Terra 20 mai 2016 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

Une conversion bio dictée par la logique

Cinq ans après son installation suivie de la conversion en bio de l'exploitation laitière, Julien Colin, jeune agriculteur de 31 ans à Langon (35), revient sur ses motivations, ses difficultés et les raisons d'y croire qu'il partage avec son associé Yannick Gauvin.

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© Terra

"Je ne me suis pas installé en production biologique par idéologie. Ma passion première, c'est l'agriculture et je me serais quand même installé en conventionnel", témoigne Julien Colin, bien dans ses bottes et au clair avec ses choix. "Aller à la rencontre des attentes des consommateurs, vers des pratiques environnementales plus favorables, je suis pour... mais uniquement si c'est économiquement viable". Un postulat qui d'emblée a guidé la conversion de l'exploitation. A la tête d'un troupeau mixte (Prim'Holstein/Normande) de 75 vaches laitières avec son cousin Yannick Gauvin, le jeune éleveur explique : "Les pratiques de l'exploitation tendaient déjà vers une diminution des intrants. Lors du chiffrage de mon parcours à l'installation, nous avons intégré une MAE SFEI (surface fourragère économe en intrants) qui se rappochait beaucoup de notre conduite culturale, ce qui nous a permis d'accelérer notre passage à la bio".

Capitaliser sur ses atouts

"Avec mon associé, nous avons tous les deux le même profil, plutôt animalier. Si la conduite des pâtures et la gestion de l'herbe nous plaît beaucoup, la conduite des cultures de ventes étaient moins évidente, tant en envies qu'en compétences", avoue Julien Colin. La production biologique avec une ration quasiment uniquement constituée d'herbe et où la portion de maïs devient congrue correspond au profil des deux éleveurs, plus à l'aise dans les paddocks que sur le tracteur. Ce qui apparaît comme le plus grand bouleversement pour l'exploitation s'inscrit dans le choix de l'assolement. "Nous sommes passés de 30 à 11 ha de maïs pour les transformer en prairies et en production de luzerne". Un choix qui se combine avec des pâturages accessibles autour des bâtiments d'exploitation. En 2012, lors de la conversion, la ferme comptait 35 ha de prairies accessibles. "Depuis, nous avons pu réaliser un échange parcellaire avec des voisins, ce qui nous mène à 45 ha. Cela nous donne plus de souplesse, surtout en période estivale de sécheresse".

Trouver son rythme

Si les hommes ont dû s'adapter à des pratiques nouvelles, les animaux aussi ont fait face à des bouleversements. "Nous avons été un peu radicaux dans le changement de ration en passant tout d'un coup à un système complétement autonome, sans concentré", estime Julien qui admet que "les vaches ont mis toute la saison hivernale à retrouver la forme". Une transition brutale donc qui s'est traduite par des vaches assez maigres et une baisse de production laitière très conséquente, pour atteindre les 15 kg par vache. "C'est à ce moment là qu'il ne faut pas rester seul dans ses inquiétudes et ses questionnements", réagit Yannick Gauvin. "Partager ses expériences avec des groupes de travail prend alors tout son sens". Si la période d'adaptation a été intense, le changement alimentaire du troupeau a aussi eu un impact positif. "Je note une nette amélioration sur la santé globale du troupeau, notamment sur les problèmes métaboliques. Aujourd'hui, il est rarissime qu'une vache ne se présente pas au cornadis le matin. C'est une bonne surprise que nous n'avions pas anticipée", se réjouit l'éleveur.

 

Cuma : un effet levier déterminant

Adhérent d'une Cuma qui compte pour moitié des agriculteurs en production biologique, Julien Colin et Yannick Gauvin estiment que la coopérative joue un rôle essentiel dans l'organisation de leur travail et dans le choix de leur conversion. "C'est plus facile de se décider quand de nombreux voisins ont passé le cap", reconnaît Julien. Et de rebondir sur l'achat de matériels en commun : "quand on a débuté, la Cuma avait déjà investi dans des outils spécifiques aux cultures bio, comme des bineuses mécaniques... c'est un confort indéniable". La Cuma bénéficie également des services de trois chauffeurs expérimentés. "Ils assurent la quasi-totalité des travaux aux champs. Ce temps gagné nous permet de nous concentrer sur l'élevage. Aujourd'hui, nous inséminons nous-même les vaches, nous allons nous former au parage et nous participons aux réunions techniques. C'est la formule de travail qui nous convient".

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