Terra 13 février 2015 à 08h00 | Par Jean Dubé

Rouge de crise

Le président du comité régional porcin de Bretagne accompagné d'une délégation de producteurs et de responsables professionnels FDSEA-JA, chambre d’agriculture de Bretagne et UGPVB, rencontrait le préfet de la région Bretagne, Patrick Strzoda, jeudi 5 février. Alors que les cours sont toujours à un niveau très bas, l'ensemble de la filière ne perçoit aucune perspective d'amélioration rapide dans la mesure où les constantes du marché restent les mêmes : prix de l'aliment élevé, exportations vers la Russie toujours bloquées par l'embargo. Les éleveurs et beaucoup d'intervenants de la filière sont de plus en plus souvent engagés dans des procédures de redressement économique, et ont appelé les pouvoirs publics à des mesures importantes et d'urgence.

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François Valy, Président de la section porcine FRSEA
François Valy, Président de la section porcine FRSEA - © Terra

Les éleveurs de porcs ont repris les actions dans les grandes surfaces. Pourquoi ?

François Valy. Les éleveurs de porcs veulent porter l'accent sur la question de l'identification des viandes. Toutes les familles de l'interprofession s'étaient engagées, l’année dernière au salon, à afficher l'origine des viandes au moment du lancement du nouveau logo "Le porc français". On en est aujourd'hui à seulement 50 % environ. Les producteurs se sont donc rendus dans les GMS. On remarque que la marque qui a le moins d'identification est la marque Herta (lardons et jambons). Nous demandons aux directeurs de GMS de dé-référencer Herta et nous expliquons aux consommateurs notre démarche, notre demande d'afficher l'origine des viandes.

Deuxième élément, les éleveurs traversent une grave crise et les GMS se cachent derrière l'argument de l'embargo russe pour justifier les prix pratiqués. Les éleveurs comprennent bien que la France ne peut pas totalement être déconnectée du prix allemand, mais il existe une consommation forte en France. Or, on nous impose des prix complètement aberrants au moment des promos, avec des prix de vente qui ne représentent même pas notre coût de revient. À un moment, il faut dire stop. Les promotions finissent par dénigrer la viande de porc. Il y a quelques années on ne tolérait pas des promos en dessous de 3 €, l'an dernier c'était 2, on sera l'an prochain à 1,5 € ? À ce prix-là, il n'y a même plus de respect du produit. Les éleveurs ne peuvent pas comprendre qu’on leur en demande toujours plus pour être payés toujours moins !

La filière porcine vient de rencontrer le préfet de Région. Que lui avez-vous demandé ?

F.V. Nous vivons aujourd'hui une situation de cours très bas mais surtout une convergence de cours bas et d'aliment très cher. On a déjà vu du porc à ce prix-là, mais pas en même temps qu'un prix de l'aliment à 250 €/t. Il manque aux éleveurs entre 20 et 30 ct par kg au cadran pour couvrir leurs frais et équilibrer. Il n'y a surtout aucune perspective pour les trois mois à venir.

Avec le préfet, nous avons tout d'abord fait un point général de la situation. Nous lui avons demandé plusieurs choses notamment de faire réaffirmer au gouvernement l’importance de l'origine des viandes, d'engager des actions de promotion de la viande porcine française dans la restauration collective.

Mais il faut aussi trouver un dispositif d’aides à la trésorerie qui permette aux éleveurs de disposer d'avances à taux nul, de reports d'annuités, et de report de cotisations sociales pour passer le cap difficile.

Avez vous des perspectives de réouverture des marchés vers la Russie ?

F.V. Nous attendons la visite de délégations russes pour agréer les abattoirs. On espère qu'elles viendront le plus vite possible, mais il faudra de toute façon attendre la réponse du gouvernement, et nous espérons qu'elle sera la plus rapide possible, pour pouvoir enfin exporter très rapidement.

Nous avons aussi redemandé à faire du stockage privé pour les pièces traditionnellement destinées au marché russe en attendant la réouverture des frontières, de façon à ce que nous soyons en mesure de répondre rapidement s'il y a de nouveau des opportunités sur ce marché.

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