Terra 21 septembre 2017 à 08h00 | Par Jean Dubé

Un Space en mode marche avant !

Au delà des bons chiffres de participation, le Space 2017 aura été globalement un très bon cru, marqué par le retour à une ambiance plus calme, presque sereine. Personne n’a oublié les difficultés des différentes filières. Mais après trois années de crise profonde, les éleveurs pensent aussi au renouvellement des matériels et aux investissements trop longtemps repoussés. Beaucoup d’éleveurs sont venus au Space avec des projets en tête. Des projets raisonnés, longuement mûris dont ils voulaient aussi vérifier la faisabilité avec l’évolution des marchés et des prix de leurs produits, et vérifier qu’ils collaient avec les nouvelles ambitions affichées du gouvernement. Le Space 2017 était à la croisée de tous les enjeux politiques, environnementaux, génétiques, économiques, sociaux…

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Le Space 2017 a reçu près de 114 000 visiteurs dans une ambiance sereine, signe d'un retour à la confiance.
Le Space 2017 a reçu près de 114 000 visiteurs dans une ambiance sereine, signe d'un retour à la confiance. - © Space

Au total, ce sont près de 114 000 visiteurs qui se sont succédé sur le parc expo de Rennes pendant les quatre jours du Space. Presque une année record, notamment sur la journée du jeudi, qui a atteint les 38 000 visiteurs...
en limite de capacités des parkings et des halls. 2017 a donc été à nouveau une très bonne année après une édition 2016 entachée de mouvements d’humeurs et de blocages qui avaient largement perturbé les accès et fait baisser la participation.

Marche avant

Le Space reprend en quelque sorte sa marche en avant qui se traduit par encore plus d’exposants, encore plus de surface d'expo en air libre notamment, et plus de visiteurs étrangers. Mais plus que l’aspect quantitatif, c’est bien sur le qualitatif que se fait la différence. L’ambiance 2017 n’avait rien à voir avec la tension des années précédentes, les contacts ont été bons et les exposants ont retrouvé le sourire. Certains avouaient avec un certain soulagement  : "c’est presque le retour à une année normale, après 30 % de baisse en 2015-2016, on revient à des niveaux corrects".

Mardi 12 septembre, c’est le ministre de l'agriculture Stéphane Travert qui a pris le temps de la présence, de l’échange et du dialogue pour dessiner les grandes lignes de son ambition pour les Etats généraux de l’alimentation. Et pendant toute la semaine, les contacts se sont multipliés avec les élus
- souvent nouveaux - pour expliquer, faire comprendre et débattre. Nombreux ont été les agriculteurs à s’intéresser à questionner et à expliquer !

Le Space 2017 a de fait été une étape importante dans la réflexion des Etats généraux, offrant l’image d’une agriculture qui innove, qui met en place des solutions et qui est prête à se battre sur un plan de la performance pour durer. L’immersion de nombreux élus a été totale et rapide, mais ce salon a sans doute été aussi l’occasion d’une confrontation entre l’idée de l’agriculture et sa réalité.

Au cœur des grands enjeux

D’une façon plus large, le Space 2017 aura aussi été au cœur des grands enjeux agricoles, notamment parce qu’il s’y traite énormément de sujets d’actualité dans les conférences. La robotisation, qui constitue un progrès, était traitée dans le cadre de la plateforme eSpace pour demain mais aussi dans nombre de débats. Avec les robots, que deviendra le métier d’agriculteur demain ? A l’image de cette question d’actualité sur la robotisation, ce sont ainsi les grands sujets agricoles qui ont fait l’objet d’un nombre exceptionnel de conférences et de tables rondes, signe que l’on ne vient pas au Space uniquement pour acheter, on vient aussi y trouver des idées et de l’information.

Si le Space est une vitrine où les entreprises innovantes doivent être vues, il est aussi devenu un lieu où les contestations commencent à s’exprimer. Quelques affiches - peu nombreuses il est vrai - avaient été apposées sur les accès du Space indiquant que certains refusent l’élevage des animaux. Quelques personnes ont aussi tenté de perturber la vente génétique Evolution, poing levé, rapidement expulsées sous les sifflets du public. Au delà de l’anecdote, ce sont des petits clignotants qui s’allument, notamment face aux militants du "bien-être animal". Aujourd’hui largement minoritaires, ces mouvements militants cherchent la confrontation, l’image. C’est la première fois qu’ils viennent au cœur même du ring et il ne faudrait pas qu’ils puissent revenir gâcher la fête, c’est donc une vrai question qui est aujourd’hui posée aux organisateurs de concours d’une façon générale. Mais les agriculteurs retiendront de ce Space le retour aux années projet, et d'une confiance relative retrouvée. Le Space a aussi exploré de nouveaux horizons en invitant les acteurs de la filière aquaculture, une source de diversification et de recherche pour déjà 40 exposants déjà présents sur le salon cette année , et une source nouvelle de projets ? A suivre bien sûr !

 

Le bien-être animal s'invite au Space

"Il est parfois difficile de participer à un débat sur le bien-être animal dans lequel on ne nous écoute pas... 80 % des débats sont animés par des anti-viande", confiait Etienne Gangneron, en charge du dossier bien-être animal à la FNSEA, lors d'une conférence sur le bien-être en production porcine mené cette fois par l'Ifip. Ce jour-là, des éleveurs ont pu prendre la parole pour dire leur malaise à se sentir "mal aimés". Alors que faire ? Christine Roguet (Ifip) suggère de "trouver un niveau de consensus sur ce que doit être l'élevage", mais aussi de rétablir la confiance, en communiquant sur les pratiques autant qu'en les faisant progresser. Et il faudra aussi, dans le contexte d'une "image de l'élevage qui s'effrite", "se préparer à un étiquetage obligatoire selon le mode de production". Un consommateur sur deux serait "insatisfait du respect de l'animal" et 59 % "insatisfaits des conditions d'élevage". Et la désaffection pour la consommation de viande est régulière, même si seulement 2 % des consommateurs ne mangent pas de viande. A ce constat, François Valy, FNP, opposait le fait que en France "on fait déjà les meilleurs produits" et que de nouvelles exigences devront s'accompagner d'"une vraie reconnaissance, notamment économique". Pas de militants anti viande à prendre la parole lors de ce débat très consensuel, la seule manifestation de leur présence aura consisté en une intrusion furtive sur le ring des animaux à l'occasion d'une présentation génétique bovine mercredi. / Paul Jegat


- © Terra

La cuisine au cœur des débats

Le sujet était très sérieux jeudi soir puisque les chambres d'agriculture de Bretagne, la FRSEA et les JA avaient choisi comme thème d'échange "manger français, comment concilier innovation et tradition".  Et pendant le temps de la table ronde, le chef Jean Marie Baudic cuisinait en direct depuis la tribune. Une façon d'illustrer et de rendre concrète la qualité des produits et les savoir faire qui se cachent derrière notre alimentation.

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