Terra 04 février 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

Vite, retrouver une vision stratégique

Les coopératives agricoles de l'Ouest ont le sentiment que le Pays n'a pas pris conscience du niveau de la crise qui secoue le monde agricole. Elles regrettent que la France et son ministre de l'agriculture soient aux abonnés absents alors qu'ils devraient être moteur pour redonner une vision stratégique. Elles ont tenu à s'en expliquer face à la presse vendredi dernier.

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De gauche a droite, Patrick Fairier, Georges Galardon, Patrice Drillet, Gilles Le Bars, lors d'une conférence de presse vendredi à Rennes.
De gauche a droite, Patrick Fairier, Georges Galardon, Patrice Drillet, Gilles Le Bars, lors d'une conférence de presse vendredi à Rennes. - © Terra

En Bretagne, les seuls fabricants d'aliment du bétail ont enregistré 300 millions d'euros de dettes supplémentares en un an chez les éleveurs, principalement en porc. Si l'on additionne l'ensemble des fournisseurs et services à l'agriculture, les banques, les MSA, que pèsent 100 millions d'euros d'aide de trésorerie au niveau national ? Un éleveur de 100 truies perd 8 000 € de trésorerie chaque mois. "Stéphane Le Foll a-t-il conscience de ces chiffres", interroge Georges Galardon, co-président de Coop de France Ouest et président de Triskalia ?

Si l'éleveur doit arrêter, il va céder son outil à une valeur pratiquement nulle et aggraver encore sa situation. Cela rend les liquidations judiciaires dramatiques. Georges Galardon l'avoue : "c'est la première fois que je vois toutes les productions en difficulté au même moment. On a besoin de prix, c'est évident, mais on a surtout besoin de moins de charges".

Quel cap ?

Pour les représentants des coopératives de l'Ouest, c'est au pays de savoir ce qu'il veut de son agriculture et de ses agriculteurs. Réduire la production ? "Souvenez-vous du mouton, la France ne produit plus que 30 % de sa consommation"... Et, pour autant, la situation des éleveurs ovins ne s'est pas améliorée. La restructuration des OP ? : "on nous demande de nous réorganiser, de nous restructurer. On le fait ! Mais qui règle la réorganisation et la restructuration au niveau national ?, interrogent les responsables coopérateurs. Certaines administrations n'ont de finalité qu'elles-mêmes ! On est dans un marengo de lois nationales"... Et les gros dossiers restent en panne : ni l'étiquetage, ni la baisse des charges sociales sur le travail, aucun de ces sujets n'est réglé.

L'étiquetage des produits transformés

"Nous ne parvenons pas à obtenir l'étiquetage des produits transformés, que d'autres pays ont mis en place" constatent les représentants de coop de France Ouest. Mieux, il est pratiquement impossible de vendre des produits transformés chez nos voisins allemands. Ils ont totalement fermé leurs frontières ! Patrice Drillet, président de Cooperl, enfonce le clou : "la Belgique a imposé l'étiquetage des produits transformés, le ministre belge de l'agriculture n'est pas en prison, il n'a pas été poursuivi par Bruxelles ! Un peu de courage politique suffirait. à court terme, l'étiquetage est la seule bouée de sauvetage ".

Les distorsions de concurrence

Les présidents de coopératives listent les distorsions de concurrence. La TVA allemande est positive pour les producteurs. Deux taux sont appliqués pour les agriculteurs, au forfait 10 % de taux de TVA sur les ventes et 7 % sur les achats. Mais l''éleveur conserve les 3 % de différentiel ! Les éleveurs espagnols eux ont touché 300 € d'aide par vache et par truie en aide directe non plafonnée. Et personne n'est venu poser la question de l'euro-compatibilité. L'écart entre les charges sociales françaises et espagnoles est de 37 %. un écart qui se retrouve évidemment dans le prix, notamment en porc, lequel demande beaucoup d'interventions manuelles. Les éleveurs allemands, après avoir bénéficié d'aides à l'investissement sur l'énergie verte, ont maintenant un prix de rachat de l'électricité au double du prix de rachat pratiqué en France. Alors, la question s'impose d'elle-même : pourquoi ce qui est possible dans ces pays serait-il impossible en France ? L'Allemagne fait sa politique, l'Espagne aussi. Que fait la France ? "Nous n'avons plus de ministre de l'agriculture" conviennent les représentants de Coop de France Ouest, assimilant ce constat à une catastrophe. Gilles Le Bars, président d'Even de conclure : "il faudra bien que l'Europe fasse le ratio entre le 1 % de production en trop et le fait qu'il génère tant de souffrance. Il faut mettre en place une modération de production. Faudra-t-il attendre que l'on ait un genou à terre pour agir ?"

Jean Dubé

Pourquoi les opérateurs français n'ont pas souscrit au stockage privé en porc ?

Seule mesure de dégagement de marché à l'échelle européenne, le stockage privé a été ouvert. Les entreprises françaises n'ont pas proposé de marchandises. Pourquoi ? Patrice Drillet répond : "cette mesure est inutile et dangereuse parce qu'elle n'implique pas d'obligation d'exportation". L'organisme qui a décidé de faire du stockage privé va devoir dans un minimum de trois mois ressortir sa marchandise, et il la proposera en avril sur un marché européen probablement encore totalement saturé ! Le marché français étant un marché ouvert, c'est ce marché qui risque d'accueillir une grande partie de ces viandes ! Autre point, on sait que certains opérateurs ont proposé du jambon au stockage privé à des prix totalement déconnectés du prix du marché bien sûr, on parle d'1,5 € de moins que le prix du marché, alors qu'il n'y a pas de problème de marché sur ces produits.

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