Terra 20 mars 2015 à 08h00 | Par Claire Le Clève

L'agriculture française, risques et opportunités

Dans cet exercice visant à élargir leur vision de l'économie agricole au champ européen et mondial, les membres de la chambre régionale d'agriculture de Bretagne, ont été guidés par l'économiste Thierry Pouch.

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Thierry Pouch est économiste à l'APCA, il est également membre du collectif des Economistes atterrés, non résignés, proposant des alternatives aux politiques européennes d’austérité.
Thierry Pouch est économiste à l'APCA, il est également membre du collectif des Economistes atterrés, non résignés, proposant des alternatives aux politiques européennes d’austérité. - © Terra

"Nous sommes dans le marché mondial, il faut se projeter dans cette réalité et voir l'impact des décisions européennes sur notre agriculture", prévient Jacques Jaouen, président de la chambre régionale lors de la session mardi dernier à Vannes .

 

Economie au ralenti

La première alerte lancée par Thierry Pouch, économiste à
l'APCA*, c'est le ralentissement de l'économie mondiale. Plusieurs phénomènes se cumulent. D'abord les craintes sur la croissance des pays émergents, ex-locomotive de la croissance planétaire, par trop inféodés aux matières premières. Puis la Russie dont on guette la récession. Et enfin la Chine, première puissance mondiale, dont la croissance se comprime. "Un tassement à surveiller par rapport à nos exportations", prévient l'économiste. "La France est la 5e puissance mondiale exportatrice, notre balance commerciale agricole, excédentaire de 9 milliards, a connu une contraction (-2 milliards), attention !".

Outre Atlantique, les USA semblent sortir d'affaire en renouant avec une croissance à 2,2 points. L'Europe, elle, est ballottée entre la crise de ses dettes souveraines et une parité euro-dollar qui laisse espérer un surcroît d'exportations. Mais là encore, vigilance ! "On a connu une hausse de 14 % des exportations de blé tendre vers les pays tiers, mais l'origine française recule", pointe-t-il, tout comme l'augmentation des exigences qualitatives de l'Algérie et de l’Égypte.  "Il faut un plan de relance de la qualité du blé", adossé au redéploiement d'un plan protéines, indispensable. Mais attention, la baisse de l'euro est aussi favorable à l'Allemagne.

Thierry Pouch parle encore d'Europe, cette fois pour expliquer l'offensive anti-déflationniste de la banque centrale européenne et l'injection massive de liquidités dans le rachat des dettes. Quel est l'effet visé par Mario Draghi, patron de la BCE ? "Faire baisser l'euro, augmenter les exportations, il attend une hausse des prix pour revenir à 2 % de croissance".

 

Baisse des prix et Tafta

"La baisse du pétrole annonce t-elle la fin durable du cycle haussier des matières premières ?". C'est l'interrogation pour 2015, les indicateurs le confirmeraient. Le prix du pétrole des pays producteurs conditionne également leurs importations. Les sanctions contre la Russie et l'embargo russe ? "La Bretagne a été très touchée par la chute de ses exportations, - 97 % en viande de boucherie, - 88 % pour les produits laitiers mais attention, l'inflation en Russie explose sur les produits alimentaires et crée des mécontentements, Poutine
va -t-il maintenir cette pression ?". La taxation des exportations de blé de la Russie "est une opportunité, il va falloir en profiter", souligne Thierry Pouch.

 

L'OMC en état de mort cérébrale !

Autre motif d'inquiétude, la sortie des quotas laitiers en avril. "Tout l'enjeu est de savoir si les outils du paquet lait vont être efficaces en cas de crise sévère", le doute est de rigueur. Gardé pour la fin, l'accord commercial transatlantique (Tafta) n'est pourtant pas le meilleur pour l'agriculture. Rien à attendre du coté de l'OMC,  "elle est en état de mort cérébrale, et ne peut plus mettre d'accord 160 pays qui multiplient entre eux les accords régionaux". Avec l'accord Tafta, se joue la multiplication des échanges entre UE et les USA sans barrières douanières ou non tarifaires, "les USA veulent prendre en tenaille la Chine".

Dans cette affaire, l'agriculture de l'hexagone a beaucoup à perdre alors que la balance commerciale entre la France et les USA est excédentaire de 2 milliards. "Elle risque d'être un secteur bradé", s'inquiète un élu. "Elle le serait plus que l'industrie", convient Thierry Pouch pour qui la négociation s'annonce longue, "clivante entre secteurs et douloureuse".  "Les USA ont fait des choix stratégiques pour soutenir leur agriculture. Quels sont ceux de l'Europe ?", interroge l'économiste pour qui l'agriculture française est un levier pour le redressement de la France.  "En matière d'excédent commercial, c'est le 2e poste derrière l’aéronautique... avec un usage différent pour les populations. Le blé n'a pas le même impact qu'un Rafale !". Alors pour l'économiste de l'APCA, "la profession agricole doit se mobiliser pour rééquilibrer les règles".

 

*  APCA : assemblée permanente des chambres d'agriculture

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