Terra 04 février 2015 à 08h00 | Par Audrey Dibet

"Il est essentiel pour les producteurs laitiers de s’organiser"

Alors que le contexte est actuellement tendu avec un prix du lait toujours annoncé à la baisse et certaines entreprises de collecte qui ne tiennent plus compte des indicateurs, JA Bretagne défend plus que jamais une structuration de la production en AOP de bassin. Le syndicat organisera des réunions par secteur ces prochains mois pour partager son projet avec l’ensemble des producteurs. Le point avec José Jaglin, jeune éleveur laitier installé depuis 2010 à Saint-Gilles-Vieux-Marché (22), et co-responsable lait JA grand-Ouest.

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José Jaglin, responsable lait JA Bretagne
José Jaglin, responsable lait JA Bretagne - © Terra

Les prix sont annoncés à la baisse pour le premier semestre 2015. Comment expliquer cette évolution ?

José Jaglin. Sur le prix du lait, il y a deux choses. La baisse des prix sur les marchés mondiaux est due à l’embargo russe mais aussi beaucoup à de la spéculation de la part des acteurs asia- tiques. Le problème, c’est que les laiteries en France en ont profi té pour sortir des indicateurs, et gratter des sous sur le dos des producteurs. La différence de prix pour 2014 atteint 10 à 15 € des 1 000 litres à cause des laiteries qui n’ont pas joué le jeu. Il existe des bons élèves, côté privé avec Triballat comme coopératif avec une laiterie du Nord, qui pour cette dernière a plus que respecté les indicateurs en fl irtant les 380 €/1 000 l. Ces entreprises ont bien rémunéré leurs producteurs en 2014 car elles ont bien géré leurs ventes, respecté les contrats pas- sés avec les producteurs et elles ont su restructurer leur outil de transformation.


Quel est le manque à gagner pour les producteurs ?

J.J. Un producteur moyen a perdu entre 4 000 et 5 000 € l’an dernier. Or on sait bien que l’année précédente sert de base pour le prix 2015. On va perdre deux ans rien que sur les calculs de base si on n’arrive pas à faire revenir les entreprises dans le giron des indicateurs, c’est très inquiétant. Pour 2015, beaucoup de laiteries voudraient annualiser le prix alors qu’on ne sait toujours pas ce qui va se passer au second se- mestre. Nous allons au niveau de JA essayer de relancer le dialogue pour avoir un prix de base 2015 réel, en tenant compte du prix qui aurait dû être en 2014. Pour toutes ces raisons, les JA, structurés à l’échelle du bassin Bretagne, Pays de la Loire et Nor- mandie, lancent une action de refacturation aux entreprises qui ont sous-payé les producteurs : nous invitons tous les producteurs a récupéré les factures sur les divers sites internet JA pour les envoyer à leur laiterie.

Comment voyez-vous la suite pour les producteurs dont les trésoreries ne se sont pas encore remises de la précédent crise ?

J.J. On n’a pu profi ter des bonnes années pour refaire les trésoreries. Car malgré un prix du lait relativement haut, les charges sont exceptionnellement élevées. Le coût de production est de 360 €/ 1 000 litres en moyenne en Côtes d’Armor. 80 % du revenu d’un producteur laitier est fait des aides. L’activité ne dégage pas assez de revenu, ce qui va devenir très dangereux avec la nouvelle PAC avec 25 % d’aides en moins pour un éleveur laitier moyen. Malgré une très légère baisse des cours des matières pre- mières en perspective, cette année s’annonce donc très tendue. Au niveau de JA, on essaie par ailleurs de maintenir le prix au consommateur pour défendre le prix des laiteries. Pousser au niveau des grandes surfaces pendant qu’on est en plein dans les renégociations commerciales est une façon de défendre le prix jusqu’au producteur. La fi lière est un tout.

On approche de la fi n des quotas, mais les contrats mis en place par les laiteries ne sont-ils pas une autre manière de brider la production ?

J.J. Dans l’absolu, les contrats sont une bonne chose. Malheureusement ils ont été mis en place avant que les producteurs se soient organisés. Ce qu’on défend aux JA est une organisation de la production au niveau du bassin, avec une très forte adhésion aux OP et une structuration des OP en AOP de bassin. Des AOP où même les coopéra- tives seraient présentes pour que les producteurs aient un réel pouvoir de négociation avec les transformateurs. On va organiser des réunions de terrain pour informer les producteurs de nos intentions. Si on ne s’organise pas, on subira encore en 2015 ce qui s’est produit en 2014. Jusque là il n’y avait pas eu de déclic chez les producteurs pour s’organiser en OP. Il y a un manque de motivation. Et c’est un problème à un moment où il est essentiel pour les producteurs de s’organiser. On nous dit de nous adapter au prix du marché, ce n’est pas un souci. Par contre si les bonnes années ne reviennent même pas au producteur, c’est la mort de la fi lière par la disparition des éleveurs. Il est dans l’intérêt commun de construire une filière d’avenir. Dans d’autres régions où les producteurs ont plus peur qu’ici que les laiteries se désengagent de la collecte, les OP sont beaucoup plus avancées qu’en Bretagne, avec des taux d’adhésion de 90 % par exemple dans le Rhône. Les sujets des volumes ou de défense de contrats sont bien plus mûris. Les réunions de secteur que nous allons organiser vont être l’occasion d’enclencher sur l’organisation de la filière.

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