Terra 13 mars 2014 à 08h00 | Par Pauline Defrance Chambre d’agriculture de Bretagne

Projet Dairyman, l’heure du bilan

Le 1er avril 2014, se tiendra à Rennes une journée de restitution des résultats du projet. Une place importante sera laissée aux échanges avec la salle et avec nos deux grands témoins : Martial Marguet, président de l’Institut de l’Elevage et Frans Aarts, chercheur aux Pays-Bas et leader du projet Dairyman.

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La Bretagne s’est investie pendant 4 ans dans le projet Dairyman, regroupant 10 régions laitières du Nord-Ouest de l’Europe. Il a permis de mieux comprendre les façons de produire du lait chez nos voisins européens, l’organisation des filières, les contextes réglementaires et économiques. Il a permis également d’échanger et d’innover en reprenant et adaptant des pratiques ou systèmes mis en place dans d’autres régions.

 

Un réseau de fermes pilotes

128 fermes pilotes ont accepté pendant 3 ans (2009 à 2011) de partager leurs données au sein du réseau Dairyman. Ces exploitations ne sont pas forcément représentatives de leur région : elles ont été sélectionnées pour leur motivation et leurs bonnes performances. Pourtant, elles permettent d’identifier des différences notables entre régions.

Ainsi, les 11 exploitations bretonnes se distinguent globalement par de bonnes performances environnementales, notamment en termes de bilan apparent de l’azote (voir schéma) et émissions de gaz à effet de serre. Leur recours modéré aux intrants (engrais minéraux et concentrés) est un facteur explicatif.

Sur le plan économique, deux critères distinguent les régions : l’efficacité par 1 000 kg de lait et le quota par UTH. Le produit des deux engendre une grande variabilité en termes de revenu par UTH.

PRATIQUE : Pour tout renseignement sur la journée du 1er avril, contacter Anne Estebanez (02.96.79.21.63, anne.estebanez@cotes-d-armor.chambagri.fr).

Frans Aarts, chercheur aux Pays-Bas et leader du projet Dairyman
Frans Aarts, chercheur aux Pays-Bas et leader du projet Dairyman - © Terra

 

"Voir et analyser les différentes façons de produire du lait"


Pouvez-vous décrire en quelques mots la production laitière aux Pays-Bas ?

Frans Aarts. Aux Pays-Bas, environ 60 % de la SAU est utilisée par la production laitière. Donc le secteur laitier, en plus de son importance économique, a une forte influence sur les paysages. Les 17 000 exploitations laitières sont très majoritairement spécialisées. L’exploitation moyenne compte 50 ha de SAU (80 % prairies et 17 % maïs ensilage) pour un quota de 700 000 kg de lait. La production est assurée par 85 vaches produisant 8 500 kg chacune. Il y a peu d’emplois salariés donc le travail est assuré par l’éleveur avec un peu d’aide familiale (1,4 UTH). Cependant, la majorité des travaux des champs sont délégués.

 

Quelles en sont les forces et les faiblesses ?
Quels seront les défis à relever dans les prochaines années ?

F.A. Le secteur laitier néerlandais est bien organisé et les éleveurs laitiers sont très appréciés aux Pays-Bas. Il y a une forte coopération entre les syndicats agricoles, les chercheurs et les ministères en charge des réglementations environnementales.

La transformation est dominée par des coopératives qui rémunèrent relativement bien le lait aux producteurs. En général, les éleveurs souhaitent d’une part améliorer la gestion de leur exploitation et d’autre part augmenter leur production laitière. On prévoit à l’échelle du pays une augmentation de production de 20 %.

Le prix des terres est élevé, le plus souvent supérieur à 50 000 euros par hectare ! Pour réduire ce coût, la production par hectare est importante : 13 500 kg lait/ha en moyenne. Presque tous les éleveurs laitiers bénéficient d’une dérogation à la Directive Nitrates (ils peuvent épandre jusqu’à 250 kg organique/ha SAU au lieu de 170 hors dérogation ; la principale condition étant d’avoir plus de 70% de prairies dans la SAU). Malgré cela, près de 50% des exploitations ont des surplus de déjections qui doivent être traités ou exportés avec un coût élevé.

Pour maintenir le droit à dérogation accordé par Bruxelles, un système de calcul des flux d’azote, phosphore et carbone va être mis en place à partir de 2015 dans toutes les exploitations présentant un surplus de déjections. Mais pour en savoir plus sur les modalités de ce calcul et ses conséquences, je vous donne rendez-vous à Rennes le 1er avril… A partir de 2015, dans toutes les exploitations présentant un surplus de déjections, les flux d’azote, phosphore et carbone devront être calculés (entrées et sorties de l’exploitation, flux internes, pertes dans l’environnement). Afin de limiter les saisies et éviter les fraudes, la grande majorité des données nécessaires à ces calculs proviendra d’une base de données centrale alimentées par les fournisseurs (d’aliments, d’engrais, etc) et clients (laiterie, abattoir, etc) des exploitations. En cas de non-présentation de ce calcul, la laiterie arrêterait la collecte de lait. De cette façon, la filière laitière pense pouvoir augmenter la production laitière nationale sans détériorer l’environnement.

 

Quel est votre regard sur la production laitière bretonne? Quelles en sont selon vous les principales forces et faiblesses ?

F.A. Un point fort est la disponibilité en terres (plus de surface par exploitation, prix des terres peu élevé). Ainsi, l’augmentation de la production laitière est facilitée.

Si on compare avec les éleveurs néerlandais, les éleveurs bretons semblent satisfaits de leur situation actuelle. Ils semblent moins décidés à développer leur exploitation.

 

Quel est l’intérêt de travailler à cette échelle ?

F.A. Le plus intéressant est de voir les différentes façons de produire du lait dans les autres régions et d’analyser les raisons de ces différences grâce à des échanges entre collègues européens. C’est une source d’inspiration.

 

Quels résultats concrets le projet Dairyman a-t-il apporté aux éleveurs laitiers ?

F.A. Une meilleure coopération entre recherche et production. Un réseau de fermes pilotes qui ont accepté de partager leurs résultats techniques, économiques, environnementaux et sociaux ; qui ont également amélioré la gestion de leurs exploitations et montré des possibles. D’avantage d’information sur la production laitière dans les autres régions.

Notez bien le 1er avril

Une journée intitulée "La durabilité des élevages laitiers. Partage d'expériences entre éleveurs du Nord-Ouest de l'Europe" se tiendra le 1er avril à la Maison de l'Agriculture à Rennes. S'appuyant sur les résultats du projet Dairyman, cette journée sera l'occasion de découvrir la production laitière chez nos voisins européens, d'échanger sur les contextes réglementaires, de comparer les performances économiques, environnementales et sociales des exploitations et de s'interroger sur les perspectives à l'horizon 2020, en Europe et en Bretagne. Elle est ouverte à tous les producteurs de lait, acteurs de la filière et décideurs publics.

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