Terra 12 novembre 2015 à 08h00 | Par Emmanuelle Bordon

Un bon cru en maïs ensilage

Même si les rendements sont modérés, le maïs 2015 se révèle d'assez bonne qualité en ce qui concerne les taux d'amidon et de matière sèche. Il passe actuellement sous la loupe : pendant un mois et demi, BCEL Ouest organise des "rencontres nutrition" au cours desquelles les éleveurs peuvent faire analyser leurs fourrages. Une opportunité d'obtenir un avis d'expert et de prévoir les rations de l'année avec un conseiller. Le 5 novembre avait lieu la première rencontre à la Cuma de Berric dans le Morbihan.

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La majorité des éleveurs font aujourd'hui réaliser des analyses de leurs fourrages. © Hélène Bonneau La technologie infrarouge de l'AgriNIR permet d'obtenir des résultats en quelques minutes et, grâce à sa légèreté, se déplace au plus près des élevages. C'est grâce à © Terra Michel Divet, conseiller d'élevage de Bretagne conseil élevage Ouest, interprète les résultats de l'analyse. © Terra Raymond Le Godives, consultant nutrition BCEL Ouest Morbihan. © Terra

Quelle est la valeur de mon maïs ? La réponse à cette question conditionne les rations de l'année et les coûts alimentaires du troupeau laitier. Les charges de production des exploitations sont ainsi directement impactées. C'est pourquoi la majorité des éleveurs font aujourd'hui réaliser des analyses de leurs fourrages, que ce soit par leur fournisseur d'aliment, le contrôle de performances ou un autre prestataire de services.

Bretagne conseil élevage Ouest propose, pour la cinquième année consécutive, des "rencontres nutrition" dans les départements du Morbihan, des Côtes d'Armor et du Finistère. Au cours de ces rendez-vous, les éleveurs peuvent venir avec des échantillons de leurs fourrages : maïs, bien sûr, mais aussi luzerne, ensilage, enrubannage, fourrages verts. Originalité de l'opération, il est également possible d'analyser des rations mélangées, ce qui permet d'évaluer l'équilibre de la ration et la qualité du mélange.

Les résultats sont immédiatement disponibles et interprétés par les techniciens présents, qui donnent également des conseils de rationnement pour l'année. Les éleveurs apprécient ce regard sur leurs fourrages. "Il faut savoir ce qu'on donne aux vaches", dit l'un d'eux, qui a apporté plusieurs échantillons.

Taux d'amidon élevés

Pour Raymond Le Godives, consultant nutrition BCEL Ouest dans le Morbihan, le maïs 2015 est plutôt un bon cru. Même si "la date de récolte aurait souvent pu être retardée un peu", les taux de matière sèche sont conformes à ceux des années antérieures. Les teneurs en PDI sont moyennes mais les taux d'amidon globalement élevés, ce qui permettra une économie de céréales. La digestibilité semble, par contre, un peu limitée.

En ce qui concerne les rendements, si le maïs a souffert d'un manque d'eau pendant l'été, les pluies du mois d'août lui ont, dans une certaine mesure, permis de se rattraper. Les volumes récoltés restent néanmoins modérés, inférieurs de 3 à 4 tonnes à l'hectare par rapport aux années précédentes.

On note enfin une certaine hétérogénéité dans la récolte 2015. "Ceux qui ont semé précocement ont parfois dû ressemer à la suite de grosses pluies mais ont ensuite obtenu un maïs contenant du grain abondant et bien rempli", observe Raymond Le Godives. Les maïs semés tard ont plus fortement souffert du manque d'eau.

Diversifier la ration

Pour complémenter ce maïs, Michel Divet, technicien sur le secteur, conseillera un tourteau semi tanné, "qui compensera des teneurs en PDI parfois un peu justes". À l'ouverture du silo, il proposera un apport d'amidon fermentescible, à cesser ensuite lorsque la fermentation du maïs sera avancée.

Raymond Le Godives invite par ailleurs les éleveurs à diversifier les aliments distribués, autant pour ménager le système digestif des laitières que pour diminuer les coûts en valorisant les protéines produites à la ferme. La luzerne, par exemple, apporte des fibres grossières, qui favorisent la rumination, et des protéines, pour peu qu'on ait procédé à une récolte ménageant les feuilles, qui sont le pilier de sa valeur. La vesce, le trèfle d'Alexandrie, le colza fourrager... sont également des cultures protéagineuses qui permettent de gagner en autonomie et de donner des fourrages variés. La betterave, quant à elle, apporte du sucre et de la cellulose digestible qui favorisent les taux et la production.

En ce qui concerne le maïs en lui-même, il peut être complété ou remplacé en partie par du sorgho sucrier. Ce fourrage apporte des UF sous forme de fibres et de sucre -pas d'amidon- et son intérêt est essentiellement agronomique : le sorgho se développe mieux en sols séchants. Il offre en cela un moyen de sécuriser l'affouragement en le diversifiant.

Il est parfois possible d'employer des co-produits : drêches de blé, fibre de blé, pulpe de betterave, corn gluten, pomme de terre... Des aliments peu coûteux qui font varier avantageusement le menu des laitières.

Enfin, l'herbe reste un fourrage peu coûteux, qui apporte de l'azote et de la cellulose digestible. On aurait d'ailleurs tort de négliger l'herbe d'automne. Celle-ci a la réputation d'avoir peu de valeur. Il n'en est rien, en réalité, et, sauf si une grande quantité de rouille pénalise l'appétence, elle a des qualités certaines, dont on peut profiter.

Pratique

Une trentaine de rencontres sont prévues sur les départements du Finistère, des Côtes d'Armor et du Morbihan, jusqu'au 11 décembre. Les dates et lieux sont consultables sur le site de BCEL Ouest.

Ration de qualité et confort

Raymond Le Godives rappelle que la qualité du maïs ne s'arrête pas à la variété et aux techniques agronomiques mises en œuvre. Elle se joue aussi entre le champ et l'auge, dans la qualité du hachage, le tassage, la conservation.

Au fil des années, il observe une amélioration des ensilages : augmentation des rendements, meilleur éclatement du grain, meilleure conservation.

Il insiste également sur les principes d'un système efficace : distribuer une ration équilibrée à volonté, assurer un approvisionnement en eau propre et s'assurer que les vaches en consomment suffisamment, veiller à leur confort - bâtiment de taille suffisante, logettes fonctionnelles, paillage de qualité. Une production performante résulte de l'addition de détails.


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