Terra 22 octobre 2015 à 08h00 | Par Chantal Pape

Une récompense au goût amer

L'agence de l'eau Loire Bretagne vient de décerner un prix au bassin versant de l'Aber Wrac'h, dans la catégorie "préservation de la ressource en eau". Un trophée qui vient récompenser plus de 20 ans d'efforts mais auquel les agriculteurs trouvent un goût un peu amer...

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Le 15 octobre dernier, le bureau du SMBL, le Syndicat mixte des eaux du Bas-Léon, a présenté le trophée remporté récemment pour la reconquête de la qualité de l'eau sur le bassin versant de l'Aber Wrac'h.
Le 15 octobre dernier, le bureau du SMBL, le Syndicat mixte des eaux du Bas-Léon, a présenté le trophée remporté récemment pour la reconquête de la qualité de l'eau sur le bassin versant de l'Aber Wrac'h. - © Chantal Pape

"Ce fut un travail de longue haleine", se souvient Pierre Adam, vice-président du SMBL, le Syndicat mixte des eaux du Bas-Léon. Un travail qui a payé puisque, de 1995 à 2015, le taux de nitrates sur l'Aber Wrac'h a été divisé par deux, passant de 70 à 35 mg/l. Et qui a été récompensé d'un trophée de l'eau, remis le 1er octobre dernier à Orléans par l'agence de l'eau Loire Bretagne.

 

Laisser le temps au temps

 

Mais c'est une victoire au goût un peu amer pour les agriculteurs du bassin versant ! Petit retour en arrière. "Equilibre de la fertilisation, traitement des déjections, mise en place de couverts végétaux, bandes enherbées, haies et talus... : un travail énorme a été fait entre 2000 et 2008", rappelle François Plougastel, producteur de lait à Ploudaniel.

Mais les résultats se font attendre. "Ici, le temps de réponse du milieu est long. Et nous avions prévu d'être dans les clous en 2012". Mais les pouvoirs publics ne l'entendent pas de cette oreille et, suite au contentieux européen, des mesures réglementaires se substituent au volontariat. "Elles ont cassé la dynamique sur l'Aber Wrac'h, estime l'agriculteur, chiffres à l'appui. En quelques années seulement, on a enregistré 33% de porcs et 18% de bovins en moins. Le nombre d'agriculteurs est passé de 250 à 180, soit une diminution de 10% supérieure à celle du reste du département, alors qu'on était, jusqu'à présent, le secteur qui installait le plus". Et ceux qui sont restés sont aujourd'hui fragilisés. "Le traitement des déjections coûte de 4 à 5 €/m3", calcule Michel Tanné. "Et la limitation de la fertilisation à 140 unités/ha nous a contraint à acheter plus à l'extérieur", rajoute François Plougastel.

 

Enfin sorti du contentieux

 

Avec un peu d'avance sur les prévisions des agriculteurs, les taux de nitrates sont descendus en-dessous de la barre des 50 mg dès fin 2011. "On aurait pu éviter tout ce gâchis". Autant dire qu'ils ont longuement hésité avant de donner leur accord pour déposer ce dossier auprès de l'agence de l'eau Loire-Bretagne. "Et je l'ai finalement considéré comme un ultime moyen de pression sur le gouvernement pour sortir du contentieux", explique François Plougastel. Car il aura fallu plus de trois ans de bons résultats à l'Aber Wrac'h avant que le contentieux ne s'éteigne. "On attend maintenant des pouvoirs publics qu'ils écrivent aux agriculteurs pour reconnaître le travail effectué. Et leur indiquer quelle est désormais la réglementation qui s'applique sur le bassin versant".

 

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