Terra 11 février 2016 à 08h00 | Par Chantal Pape

Zones humides, un patrimoine à préserver

La journée mondiale des zones humides permet de rappeler toute l'utilité de ces espaces un temps délaissés. Et de mettre en lumière des actions de réhabilitation.

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Longtemps considérées comme des "espaces perdus", les zones humides ont rétréci comme peau de chagrin, perdant 50 % de leurs surfaces ces cinquante dernières années. (© A. Dibet) Luc Servant,  président de la chambre d'agriculture  de Charente Maritime et chargé du dossier zones humides à l'APCA. © L. Guillemin Francis Grosjean, vice-président de Brest métropole, chargé de l'eau, l'assainissement les espaces sensibles  et de la proximité territoriale. © Terra Anne Bouilly, enseignante en agronomie au lycée agricole et aquacole de Bréhoulou, à Fouesnant (29). © Terra

"Les zones humides sont menacées de destruction et de dégradation". Pourtant, comme l'a rappelé Nathalie Sarrabezolles en ouvrant la journée mondiale des zones humides, le 2 février dernier à Brest, "elles sont vitales". Et la présidente du conseil départemental du Finistère de zoomer sur quelques-unes de leurs fonctionnalités : filtre pour améliorer la qualité de l'eau, éponge naturelle en cas de crues ou de sécheresse, refuge de biodiversité, stockage de carbone...

Mais longtemps considérées comme des "espaces perdus", elles ont rétréci comme peau de chagrin, perdant 50 % de leurs surfaces ces cinquante dernières années. "Elles étaient vues comme austères et hostiles, explique Benoît Biteau, président du Forum des marais atlantiques. Il fallait les assécher, les assainir".

En ville aussi...
Marais, tourbières, roselières... : ces zones humides représentent 10 % du territoire finistérien. Si le conseil départemental en a acquis 700 ha, notamment au sein du PNRA, le Parc naturel régional d'Armorique, elles peuvent aussi être situées en zones urbaines. "Sur ses 5 500 ha d'espaces naturels, Brest métropole compte 1 540 ha de zones humides", détaille Francis Grosjean, vice-président chargé de l'eau, de l'assainissement et des espaces sensibles. Une particularité due à la présence de nombreuses petites vallées encaissées et de cours d'eau.

Incluses dans les documents d'urbanisme, ces zones humides vont être progressivement restaurées, une obligation qui s'impose aussi aux aménageurs et lotisseurs. "Dans la ZAC de la Fontaine Margot, 6 800 m² d'une zone humide anciennement remblayée vient d'être déblayée. Les dispositifs de drainage ont été supprimés. Et des semis expérimentaux ont été réalisés pour retrouver une prairie humide". Dans le lotissement du Clos du bois, une mare a été reconstituée et des ouvrages de franchissement pour les batraciens ont été prévus.

Valorisées par la vente directe
Au lycée agricole et aquacole de Bréhoulou, à Fouesnant (29), un troupeau d'une quinzaine de vaches allaitantes a été constitué pour entretenir des zones humides. "En 2007, le conservatoire du littoral nous a proposé de gérer 20 ha de marais littoraux", détaille Anne Bouilly, enseignante en agronomie. Pour maintenir le milieu ouvert grâce au pâturage, le lycée fait le choix de la vache nantaise et participe au programme de sauvegarde de la race. Et se lance dans la vente directe, pour valoriser au mieux ces animaux à croissance lente et à bonne qualité de viande. "Ce troupeau et la gestion du milieu sont aussi des outils pédagogiques pour tous nos élèves, des Bac pro aux BTS".

Accompagner les agriculteurs
"Les deux tiers des zones humides sont en zone agricole, rappelle Luc Servant, président de la chambre d'agriculture de Charente Maritime et chargé du dossier zones humides à l'APCA, l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture. Et l'agriculture est nécessaire voire indispensable à l'entretien de ces zones".

Au fil du temps, leur perception par le monde agricole a évolué : si, jusqu'au début des années 90, leur aménagement prévalait, pour en faire des zones productives, il s'agit plus aujourd'hui de les protéger. "Mais les agriculteurs ont besoin d'un soutien fort dans cette nouvelle mission, d'un accompagnement durable". Et l'élu, en énumérant les CTE, CAD et autres MAE, de fustiger des aides qui changent tous les trois à cinq ans.

"Le contexte économique est compliqué, souligne Alain Le Bellac, élu à la chambre d'agriculture du Finistère. Et il est plus difficile de faire passer ce message". Une inquiétude que partage Luc Servant. "Quelle agriculture aurons-nous sur ces zones demain ?"

Chantal Pape

Inventer de nouvelles solidarités

"La Bretagne avait des choses à se faire pardonner. Et tous les territoires se sont mobilisés sur ces questions de l'eau, affirme Thierry Burlot, vice-président de la Région, en charge de l'environnement et de la biodiversité. L'eau est une priorité des politiques publiques, au cœur du développement économique et de l'aménagement du territoire".

Avec la loi Gemapi, qui donne aux communes ou regroupements de communes la compétence exclusive et obligatoire de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations, reste la question du financement. "Le grand cycle de l'eau ne correspond pas aux périmètres intercommunaux, constate Thierry Burlot. Les efforts des uns vont profiter aux autres". Et de citer un Centre Bretagne en déprise qui devra s'engager pour une zone littorale en bien meilleure santé économique. "Il va falloir inventer de nouvelles solidarités".

- © Terra

Le 2 février, journée mondiale

Cette année, c'est à Brest dans le Finistère qu'a eu lieu le lancement national de la journée mondiale des zones humides. Créée il y a 45 ans par la signature, le 2 février 1971 à Ramsar (Iran), de la convention internationale sur les zones humides, cette journée a donné lieu, en France, à près de 600 événements. Et se décline désormais dans 160 pays, contre 18 au moment de la première signature.

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