de production de Lactalis, notamment celui de Cesson-Sevigné pour la Bretagne. Mais dès le lundi 29 aout, on assistait à une multiplication d'actions plus ou moins concertées des FDSEA et des JA consistant dans le Morbihan, les Côtes d'Armor et le Finistère à demander aux grandes surfaces de retirer les produits Lactalis des rayons.

En Ille et Vilaine, les JA organisaient un barbecue impromptu sur le site Lactalis de Retiers et un groupe de producteurs se rendait au centre Alma de Rennes pour coller des autocollants sur les produits Lactalis.

Dans toutes les régions, notamment dans le Maine et Loire, le mot d'ordre d'action était relayé et appliqué par les FDSEA. Et très vite il apparaissait que la pression et la mobilisation des producteurs ne baisserait pas, portée par un relais médiatique important et très positif pour les producteurs, sorte de version moderne du combat de pot de terre contre le pot de fer laitier. C'est probablement cet élément qui a ramené Lactalis à la table des négociations dès 7h mardi 30 aout.

Pression médiatique

Loic Guines, président de la FDSEA 35 s'exprimait lors de la levée du blocage de Cesson. La pression médiatique a sans doute été un élément déterminant qui a permis de faire avancer les négociations. Lactalis a très probablement craint que son image -et celle de ses produits- ne ressorte durablement affectée. Pour le président de la FDSEA d'Ille et Vilaine, au delà du plus financier direct pour les producteurs en terme de trésorerie, c'est un message fort qui est adressé à l'ensemble de la filière et aux autres entreprises. Même dans un marché difficile, il est possible de redonner du prix et de la visibilité aux producteurs, c'est avant tout une question de répartition des marges à l'intérieur de la filière.

A chacun son rôle

La pression syndicale aura permis de débloquer la situation, c'est une évidence. Mais il est aussi évident que cette situation ne pouvait durer très longtemps. Les OP et le syndicalisme doivent chacun trouver leur rôle et leur place et trouver les moyens de travail en commun. C'est un des enseignements de ce conflit, l'éclatement des producteurs en dizaine d'OP ne fait qu'affaiblir la capacité de pression des producteurs déjà faible. Loic Guines insiste : "il faudra aller vers des regroupements". Dernier message, celui envoyé aux politiques, la crise actuelle est aussi la résultante d'une surproduction européenne. Cette crise montre si besoin en était la nécessité d'une régulation et, au travers de la loi, d'intégrer la question des coûts de production dans la construction du prix, un élément qui a été repris dans la loi Sapin.

La sortie de crise par le haut, c'est à dire par la hausse du prix, sera pour beaucoup de producteurs une bouffée d'air bienvenue, parce que la crise n'est pas terminée. Les 15 € par 1000 litres obtenus par les producteurs de la FDSEA et des JA ont, malgré la fatigue, redonné le sourire à bien des manifestants. Parce que ce n'est pas tous les jours qu'une action syndicale donne en euros autant de résultats sonnants et trébuchants !

Le contenu de l'accord

Le prix fixé est de 290 euros en moyenne sur les cinq derniers mois de l’année (contre 257 € initialement proposés par Lactalis au mois d’août), soit une augmentation de 5 euros du prix aux 1000 L.: août : 280 €, septembre : 285 € l ; octobre : 290 € ; novembre : 295 € ; décembre : 300 €/1000 l  pour une moyenne de 275 € sur l’année. Lactalis revient sur des niveaux de prix similaires à ses concurrents. La FNSEA souhaite néanmoins un rendez-vous avec le président de Lactalis, Emmanuel Besnier, pour discuter de l’avenir de leurs relations commerciales. Un rendez-vous avait été demandé dès le début du mois d’août par Xavier Beulin, président de la FNSEA, qui n’a pas obtenu de réponse satisfaisante depuis.


Réactions

"Le prix du lait négocié par le Groupe Lactalis pour les prochains mois est largement supérieur à son environnement économique et à ses principaux concurrents coopératifs, dont la répartition d’activités est proche de la nôtre", a indiqué Michel Nalet / porte-parole de Lactalis.

Le Premier ministre Manuel Valls a salué cette "sortie de crise positive pour le secteur laitier", "satisfaction que tous les acteurs se soient mobilisés et aient pris leurs responsabilités", a-t-il ajouté.

Thierry Roquefeuille, président de la FNPL, s'est dit "fier de cette victoire rendue possible par l'action conjointe et complémentaire du syndicalisme et des organisations de producteurs". "Le groupe Lactalis, a été contraint de lâcher et de revaloriser le prix du lait", estiment FNPL, FNSEA, et JA en condidérant que cet accord "ne va pas à lui seul répondre à la crise laitière qui perdure. La responsabilité des autres entreprises laitières est évidemment engagée".

"L'accord signé soulagera certainement, un peu, les trésoreries", observe la Confédération paysanne qui craint "que ce prix devienne une référence" en rappelant que "0,27 €/l en moyenne sur l’année, c’était le prix moyen de l’année de crise 2009". "La crise ne sera pas terminée tant que des mesures de réduction obligatoire de la production ne seront pas mises en place au niveau européen", conclut la Confédération paysanne.

Les éleveurs de l'OPL "se demandent s'il faut rire ou pleurer". La Coordination rurale dénonce un accord qui ne couvre que 50 % des charges. "Présenter un petit pas comme une avancée décisive et presque historique est une tromperie indigne qui berne tout le monde mais pas les producteurs". Selon l'OPL, cet accord "condamne les exploitations les plus fragiles à cesser leur activité".

Une aide de 0,24 euros par kilo de lait non produit

Le 30 août, lors d'une conférence de presse, Stéphane Le Foll a annoncé une aide de 0,24 € par kilo de lait non produit. Cette aide est financée par deux enveloppes : l’une de 150 millions d’euros, accordée par Bruxelles à tous les pays européens (0,14 €/kg de lait non produit), et l’autre de 49,9M€ accordée spécifiquement à la France. Le gouvernement a fait le choix de doubler cette dernière enveloppe (100 millions d’euros), permettant d’ajouter 0,10 euros supplémentaire par kilo de lait non produit. Afin de bénéficier de la totalité de cette aide, le producteur devra s’engager à réduire de 5 % son niveau de production dans les trois derniers mois de 2016, en prenant pour référence les mêmes mois de 2015. Le producteur pourra faire la démarche seul ou la déléguer à son organisation de producteur. "Pour la première fois [depuis la fin des quotas au 1er avril 2015, ndlr] va être mise en œuvre une mesure de régulation de la production", a affirmé avec vigueur Stéphane Le Foll. Il a également fait part de mesures à venir, également financées, pour la filière viande bovine dès la semaine prochaine.

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