Terra 18 avril 2014 à 08h00 | Par Maud Marguet Chambre d'agriculture d'Ille et Vilaine

Filières laitières bretonne et polonaise : une même volonté de développement

Alors que la région Bretagne entretient depuis près de 10 ans des accords de coopération avec la région polonaise de Wielkopolska, ses vices-présidents Forough Salami et Michel Morin ont accueilli, du 1er au 4 avril, une délégation d’élus polonais menée par Krzystof Grabowski, vice-président de la Région chargé de l'agriculture et du développement rural, et Czeslaw Cieslak, président de laiterie. Lors d'une réunion au conseil régional, les échanges ont porté sur la filière laitière bretonne dans le contexte post-quotas.

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La délégation polonaise a été reçue par Benoît Champalaune, sur le Gaec La Millais à Melesse (35).
La délégation polonaise a été reçue par Benoît Champalaune, sur le Gaec La Millais à Melesse (35). - © Terra

Après avoir écouté une présentation de la filière, de ses perspectives et de la stratégie de développement de Sodiaal, Czeslaw Cieslak a donné la vision polonaise sur cette problématique. Il a rappelé qu’avant sa transformation politique, la Pologne produisait 16 milliards de litres de lait. L’Europe lui a pourtant attribué un quota limité à 8,5 milliards de litres ! Pour la campagne 2013-2014, la Pologne réalise 102 % de son quota et sera redevable d’importantes pénalités de dépassement. Selon lui, "les agriculteurs polonais se sont sentis pénalisés par la limitation des quotas. Leur suppression va être une opportunité pour nous. Nous avons des unités de transformation très bien préparées et la production devrait augmenter de 3 %". L’envie de produire est là. Des éleveurs n’hésitent pas à acheter des vaches laitières en Allemagne ou aux Pays-Bas même si leurs prix connaissent une nette inflation : 2 000 € actuellement, contre 1 000 € il y a trois ou quatre ans.

Du côté des débouchés, pas d’inquiétude. La consommation locale présente un net potentiel de développement. Annuellement, elle ne dépasse pas 200 kg par habitant, quand elle atteint 350 kg en France. L’exportation intéresse aussi la filière : l’Asie et l’Afrique font déjà partie des destinations des produits laitiers polonais. Ce développement se fait au prix d’une restructuration à marche forcée. "Avant l’entrée dans l’UE en 2003, il y avait en Pologne 350 000 exploitations laitières, aujourd’hui elles ne sont plus que 150 000". La taille moyenne d’une exploitation de la région de Wielkopolska avoisine 14 ha et 20 vaches laitières, voire moins. Dans le même temps, des fermes plus grandes, de 500 têtes ou plus, se créent, parfois sous pavillon allemand ou hollandais. Le souhait de la délégation ? "On voudrait que la taille moyenne s’approche de 50 têtes, ça serait un

modèle pour nous".

 

La délégation polonaise a été ensuite reçue par Benoît Champalaune, sur le Gaec La Millais à Melesse (35). Les polonais ont été surpris du prix du foncier agricole. Il est relativement bas pour une zone pourtant en périphérie urbaine. En comparaison, le prix moyen dans la région de Wielkopolska, pour un sol de qualité moyenne, atteint 9 250 €/ha (données ARMR 2013). D’autre part, la conduite d’élevage est loin du système pratiqué en Pologne où les vaches ne sortent pas du tout. Tout y est maitrisé en bâtiment pour des raisons climatiques et des choix de gestion. Enfin, la taille, la qualité et les performances du troupeau ont impressionné la délégation pour un élevage si proche de l’agglomération et dans lequel les installations de traite n’ont pas encore été transformées. Quant à la visite de la laiterie Le Gall de Quimper, elle a montré les atouts qualité et tradition de la filière alimentaire bretonne. Après la découverte des huîtres chez L. Tanguy (56), tous ont pu déguster du beurre salé… sur le pouce !

 

En chiffres

Région Wielkopolska : 162 672 exploitations agricoles /GUS-2011/. Près de 72% < 10 ha

Pologne : 1 540 000 exploitations, dont 1 300 000 < 15 ha et 2700 >  300 ha

Livreurs de lait aujourd’hui en PL : environ 150 000 exploitations. Perspective 2020 : 100 000

Depuis 1990, le cheptel bovin pl a diminué de moitié

Production :  15 milliards de litres lait en 1990. Depuis, chaque année, la production de lait reste stable, autour de 12 milliards.

Perspective horizon 2020 : faillite prévisible d’environ 700 000 exploitations

Environ 16 % des exploitations PL (environ 300 000 qui fournissent 64 % de la production agricole nationale) ont bénéficié réellement de l’intégration européenne et sont en capacité d’affronter la concurrence sur le marché UE ou vont y arriver. La majorité des exploitations est en difficulté. Environ 700 000 n’a pas de machines, ni tracteur, une grande partie n’utilise ni engrais ni produits phyto.  Ce sont des exploitations qui sont en fin de vie d’après le professeur Wojciech Józwiak de l’institut de l’économie agricole - (équivalent Inra).

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