Terra 26 juin 2014 à 08h00 | Par Claire Le Clève

FDSEA et Foncier : stop à la loi du plus fort

C'est pour dénoncer les montages sociétaires "abusifs", visant à soustraire du contrôle de la Safer des terres en cession, que la FDSEA du Morbihan est montée au créneau, lundi à Pluméliau. Plutôt que de permettre d'installer et de conforter, là, 30 ha viendront étoffer les 300 et plus, d'une société père, fils et futur retraité.

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les membres de la FDSEA du Morbihan sont venus en nombre pour dénoncer les montages sociétaires abusifs qui pénalisent une "répartition équitable d'un foncier qui se raréfie et dont 2000 ha sortent tous les ans à l'agriculture"
les membres de la FDSEA du Morbihan sont venus en nombre pour dénoncer les montages sociétaires abusifs qui pénalisent une "répartition équitable d'un foncier qui se raréfie et dont 2000 ha sortent tous les ans à l'agriculture" - © Claire Le Clève

 

 

Pluméliau. Alain est installé en porc sur 30 ha avec 80 truies naisseur-engraisseur, Jacky en lait et Jehanne, paysanne boulangère. "J'aurais bien aimé récupérer quelques ha pour conforter mon plan d'épandage" dit le premier, "ou conforter un peu ma production", enchaîne le second, "pour pouvoir enfin m'installer", conclue la troisième. En cause, 30 ha qui rejoignent l'escarcelle déjà bien fournie d'une société accueillant comme nouveau sociétaire le propriétaire cédant, en fin de carrière. "C'est un montage pour que les terres échappent au contrôle des structures. C'est abusif", dénonce la FDSEA du Morbihan.

 

Terres, appétit boulimique et ambiance délétère

En cause la loi de 2006. "Elle a donné de moins en moins de possibilités de contrôle des structures. On se bat sur 2 ha en CDOA. Nos avis sont suivis alors qu'on voit échapper les gros dossiers ", note désabusé Frank Guéhennec, président de la FDSEA. Ce, à contrario de ce que réclame la profession pour "une répartition équitable". Profession lassée de voir "des personnes prioritaires se voir barrer la route d'accès au foncier", renchérit Alain Guihard, et lassée de se prendre "des coups" tant la situation est délétère sur cette question foncière. Pour contrer des appétits "boulimiques" et ces "petits arrangements qui se font en douce", la FDFSEA réclame une modification de la loi d'Avenir. "Qu'on donne la possibilité à la Safer de préempter dans la mise en place d'une société et d'avoir un regard en CDOA", réclame-t-elle pour "faire un travail intelligent, installer, conforter, restructurer dans toutes les productions". Et d'en appeler au ministre Le Foll. "Il a une volonté politique d'orienter l'agriculture en direction de la bio, des circuits courts... Mais qu'il donne les moyens réglementaires d'avoir les outils pour y aller", résume le représentant syndical qui promet de ne pas en rester là.

 

Claire le Clève

 

 

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les années s'égrainent et Jehanne Gicquel voit régulièrement lui échapper les quelques hectares nécessaires à son installation
les années s'égrainent et Jehanne Gicquel voit régulièrement lui échapper les quelques hectares nécessaires à son installation - © Claire Le Clève

"Il n'y a pas de perspective"

Jehanne en 2008 a rejoint son compagnon sur sa ferme maraîchère de 4 ha en créant son activité de paysanne boulangère. "J'ai développé l'atelier céréales en travaillant avec des voisins pour des échanges. On se disait qu'il y aurait bien des opportunités avec une population agricole vieillissante". Depuis lors, les années s'égrainent et Jehanne Gicquel voit régulièrement lui échapper les quelques hectares nécessaires à son installation. "On n'arrive jamais à accéder au foncier. Ce sont des montages sociétaires et les terres reviennent à des grosses structures. Il ne me faut que 6 ha pour m'installer avec le statut d'agricultrice. Du coup notre ferme reste fragile, dépendante de nos voisins. 6 ha sur 100 qui se libèrent qu'est ce que c'est ? Le sentiment d'injustice est très fort d'autant qu'on a toujours gagné notre revenu, les banques nous ont toujours suivis. Ce n'est pas un problème de finances, notre ferme fonctionne. Malgré notre très fort intérêt pour le travail et le métier, il n'y a pas de perspective", se désole Jehanne.

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