Terra 16 octobre 2014 à 08h00 | Par Actuagri

Une politique pour promouvoir le modèle alimentaire français

Justice sociale, éducation alimentaire, lutte contre le gaspillage et approvisionnement local, tels sont les quatre axes prioritaires de la nouvelle politique publique de l’alimentation présentée par Stéphane Le Foll le 7 octobre. Avec un objectif simple : rendre accessible à tous la diversité du modèle alimentaire français.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Alors qu’actuellement la majorité des produits proposés dans les cantines sont importés, le ministère travaille à l’écriture d’un guide qui permettra à ceux qui passent les appels d’offres de ne pas centrer leur choix sur le critère du prix au détriment
de l’origine locale des produits.
Alors qu’actuellement la majorité des produits proposés dans les cantines sont importés, le ministère travaille à l’écriture d’un guide qui permettra à ceux qui passent les appels d’offres de ne pas centrer leur choix sur le critère du prix au détriment de l’origine locale des produits. - © J.C. Guther

La politique publique de l’alimentation présentée le 7 octobre vise à "mettre en cohérence la richesse de la France en matière d’alimen- tation, de gastronomie, d’agriculture, avec le concept du repas à la française", explique Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt. Derrière ce "concept" inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco se cache une idée simple : la promotion d’une alimentation diversifiée, locale, de qualité et surtout "accessible à tous". Pour réaliser cet objectif, la politique publique de l’alimentation s’appuie sur quatre priorités. Tout d’abord, la justice sociale, avec la volonté de proposer à tous des aliments d'une meilleure qualité nutritionnelle, grâce à des accords collectifs comme le Pacte qualité ingrédients. L’éducation, ensuite, "qui modifie les comportements de la manière la plus durable", souligne le ministre, convaincu. Il s’agit ici de promouvoir la diversité des produits en milieu scolaire, en optimisant par exemple le programme européen "un fruit pour la récré" qui subven- tionne à 76 % les distributions de fruits dans les écoles participantes et dont les fonds ne sont pas entièrement utilisés. L’initiative permet en outre de soutenir la filière fruits et légumes française qui actuelle- ment ne se porte pas au mieux. Les métiers de la restauration collective seront également mis en avant, entre autres grâce à une formation dédiée, mise en place par l’enseignement agricole. Troisième axe, la lutte contre le gaspillage, en sensibilisant les consommateurs à cet "engagement citoyen", mais aussi utilisant "ce qui n’est pas mis en marché", grâce aux associations.


Ancrage territorial

La quatrième priorité repose sur la territorialisation des approvisionnements, pour répondre à l’objectif fixé par le Président de la République de 40 % de produits de proximité dans la restauration collective. Stéphane Le Foll souhaite ici promouvoir les initiatives locales, telles que les platesformes qui connectent la demande locale avec l’offre locale (Agrilocal, par exemple). Le ministre a d’ailleurs lancé, à l’occasion de cette présentation, un appel à projet de 600 000 € pour "faire remonter du terrain" des initiatives qui méritent d’être valorisées à plus grande échelle. Le grand chantier d’action reste ici la valorisation des productions locales dans la restauration collective, qui touche 10 millions de personnes par jour et constitue "un enjeu pour la production agricole aujourd’hui", explique Stéphane Le Foll.

Le prix est certes un paramètre incontournable dans le cadre des marchés publics. De plus, un restaurant collectif (cantine scolaire, d’hôpital, de prison) serait en contravention avec la réglementation européenne si elle s’approvisionnait systématiquement auprès d’un fournisseur local sans respecter les critères de prix et de qualité. Cependant, "les marchés publics ne doivent pas empêcher les achats locaux dans ce domaine", assure le ministre. Alors qu’actuellement la majorité des produits proposés dans les cantines sont importés, le ministère travaille à l’écriture d’un guide qui permettra à ceux qui passent les appels d’offres de ne pas centrer leur choix sur le critère du prix au détriment de l’origine locale des produits. La mise en œuvre de ce plan d’action met en collaboration plusieurs ministères : Éducation nationale, pour l’éducation à l’alimentation, ministère de la Justice, à travers des actions pour améliorer l’alimentation dans les prisons et la valorisation des métiers de l’alimentation dans les formations de réinsertion, ou encore ministère de la Santé avec la prise en compte de l’alimentation dans la loi santé publique à venir et un travail engagé dans les hôpitaux pour améliorer l’approvisionnement.

Après la journée mondiale du gaspillage le 16 octobre et le Salon de l’industrie agroalimentaire le 19 octobre, les prochains rendez-vous en lien avec "cette année riche" auront lieu en décembre, pour la présentation de la déclinaison de ce programme national, et en février avec l’annonce des résultats de l’appel à projet au Salon de l’agriculture, a précisé Stéphane Le Foll avant de rappeler l’objectif de cette nouvelle politique publique : "valoriser ce qui fait l’image de la France" en matière d’alimentation.

Les ministres réunissent la grande distribution

La politique d’approvisionnement au plus bas prix menée par la grande distribution n’est-elle pas un frein à la promotion des produits locaux visée par cette politique publique ? Répondant à cette question, Stéphane Le Foll a annoncé la tenue prochaine, très probablement dans les quinze jours, d’une réunion qu’il organiserait avec le ministre de l’Economie Emmanuel Macron entre la grande distribution, les industriels de l’agroalimentaire et les représentants agricoles. "On ne peut pas raisonner, comme le fait la grande distribution, avec l’idée que la baisse des prix va faire augmenter les volumes vendus", particulièrement dans une période proche de la déflation qui pousse les acheteurs à attendre la prochaine baisse, a expliqué Stéphane Le Foll. Il s’agit là d’un "sujet d’intérêt général à prendre en compte", a-t-il ajouté.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 19 unes régionales aujourd'hui